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【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕

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MessageSujet: 【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕 Dim 10 Mai - 16:47



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Chapitre 1 : Une histoire de fantômes

One lives in the hope of becoming a memory. — Antonio Porchia

Prochainement ♥
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MessageSujet: Re: 【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕 Lun 18 Mai - 20:37

Chapitre 1 : Une histoire de fantômes

One lives in the hope of becoming a memory. — Antonio Porchia

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, chasseur de fantôme n’était pas un métier des plus excitants, du moins aux yeux d’Emil Steilsson, dix-sept ans, technicien et expert en électronique à plein temps. Certes, il y avait la petite frayeur habituelle ici et là, qui trouvait généralement une origine dans le comportement imprudent de l’un des membres du groupe. Mais, au final, songeait-il en se balançant d’avant en arrière sur sa chaise, les yeux rivés sur les écrans des caméras de surveillance, ce job n’avait rien d’impressionnant.

Pour être tout à fait honnête, l’Islandais n’avait accepté de faire partie de la bande que pour s’amuser avec du matériel haut de gamme. Il était responsable des caméras, des capteurs, et de tous les objets électroniques dont ils se servaient dans leur chasse à l’esprit. Les Nordic 5, ou N5 pour faire plus court, étaient plutôt connus sur Internet, grâce aux émissions qu’ils publiaient régulièrement sur YouTube. Ils s’étaient fait un nom dans le milieu, et désormais, on leur proposait souvent des offres plus ou moins alléchantes dans le but de purifier un bâtiment réputé hanté.

Emil était de nature très terre à terre et son esprit logique le poussait à rationaliser tout ce qu’il voyait. Contrairement aux autres, qui se laissaient parfois entraîner dans des divagations sans fin ayant pour origine une simple apparition lumineuse à l’écran, il étudiait toujours le milieu ambiant jusque dans les moindres détails afin d’expliquer de manière scientifique les phénomènes mystérieux auxquels ils étaient parfois confrontés.

Cependant, au grand dam de sa pensée pragmatique, il y avait bien des choses que le jeune homme n’avait pas su expliquer : des apparitions visuelles ou auditives qui ne pouvaient trouver leur source dans un son naturel ou une simple ombre, et qui agaçaient profondément Emil. Il ne s’aventurait pas trop dans les lieux en eux-mêmes, et se contentait souvent d’installer le matériel puis de se retrancher dans leur van à l’extérieur pour observer les retransmissions.

Son talkie-walkie se mit à grésiller.

« Emil ! » fit une voix surexcitée. « Le détecteur EMF s’est activé ! Je l’ai entendu ! »

L’Islandais se tourna vers son tableau de bord et constata qu’en effet, le capteur lui indiquait une variation du champ électromagnétique ambiant. Il changea de point de vue pour voir ce que la caméra de l’étage lui montrait, et constata à l’écran que le voyant de l’appareil au sol clignotait rapidement et produisait un son strident.

Rien d’affolant. Les variations du champ électromagnétique n’étaient pas des événements que l’on aurait pu qualifier d’inhabituels, et pouvaient trouver leur origine dans diverses sources. À vrai dire, il avait assez peu confiance en ces objets : ils ne captaient que des fréquences réduites, une fourchette dans laquelle on trouvait la plupart des appareils domestiques, ce qui pouvait causer de nombreuses perturbations.
Bien que le groupe prenne généralement ses précautions pour éviter ces perturbations, elles pouvaient parfois provenir de l’installation électrique de la maison en elle-même.

- Il s’est arrêté de réagir, constata Emil d’un ton las. Sûrement rien d’important.

Un soupir déçu lui répondit.

Matthias Køhler, autre membre du N5, tapota son talkie-walkie en faisant la moue. Pour une fois qu’il était le premier à repérer une activité de l’un des capteurs… Il s’adossa au mur et accrocha le boîtier à sa ceinture. La maison dans laquelle ils enquêtaient, une bâtisse du début du 20e siècle, était très calme, et le seul son qui venait briser le silence étaient les sifflements du vent à travers les volets abîmés. Si fantôme il y avait, celui-ci était discret et ne cherchait apparemment pas à se manifester plus que ça.

Il déplaça son poids sur son pied gauche, ce qui eut pour effet de faire craquer violemment le plancher ; le Danois eut un violent sursaut avant de reprendre contenance. Après tout, pourquoi avoir peur d’un esprit ? Un être immatériel ne pouvait pas faire grand mal. Néanmoins, il se surprit à détester Lukas Thomassen, son coéquipier, qui l’avait laissé seul à l’étage pour surveiller les chambres, sous prétexte qu’il était « trop bruyant » pour qu’il puisse se concentrer.

Il n’était pas d’accord, il ne faisait pas trop de bruit. Il lâchait de temps en temps un hurlement occasionnel, mais bon, c’était compréhensible pendant une chasse aux fantômes, non ? Rassuré par sa propre pensée, il se mit à faire quelques pas de long en large dans le couloir, non sans être terrifié l’espace d’une demi-seconde par son reflet dans un miroir.

« Matthias » lâcha une voix traînante depuis le talkie-walkie, déclenchant un petit aigu de la part du Danois. « Arrête de faire autant de bruit, tu m’empêches d’écouter les autres sons. »

Énervé, il s’empara de l’appareil et répondit.

- Mais je m’ennuie, Lukas ! Il se passe rien en haut à part un truc qui a bipé pendant trois secondes.

« Peut-être que si tu étais plus attentif, tu verrais ou entendrais plus de choses. »

Le Norvégien rangea le talkie-walkie à sa ceinture et en baissa le volume pour se concentrer sur sa spirit box. C’était son appareil de prédilection : une radio qui balayait toutes les fréquences, réglée pour ignorer les stations et se concentrer sur les ondes restantes. Lukas était un adepte du dialogue direct avec les entités spirituelles, et obtenait généralement de bons résultats.

D’ailleurs, il avait déjà plus ou moins identifié l’esprit qui hantait cette maison. Il s’agissait du père de famille qui avait vécu là quelques années plus tôt : décédé dans un brutal accident domestique, son spectre était visiblement bien trop attaché à cette maison et à ses souvenirs pour en partir.

C’étaient principalement des déductions, car il était très difficile de comprendre ce que lui disait un voix d’homme qui s’exprimait parfois via la spirit box. Elle était lointaine, étouffée, et il sentait que l’esprit n’était pas maléfique mais pas non plus des plus coopératifs.

Nous voulons vous aider, dit-il clairement mais pas trop fort. Nous allons purifier cette maison pour tenter de vous apporter le repos. Si vous avez un dernier message à faire passer, c’est le moment… Vous pouvez utiliser l’appareil que j’ai dans les mains…

Le bruit blanc qui s’échappait de la spirit box restait désespérément vide. Lukas soupira et sortit de nouveau son talkie-walkie.

- Tino, Berwald, vous en êtes où ?

« HA ! Haha… Tu m’as fait peur. Euh, rien, on a fouillé le garage mais on a rien trouvé de particulier. Ça a l’air d’être une maison normale – C’ETAIT QUOI CE BRUIT ? Ah c’est moi qui marche sur un couvercle en métal. Enfin, voilà. »

Tino Väinämöinen rangea son talkie-walkie et fixa son coéquipier, Berwald Oxenstierna, les mains sur les hanches. Il trouvait l’esprit de cette maison particulièrement faible et inintéressant, ça n’annonçait pas une émission palpitante. Son regard se tourna vers l’objectif de la caméra tenue par le Suédois. Celui-ci était généralement de corvée pour filmer à la main, car son calme olympien et sa tendance à n’émettre que peu de sons étaient idéals pour enregistrer l’exploration. Il n’y avait pas eu beaucoup de manifestations paranormales, ce qui décevait Tino, et –

- AH ! QU’EST-CE QUE… Ah la porte qui grince, hahaha. Ne fais pas ça Berwald, tu troubles l’enquête.
Désolé.

Donc, il disait. Cet endroit était très loin de l’impressionner. Ils avaient visité des lieux bien plus terrifiants (non il n’en frissonnait pas encore) et cette petite maison de campagne n’avait rien de lugubre, à part CETTE OMBRE TERRIFIANTE SUR LE MUR qui était en réalité celle de Berwald, affairé à tester la température de la pièce.

Un peu au-dessus d’eux, un cri aigu retentit, légèrement étouffé.

- Matthias devrait faire moins de bruit, commenta Tino d’un air désapprobateur. Avec ses hurlements, il trouble nos observations.
- Mh mh, marmonna Berwald, qui n’osait faire remarquer que le Finlandais était probablement pire lorsqu’on parlait de cris de terreur.
- Ce n’est pas professionnel du tout. Franchement, comment veux-tu travailler dans des conditions pareilles ? Je veux dire – AH DERRIERE TOI ! Oh c’est mon ombre. Enfin, Matthias est un grand gamin.

Le Suédois se contenta de hocher la tête. Il ne pouvait nier que le Danois était souvent une source d’ennuis ; il était le premier à remuer les pièces de fond en comble, ce qui avait parfois le don de réveiller les morts, certes, mais aussi de les agacer. Heureusement, ils n’avaient jamais eu affaire à des entités très agressives. Il était arrivé que Matthias se prenne quelques objets sur le coin de la figure, mais on prétextait que c’était une coïncidence, tout en remerciant l’esprit d’avoir su viser.

« Je m’adresse à tout le monde » fit la voix de Lukas à travers le talkie-walkie. « Je pense qu’il est temps d’accomplir le rituel de purification. Rejoignez-moi dans le salon. »

Emil soupira. Enfin, ils en avaient fini avec cette enquête d’un ennui mortel. De plus, il avait presque épuisé son stock d’épisodes de Game of Thrones. Tandis que les autres se rassemblaient dans la plus grande pièce de la maison pour commencer le rituel, son portable se mit à sonner.

All I am is a man, I want the world in my hands…

- Nordic 5, nettoyage de maisons hantées, bonjour, répondit l’Islandais d’un ton blasé.

Il était curieux de savoir qui pouvait bien les appeler à cinq heures du matin.

« Bonjour, hum… C’est vous qui vous occupez des phénomènes paranormaux ? »

- De toute évidence, oui, répondit Emil avec un léger sarcasme dans la voix.

« Je suis promoteur immobilier et j’ai un souci de maison à priori « hantée » sur les bras. Non pas que je crois à ces foutaises, m’enfin… Ça m’empêche de la vendre. Tout ça parce que des gamins ont eu la bonne idée d’aller se blesser à l’intérieur et d’en ressortir en calmant qu’ils s’étaient fait agresser par des fantômes. Tout le monde les a crus ! C’est pas dingue ça ? »

- Si vous le dites, marmonna le jeune homme en triturant les boutons de son tableau de bord.

Il surveillait en même temps le rituel de purification afin de s’assurer que tous les membres du groupe étaient bien là.

« Enfin voilà. Je sais que vous êtes plutôt connus dans le milieu… Ah là là, cette génération qui aime se faire peur avec des superstitions stupides. »

- Ecoutez, venez-en au vif du sujet. C’est où, et vous payez combien ?

« Payer ?! Comment ça payer ?! Vous n’êtes pas des bénévoles ? »

- À votre plus grand désarroi, non. Il faut bien qu’on finance notre matériel. Et bien que nous ayons des airs de dieux vivants, il faut aussi qu’on mange.

« Bon, bon… C’est bien parce que j’ai pas le choix. Si les clients voient que les grands chasseurs de fantôme ont balancé trois gouttes d’eau bénite dans les pièces, ils seront contents. Quel est votre tarif habituel ? »

- Une vingtaine d’euros de l’heure, mais ça dépend de la situation de la maison, de son emplacement et de sa taille. On vous fera un devis après l’avoir examinée.

« Eh ben, vous vous faites plaisir en plus. C’est un vieux manoir du 17e siècle avec un grand parc… »

Emil nota toutes les informations nécessaires, en surveillant les écrans. Il salua poliment le promoteur immobilier avant de raccrocher, alors que le groupe rejoignait le van.

- Tout s’est bien passé ? demanda le plus jeune en éteignant son matériel.
- Oui, à part Tino et Matthias qui ont hurlé en continu, comme d’habitude.

Les deux se mirent à protester vivement, mais Emil les coupa :

- Ouais ouais, tout ça est très intéressant, mais maintenant on va chercher les caméras et les capteurs. Oh, et on a une nouvelle affaire sur les bras.
- Intéressante cette fois-ci ?
- La totale, un manoir du 17e avec des histoires d’adolescents imprudents qui en sont ressortis avec des engelures. Reste à savoir si c’est du mythe ou pas.
- Des engelures ? releva Matthias en reniflant d’un air peu convaincu. Ça a l’air d’être un truc de gamins qui se font peur, ton histoire.
- Peut-être… Oh, Matthias, derrière toi !
- QUOI ? QUOI ?!
- Ton ombre.

Le reste du groupe ricana, tandis que le Danois rougissait jusqu’aux oreilles.

- Enfoiré.
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MessageSujet: Re: 【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕 Mar 26 Mai - 21:37

Chapitre 2 : Premier contact

Keep your eyes open. Keep your ears pricked. Keep looking behind you. Because one day I'll find you, and then you'll be crowfood. – Erin Hunter

Matthias sauta hors du van, surnommé affectueusement Big V, et avisa d’un regard impressionné les grilles du portail  qui fermait le parc de la propriété. Les fer ouvragé avait rouillé, mais les arabesques qu’il dessinait laissaient deviner l’ancienne splendeur des lieux, qui dégageaient inlassablement un sentiment de noblesse.
L’imposant manoir se devinait à travers les branchages du petit bois qui l’entourait. Les jardins, depuis longtemps laissés à l’abandon, étaient envahis d’herbes folles et avaient pris avec le temps un aspect assez lugubre qui était tout sauf encourageant pour éventuels visiteurs tels que les chasseurs de fantômes.

Il s’approcha du portail, fermé, plus symboliquement qu’autre chose, par un cadenas usé. Il l’étudia quelques instants, puis donna un coup de pied dans l’objet qui céda aussitôt. Avec une mimique victorieuse, il ouvrit le portail, qui émit un grincement strident, comme un cri de protestation.
Il remonta dans le véhicule en sautillant presque, et Berwald, au volant, s’engagea avec prudence sur la route boueuse et pleine de gravier qui menait jusqu’à l’entrée du manoir. Emil, à l’arrière, s’affairait déjà à préparer certains des appareils qui leur seraient utiles cette nuit, tout comme Lukas jonglait nonchalamment avec la spirit box.

Le manoir offrait de nombreuses ressemblances avec des lieux soi-disant hantés qu’ils avaient déjà eu l’occasion de visiter auparavant, bien qu’il restât plus impressionnant que de simples bâtisses de campagne.
Le Nordic 5 finit par se garer devant la porte principale de la demeure ; Matthias, Berwald, Tino et Lukas y laissèrent Emil et ses méandres de câbles pour s’aventurer sur le terrain.

La façade était complètement délavée par les années et déjà, de l’extérieur, on pouvait deviner que certains endroits étaient devenus impraticables. Pourtant, l’immense double-porte de l’entrée se dressait toujours fièrement, insensible aux intempéries et aux siècles. Cette résistance pouvait-elle être un avertissement pour les chasseurs de fantômes ?

Pressé de commencer l’enquête, ou tout du moins de prendre connaissance de l’endroit, Tino s’avança jusqu’à l’entrée et, intrigué par les vieux heurtoirs, frappa trois coups à la porte avec l’un d’entre eux, plus par jeu que par politesse. Il pâlit lorsque dans la foulée, ladite porte s’ouvrit, à l’image du portail, avec un bruit atroce, libérant une odeur de renfermé qui vint aussitôt piquer le nez des quatre hommes. Depuis la camionnette, Emil observait d’un oeil sceptique le manège de ses coéquipiers.
Il n’était vraiment pas fait pour aller sur le terrain. Il préférait largement surveiller les écrans et s’occuper du matériel, qu’il fallait parfois réparer lorsqu’un certain Danois surexcité l’abîmait.
Il était d’ailleurs rare qu’il ressente quoi que ce soit de probant dans ce genre de lieux, par opposition à Lukas ou Tino qui étaient assez empathiques et rapidement submergés par les énergies.

Le Norvégien, armé de sa fidèle spirit box, entra le premier. Le plancher craquait sous ses pas, et malgré la luminosité de fin d’après-midi, il se sentit aussitôt oppressé. Le message était clair ; ils n’étaient pas les bienvenus ici.
Certains carreaux manquaient aux fenêtres, et au sol, il devait faire attention à ne pas buter sur certaines lattes qui se décollaient. L’immense tapis était un nid à poussière et Lukas entendit Tino tousser derrière lui.
Ce que l’entrée avait de plus impressionnant à offrir, c’était certainement l’énorme lustre pendu au plafond. Il vacillait tranquillement et les chasseurs de fantômes furent un instant surpris de voir à quel point le temps l’avait épargné. Matthias se retint de formuler son envie de s’y balancer et s’avança jusqu’au fond de la pièce, où un escalier en colimaçon n’attendait certainement que de les mener aux mystères de l’étage.

- On se sépare pour couvrir les lieux, déclara-t-il avec enthousiasme, prêt à monter. Je vais là-haut, ça a l’air prometteur.

Il ponctua sa phrase par un rire excité et grimpa les marches quatre à quatre sous les regards désapprobateurs de Berwald et Lukas.
Le premier, comme toujours accompagné de Tino, se dirigea vers la porte de gauche tandis que le norvégien partait dans la direction opposée.
Le stoïque Suédois pénétra dans ce qui semblait être un salon ; sur sa gauche, il reconnaissait l’un des porches visibles depuis l’extérieur, alors qu’à sa droite, une vieille cheminée vaguement délabrée devait à l’époque chauffer la pièce.
Le plus troublant cependant était, parmi le mobilier, un grand fauteuil de velours rouge aux allures princières. Il était entouré de deux sofas décrépis rendus gris depuis longtemps par la poussière, c’est pourquoi sa couleur vive faisait presque mal aux yeux dans la pénombre. Le rouge semblait vibrer de toute l’énergie de son ancien propriétaire - mais Berwald devait juste y voir flou.
Il sentit Tino se tendre à ses côtés et se prépara mentalement pour le cri qui allait sûrement suivre.

- EEEEEEEK !

Bingo.

- B-Berwald, le fauteuil...c-c’est du…?

Celui aux lunettes posa une main rassurante sur l’épaule du Finlandais tremblant, puis s’approcha du fauteuil en question. Un détail avait effectivement échappé à son observation ; si le dossier était à peu près propre, les accoudoirs et le siège étaient parsemés voire couverts de tâches brunâtres dont la couleur se rapprochait de celle du sang séché. Un grand malaise s’empara de Berwald à force de fixer le fauteuil, et il préféra reculer.

“Quoi ? Ce grand dadais n’a-t-il jamais vu de fauteuil de sa vie ? Où bien est-ce l’omniprésence de la mort qui le trouble ?”

- J-J’ai besoin de sortir, je crois.

Joignant le geste à la parole, le Finlandais se précipita vers le porche, et inspira l’air frais à grandes goulées, ne faisant pas cas des nuages noirs qui menaçaient de relâcher toute leur eau sur la région d’un moment à l’autre. Le petit blond entendit plus qu’il ne vit le Suédois le rejoindre, et un confortable silence s’installa entre eux.
Il était rassuré par la présence de Berwald. Il fallait l’avouer, par moments, il pouvait être presque plus inquiétant que les phénomènes paranormaux auxquels ils étaient confrontés, mais c’était son sang-froid et son attitude placide qui parvenaient à mesurer Tino dans ses réactions.

Le Suédois en question, quant à lui, continuait d’évaluer les lieux, pour l’instant peu accueillants. Du porche, ils avaient une vue directe sur Big V, duquel on pouvait entendre les cris de rage de l’Islandais se débattant avec le matériel, ainsi que sur le petit bois qu’il fallait traverser depuis le portail pour accéder au manoir. Mais sur leur droite, il devinait le début d’un jardin qui devait à l’époque être entretenu, cependant aujourd’hui, car tombé dans l’oubli, il était plus composé de boue et d’herbes folles que de fleurs.
Quelques constructions en ruines, au loin, qu’il n’arrivait pas à déterminer à cause de sa mauvaise vue, attirèrent son attention, et sans plus y réfléchir, il sauta par-dessus la rambarde du porche et bifurqua sur la droite, abandonnant le Finlandais abasourdi.

- Eh, tu ne peux me pas me laisser là ! Où tu vas ? geint-il en tentant d’imiter le grand nordique et en se retrouvant face contre terre au lieu de la réception maîtrisée du Suédois.

Gentiment, ce dernier l’aida à se relever et Tino tenta de reprendre contenance, emboîtant le pas à Berwald qui semblait comme hypnotisé.
Ils tombèrent d’abord sur ce qui semblait être une vieille écurie ; puis ils contournèrent l’édifice entier et débouchèrent sur ce qui devait être la cour intérieure du manoir.
La nature, au fil du temps, avait repris ses droits : du lierre recouvrait les murs moisis ainsi que les anciennes jardinières. Des statues, brisées pour la plupart, délimitaient encore ce qui avait dû être un chemin de ballade, mais ce qui interpella surtout les deux chasseurs de fantômes était une vieille balançoire, dont l’un des sièges était toujours accroché et résistait vaillamment aux intempéries et au temps.

Tino, submergé d’émotion, s’en approcha en premier et effleura l’une des poutres qui soutenaient l’objet, et ne put s’empêcher de frissonner.
Berwald, pris d’un pressentiment, attrapa son bras et le fit reculer pour l’attirer à lui d’un air soucieux.

- ...Regarde, souffla-t-il en désignant du menton une petite forme blanche qui venait vers eux.

C’était une fillette, dont les cheveux clairs étaient remontés en un chignon bouclé sur le haut de son crâne, et qui portait une robe blanche ample, au point que ses petites mains étaient recouvertes par les manches bouffantes trop longues. Elle était minuscule et sautillait pour se déplacer, ses bonnes joues presque trop petites pour accueillir son sourire. Ils pouvaient l’entendre rire aux éclats au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de la balançoire, et alors qu’elle allait s’y asseoir, elle se volatilisa.
Tout bonnement.
Berwald cligna des paupières plusieurs fois et retira ses lunettes. Il avait quand même assez confiance en ses capacités pour ne pas tout mettre sur le dos de sa vision défaillante, d’autant plus qu’à ses côtés, le Finlandais semblait sous le choc.
D’un accord tacite, ils regagnèrent le porche puis le salon où se trouvait l’inquiétant fauteuil, et pour le coup, ils avaient presque envie de se laisser tomber sur l’un des vieux sofas tant leurs jambes tremblaient.

Tino poussa un cri lorsque Lukas, sans prévenir, posa sa main sur le Finlandais. Il leur expliqua que la porte d’en face était bloquée par un poids, ce qui empêchait tout bonnement de l’ouvrir et d’entrer dans la pièce. Ils résoudraient ce problème plus tard, le plus urgent étant d’établir un plan des lieux avant la tombée de la nuit.
Une autre porte au fond de la pièce semblait déboucher sur un couloir, aussi Berwald et Tino s’y aventurèrent. Le Norvégien quant à lui, détestait le salon dans lequel il se trouvait, et notamment l’effet qu’il lui faisait. C’est pourquoi il décida de s’y installer pour utiliser sa spirit box ; une aussi mauvaise impression ne pouvait être liée qu’à la présence d’un esprit.

Craignant de trop provoquer les fantômes pouvant hanter l’endroit, il évita de s’asseoir sur le fauteuil rouge et préféra l’assise de l’un des sofas. Il alluma l’appareil et se racla la gorge.

- Bonjour. Je suis Lukas. Vous pouvez parler à travers ma spirit box… commença-t-il en agitant ledit objet. Mes amis et moi ne vous voulons aucun mal.

Un grand courant d’air froid parcourut la pièce et fit claquer les fenêtres et les portes. Lukas retint tant bien que mal un frisson, et impassible, continua ses interrogations.

“Non...Il ne faut pas…”

Pendant ce temps, Emil essayait toujours de démêler ses câbles. Il soupçonnait fortement le Danois d’avoir fait joujou avec le matériel - ce qui arrivait fréquemment. Avec un soupir, et les bras chargés de divers appareils, il entra à son tour dans le manoir. Il déposa sa charge à l’entrée et se permit quelques instants de répit pour observer lui aussi les lieux. Loin d’être impressionné par ce qu’il aurait qualifié de baraque croulante, il retourna au van pour récupérer le matériel manquant. Il détestait cette partie-là de l’enquête. Il était seul avec ses machines, ce qui en soin n’était pas déplaisant, mais c’était un travail énorme que de couvrir tout le lieu avec divers capteurs et autres caméras et ce, à la seule force de ses bras. Au moins, pour le rangement, tout le monde s’entraidait, alors que pour le moment, il avait honnêtement l’impression d’être le seul à travailler réellement.

- Cette bande de pseudo-aventuriers, grinça-t-il en montant les marches de l’escalier, un capteur EMF et une caméra dans les bras. C’toujours moi qui me tape le sale boulot. Tout ça parce qu’après, je passe la nuit assis dans Big V…

Il manqua être bousculé par Matthias qui semblait vouloir redescendre le plus rapidement possible. Il était pâle comme un cachet d’aspirine.
Emil émit un ricanement moqueur et s’autorisa une blague vieille comme le monde.

- Ben alors, t’es tout blanc, on dirait que t’as vu un fantôme.

Matthias bredouilla quelques mots rapides et sans sens réel, pointant simplement l’étage du dessus où il lui défendait d’aller, en parlant de “gros BOOM” et de “fantôme tueur” ainsi que d’un trou dans le vide dans l’une des chambres.

“En voilà un qui ne reviendra pas de sitôt dans ma chambre. Ces mécréants se croient tout permis. Où est passée la galanterie et la politesse d’antan ? Si je ne l’avais pas rattrapé sur la terrasse…”

L’Islandais leva les yeux au ciel et le laissa finalement redescendre, entrant au hasard dans la pièce de gauche. Aussitôt, il se mit à frissonner, et il fut surpris de voir que son souffle produisait une légère buée. La température avait baissé drastiquement entre le hall et ce qui semblait être la chambre d’une femme. Fronçant les sourcils avec incompréhension, il rebroussa chemin et sorti un thermomètre électronique de sa poche. Le hall indiquait environ quatorze degrés, ce qui n’était pas très chaud mais qui restait en adéquation avec la saison et l’état de l’endroit. Il pénétra à nouveau dans la chambre et mesura la température une fois de plus ;  il manqua s’étrangler en lisant les chiffres sur l’appareil.

- D-dix degrés… balbutia-t-il, incrédule.

Il secoua la tête. Les autres verraient bien dans la nuit si la chute de température était liée ou non à une activité paranormale. Et puis, sa caméra, elle, ne mentirait pas. L’islandais en profita pour se concentrer sur les lieux, une fois la surprise passée.
La pièce était sobre, se composant d’un âtre surmonté par des épées accrochées au mur, un lit à baldaquin simple poussé contre celui adjacent, et de quelques meubles de rangement comme une armoire et une commode. L’endroit, bien que légèrement écroulé sur sa gauche, était jusqu’à présent la pièce la plus rangée du manoir. Une porte, ouverte certainement par Matthias, semblait mener sur ce qui devait autrefois être la terrasse de la chambre, mais un trou béant s’était creusé entre le palier de celle-ci et ce qui restait du sol au-dehors, empêchant d’y accéder.
Il jeta un coup d’oeil dans ce véritable puits sans fond dont il ne distinguait pas grand chose. Emil se pencha pour tenter de mieux voir, mais il eut aussitôt la sensation d’être tiré en arrière et ramené dans la chambre.
Incrédule, il mit cela sur le compte d’un gros coup de vent ou sur l’amélioration subite de ses réflexes, puis haussa les épaules et installa sa caméra, tournée vers les épées. Ces armes démarquaient la pièce et certainement la propriétaire des lieux. Satisfait, il contempla son travail et ne s’attarda pas dans cette véritable chambre froide.

Il traversa le hall et pénétra dans la dernière pièce qu’il aurait à préparer pour l’enquête.
L’ambiance y était très différente. Il y faisait largement plus chaud que dans la précédente et le propriétaire des lieux était sans nul doute une propriétaire, s’il se fiait aux poupées de porcelaine posées sagement sur les étagères. Un grand lit était installé dans une corniche aux voiles rosés, et Emil se surprit à effleurer les touches du piano présent dans la chambre.
L’instrument dégageait une immense mélancolie et devait avoir été l’un des objets fétiches de feu la résidente des lieux.
Une table et des chaises étaient disposées sur un immense tapis qui avait dû être soyeux à une époque, mais la grande coiffeuse en face du lit fut ce qui retint son attention le plus longtemps. Il y avait du parfum, ce qui devait autrefois contenir de la crème ou du maquillage, une brosse à cheveux où il aurait juré avoir vu quelques fils d’or, et étrangement, des mouchoirs en tissu ensanglantés ou tout du moins tâchés. Mais ce qui l’hypnotisait surtout, c’était ce miroir qui semblait avoir échappé au temps tant il brillait encore.

Emil étouffa un bâillement et installa son capteur EMF entre le lit et la coiffeuse, avant de quitter les lieux sereinement. Il ne se sentait pas épié, dans la chambre rose, contrairement au reste du manoir.
Non pas qu’il ait pu envisager que quoi que ce soit aurait pu l’épier, cela dit.

Arrivé aux escaliers, il envisagea de jeter un coup d’oeil à l’étage, mais cela serait se déplacer pour rien, jugea-t-il. Pour une fois, suivre un conseil du Danois l’arrangeait bien, aussi décida-t-il de regagner Big V pour la nuit à venir.

Il s’installa sur son siège, allumant peu à peu les écrans pour vérifier que le matériel fonctionnait correctement. Matthias, Berwald et Tino se trouvaient encore dans les cuisines près du salon de gauche. Le premier fouillait tous les placards et ne restait pas en place, et les deux autres s’étaient installés à une table pour dessiner un plan sommaire des lieux que l’Islandais serait chargé de mettre au propre d’ici l’enquête de cette nuit.
Il fronça les sourcils tandis qu’il passait de caméra en caméra, sans jamais trouver son demi-frère, Lukas. Où sa manie de communiquer avec les esprits l’avait-elle encore mené ?

- ...Bouh.

Emil manqua tomber de son siège tant il sursauta. Il fusilla du regard le norvégien et son sourire en coin narquois, et croisa les bras pour se redonner une certaine contenance. Lukas était sur son territoire ; Emil gérait tout - ou presque - et il se sentait oblige de le lui faire sentir.

- J’ai capté une voix, énonça simplement le chasseur de fantôme taciturne.
- Déjà ? s’étonna le cadet.

Lukas hocha simplement la tête et lui tendit la spirit box.
Il n’étais pas aussi surpris qu’Emil. Dès qu’ils avaient pénétré dans le manoir, Lukas avait bien compris que cet endroit n’avait absolument rien à voir avec leurs précédentes enquêtes, et à des lieux étonnants s’associaient des résultats étonnants. Aussi, le Norvégien n’était pas peu fier d’avoir capté cette voix aussi rapidement. Cependant, le message qu’il avait cru comprendre à travers le bruit blanc l’inquiétait plus, c’est pourquoi il l’avait mené à son frère, pour avoir confirmation.

Prestement, l’islandais se saisit de l’appareil et commença à traiter l’enregistrement pour dégager la voix spectrale que l’autre chasseur avait entendue. Habitué à nettoyer les sons parasites, la démarche ne lui prit pas plus d’une dizaine de minutes, d’autant plus que les murmures semblait s’être concentrés en un endroit de l’enregistrement.
Son casque sur les oreilles, Emil n’osait pas croire ce qu’il entendait. L’enquête n’avait pas vraiment commencé, que déjà, les résultats étaient là.
Il voulait bien croire le promoteur immobilier lorsqu’il lui avait dit que beaucoup s’étaient fait des frayeurs dans ce manoir.
Pâle, il passa son casque à Lukas pour lui faire écouter ce que le fantôme avait à leur dire.
C’était une voix faible, plutôt jeune et féminine, mais son conseil était d’une clarté effroyable :

“Partez...”
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MessageSujet: Re: 【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕 Mer 3 Juin - 22:00

Chapitre 3 : Où il est question d’une brosse à cheveux

As usual, there is a great woman behind every idiot.  – John Lennon


Matthias avait toujours été d’une nature curieuse, et jouer à l’explorateur constituait l’un de ses principaux hobbies depuis sa petite enfance. Aussi la voie de chasseur de fantôme semblait lui convenir parfaitement, de par sa nature d’enquête et de traque à la découverte. Comme toujours, il ne trahissait pas sa réputation et explorait les placards très abîmés de la cuisine. Les portes étaient rongées par l’humidité, certaines étaient sorties de leurs gonds, d’autres avaient simplement disparu. Rien d’intéressant derrière ces panneaux de bois ébréchés, à part une grosse marmite de cuivre gâtée par le temps, que le Danois n’avait pas osé toucher de peur de la faire tomber en poussière.

Il s’était ensuite dirigé vers le salon où se trouvait le fameux fauteuil, et avait bien tenté de fouiller la pièce, mais elle le mettait bien trop mal à l’aise, et il ne cessait de jeter des coups d’œil vers le siège, s’attendant presque à ce que le maître des lieux y soit assis. Il était donc sorti aussi vite qu’il était rentré, avec la désagréable impression qu’on le poussait légèrement dans le dos. Tandis qu’il flânait dans l’entrée, il se surprit à imaginer à quoi pouvaient bien ressembler les habitants de cette maison.

Il y avait deux chambres de femmes, dont l’une devait appartenir à une jeune fille, et l’autre à une personne plus mature. Matthias n’avait pas vraiment eu le temps de faire un plan mental du troisième étage où il n’était resté que quelques secondes, tant l’atmosphère lui avait parue irrespirable. Toutefois, il lui avait bien semblé qu’il s’agissait de la chambre du maître de maison, et de sa femme, si femme il y avait.

En parlant de cela, c’était étrange. Il était logique de penser que la chambre de jeune fille du premier étage appartenait à la descendante du maître de céans, en tout cas à quelqu’un de très proche, peut-être une jeune sœur. La présence de la chambre d’en face était plus singulière, car il était rare de voir une chambre pour femme seule aussi richement décorée. S’il s’agissait d’une gouvernante ou d’une préceptrice, elle était visiblement assez respectée pour occuper une si belle suite de noble, à n’en pas douter.

Sa curiosité attisée par cette réflexion intense, Matthias décida de remonter à l’étage. L’investigation des deux pièces lui apporterait certainement quelques éléments de réponse, tout du moins il le pensait.

Pendant ce temps, Emil se balançait nerveusement d’avant en arrière sur sa chaise tout en scrutant les écrans de surveillance. Le message apporté par son frère un peu plus tôt ne cessait de tourner en boucle dans sa tête comme une litanie funeste : l’ordre était court mais clair, d’une clarté stupéfiante. Jamais il n’avait entendu une voix aussi distincte à travers la spirit box.

Le fond était tout aussi limpide que la forme. Ils n’étaient pas les bienvenus ici. Seulement, la voix n’était pas menaçante. À vrai dire, si Emil osait s’aventurer sur le terrain de l’interprétation des émotions transmises par le ton, elle semblait tremblante, presque suppliante. Or, on entrait dans le domaine de la supposition : l’enregistrement avait beau être de qualité, les parasites audio avaient très bien pu distordre le son.

Un léger mouvement presque imperceptible attira son regard sur la caméra qui surveillait la chambre violette, mais ce n’était qu’un insecte, probablement un moustique ou une mouche. Plusieurs minutes s’écoulèrent sans qu’il ne se passe quoi que ce soit, avant qu’un son strident et bref ne fasse sursauter l’Islandais. Il se saisit maladroitement de son talkie-walkie et balbutia :

- Tino, Berwald, montez à l’étage. Le capteur de la chambre rose réagit.
- Compris, répondit le Finlandais en attachant le boîtier à sa ceinture.

En grimpant l’escalier en colimaçon, ils croisèrent Matthias qui fouillait les meubles du hall entre les deux chambres, et sans prêter attention à ses recherches obstinées, ils plaquèrent l’oreille contre la porte de la chambre rose. En effet, le capteur s’agitait faiblement : il ne bipait pas en continu mais émettait irrégulièrement de légers sons étouffés. Tino jeta un regard à Berwald, qui hocha la tête, tandis que le plus petit prenait une grande inspiration, le Suédois ouvrit la porte d’un geste rapide et assuré.

« Oh non, qu’est-ce que j’ai fait, je n’ai rien fait… Partez… ! »

Immédiatement, le capteur EMF cessa de réagir, et le silence de la pièce retomba. Tino s’avança légèrement, et Berwald vit alors quelque chose d’étrange se produire ; alors que le Finlandais s’approchait lentement du capteur, une brume lumineuse à peine visible s’éleva et se fondit dans le plafond sans un bruit. Interdit, il retira ses lunettes et les examina minutieusement, mais elles étaient parfaitement claires et vierges de toute rayure ou saleté.

Il se frotta les paupières et décida de mettre cet événement étrange sur le compte de sa mauvaise vue corrigée seulement en partie par les verres, ainsi que sur sa fatigue, bien que la nuit soit à peine tombée. Depuis le hall, on entendit des bruits de pas s’approcher de la chambre, et il sentit Tino se tendre à côté de lui, avant que Lukas n’émerge du cadre de la porte, sa spirit box à la main.

- J’ai entendu le message d’Emil. Je me suis dit que j’allais faire des tests ici.

Berwald haussa les épaules et son coéquipier hocha la tête. Les deux se retirèrent de la chambre, laissant le Norvégien tenter de communiquer avec les esprits, au calme. Celui-ci s’installa précautionneusement sur le lit, qui craqua légèrement mais semblait résister sans peine à son poids. Lentement, il actionna l’interrupteur de l’appareil qu’il avait dans les mains, et déclara :

- Je suis ici pour essayer de vous parler. Est-ce que c’est vous qui nous avez demandé de partir tout à l’heure ?

Il attendit quelques minutes. En vain.

- Je ne vous veux pas de mal. Personne ne vous veut de mal. Si vous voulez me parler, vous pouvez utiliser la chose que j’ai dans la main.

Lukas se concentra sur le bruit blanc, et il lui sembla alors entendre un vague murmure, mais rien d’assez intense pour le distinguer des parasites.

- S’il vous plaît, manifestez-vous. Vous l’avez fait une fois, je sais maintenant que vous êtes en mesure de le faire. Si ce moyen de communication ne vous plaît pas, vous pouvez me le signaler, j’essaierai de trouver autre chose…

De nouveau, plusieurs minutes passèrent sans que rien d’humain ne s’échappe de la spirit box.

- Est-ce que c’est vous qui avez activé le capteur dans la pièce ? La petite chose au sol ?

Cette fois, il entendit un soupir. Lointain, faible, mais assez présenter pour qu’il le perçoive.

- Je vous ennuie ? Vous voulez que je sorte de la pièce ?
- … fou…
- Excusez-moi, je ne comprends pas bien ce que vous dites sur le moment, peut-être que je comprendrai en décryptant plus tard… Mais si vous pouviez parler un peu plus fort… ?
- Non.


Au moins, la réponse était claire. Peut-être l’esprit était-il fatigué, ou alors ne désirait-il tout simplement pas lui parler. Elle, se corrigea mentalement Lukas. Il était au moins certain qu’il s’agissait d’une jeune fille, dont il ne connaissait pas (encore) le nom.

Il était le membre du groupe le plus à même de ressentir la présence d’esprits et de déterminer leur état d’esprit pendant la prise de contact. Ce manoir, d’une manière généralement, était loin d’être accueillant. Pourtant, la chambre rose faisait exception : la température y était douce, même si quelques courants d’air traversaient occasionnellement la pièce. Le décor, bien que très endommagé, n’avait rien de menaçant.

Même le fantôme qui s’y trouvait ne semblait pas agressif : malgré son message, la jeune fille n’avait eu aucun mouvement hostile à leur égard. Ses interventions étaient faibles et peu articulées, mais Lukas n’y avait détecté aucune menace.

- Je vais vous laisser tranquille. Je coupe ma spirit box pour le moment, mais je reviendrai plus tard, peut-être demain.

Il actionna l’interrupteur et le bruit blanc s’éteignit.

À présent, Lukas était certain d’une chose : il y avait plus d’un fantôme dans le manoir, et celui auquel il venait de s’adresser, bien que peu coopératif, ne lui voulait pas de mal. Mais sa mise en garde signifiait très certainement que l’autre, ou les autres entités n’avaient pas la même conception des choses…

Entretemps, Matthias avait terminé son exploration du hall. Il n’avait fait que quelques trouvailles intéressantes : d’abord, il avait déniché un sceau, probablement des armoiries familiales, un grand H entouré de symboles si détaillés qu’il ne parvenait pas à les distinguer. Ensuite, il avait porté son attention sur le portrait très abîmé au mur, à côté de l’entrée de la chambre rose. Il avait beau incliner la peinture sous tous les angles, il ne parvenait pas à distinguer les traits des sujets sous la grande tâche noire qui avait dévoré le tableau. Seul un élément était certain, leur nombre : ils étaient trois.

Puis, il avait trouvé un trousseau de clé, ce qui n’était pas fort utile vu que toutes les serrures du manoir étaient dans un état lamentable et qu’une simple pression suffisait à les faire céder. Il décida tout de même de le garder avec lui, juste au cas où.

Il allait à présent s’attaquer à la chambre violette, où il avait senti un froid mordant la dernière fois qu’il l’avait visitée. Cette impression se confirma lorsqu’une rafale glaciale le saisit à l’ouverture de la porte. Pas découragé pour autant, Matthias s’avança dans la pièce et regarda autour de lui, curieux. Il sortit sa lampe torche et l’alluma pour examiner l’endroit plus en détails.

Le lit simple à baldaquins était, étrangement, à peine défait, mais les draps étaient dans un état si terrible que le Danois décida de ne pas y toucher. Il observa un moment la coiffeuse, plus petite et moins belle que celle de la chambre rose. Le miroir était couvert de taches noires, et il ne pouvait même pas y voir son reflet. Intrigué, il examina le contenu des tiroirs : quelques flacons et une vieille brosse à cheveux.

Il frissonnait de plus en plus, mais n’y prêtait pas attention, bien trop fasciné par ce qu’il trouvait dans cette pièce. Ce manoir était unique, pas dans son architecture mais dans la conservation de ses éléments, qui semblaient tout juste endormis depuis quelques siècles. C’était comme si personne n’était jamais venu ici durant ce laps de temps, que tout était resté comme les derniers propriétaires l’avaient laissé. Il restait même des bijoux sur la coiffeuse, qui auraient pourtant sûrement fait la joie de voleurs ou de pilleurs.

Cela voulait dire que le manoir était tombé dans l’oubli… Ou bien que ce qui le hantait était si terrifiant et dangereux que ceux qui avaient cherché à le dépouiller avaient connu un destin funeste.

Matthias secoua la tête. Il n’était pas intelligent de se laisser divaguer ainsi. De plus, il n’était pas un voleur et ne comptait pas emporter des objets.

Du moins, pas tant que le manoir n’aurait pas été purifié.

- Wow, souffla-t-il en ouvrant le tiroir de la grande commode.

Un nuage de poussière s’échappa du meuble et il toussa. Une fois les particules dégagées de sa vision et de ses voies respiratoires, il put s’émerveiller du contenu du tiroir : il renfermait de magnifiques vêtements, plutôt bien conservés car à l’abri de la lumière et de l’humidité, taillés dans de riches tissus tels que la soie ou le velours… Subjugué, il passa sa main sur les étoffes.

Il piétinait le sol avec excitation, et le plancher grinça sous ses pieds. La lampe torche dans la bouche, il entreprit de sortir et de déplier délicatement une longue robe bleue sur laquelle étaient cousus quelques dentelles. Il admira le vêtement un moment, jusqu’à ce que la porte claque derrière lui. Avec un sursaut, il déposa la robe sur le dessus de la commode et continua son exploration, en reprenant la lampe à la main.

Ce qui se trouvait dans le tiroir du dessous lui arracha un sifflement admiratif : des corsets finement brodés et des sous-vêtements féminins d’époque. Il ricana légèrement tandis qu’il exhibait un jupon orné de guipures.

Sa lampe se mit à grésiller et il tapa légèrement dessus du plat de la main. Ce devait être un faux contact, cela arrivait parfois ; l’objet ne retrouva son fonctionnement normal qu’au bout d’une bonne dizaine de secondes. Avec un soupir, il se pencha et sortit un deuxième jupon du tiroir, bien plus transparent que le premier.

À cet instant précis, sa lampe torche rendit l’âme d’un seul coup, sans prévenir, et Matthias eut beau la secouer dans tous les sens, la lumière semblait avoir quitté à jamais sa fidèle amie. Dans le noir, il put alors se rendre compte du froid intense qui l’entourait, et qui lui semblait encore plus glaciale qu’à son arrivée.

Il n’eut que quelques secondes pour entrevoir la possibilité de sortir, lorsqu’un objet dur percuta l’arrière de son crâne, lui arrachant un cri de douleur. À moitié assommé, il tenta de détaler vers la sortie, trébucha en route, s’étalant de tout son long sur le plancher, puis rampa jusqu’au dehors sans cesser de hurler, alertant les autres Nordiques et saturant par la même occasion le micro de la caméra qu’Emil avait placé dans la chambre.

- Que se passe-t-il ? bredouilla Tino d’un air paniqué en roulant des yeux.
- Je me suis fait AGRESSER ! Par un fantôme !
- Tu es blessé ?
- Uh… Je vais avoir une grosse bosse. Une ENORME bosse ! Je me suis pris une brosse à cheveux à l’arrière de la tête !

Tino rit et Berwald détourna le regard d’un air blasé, tandis que Lukas s’approchait de lui, toujours aussi neutre.

- Qu’est-ce que tu as dans la main ?
- Euh… Ma lampe torche ?
- Ton autre main, abruti.
- Ah… Un jupon que j’ai trouvé dans la commode.
- Coïncidence ou événement paranormal, tu l’as bien mérité. Personne n’apprécie qu’on fouille ainsi dans ses affaires.

Les trois hommes s’éloignèrent, laissant Matthias se relever en grommelant.

- C’est pas un fantôme qui va faire la loi avec moi, non mais je rêve…

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MessageSujet: Re: 【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕 Lun 8 Juin - 19:01

Chapitre 4 : Mélodie

Life is for the living. Death is for the dead. Let life be like music, and death a note unsaid. – Langston Hughes

Emil arracha son casque avec un grognement. Cet abruti de Danois, en hurlant, avait bien évidemment saturé le micro, et par la même occasion fait perdre un tympan à l’Islandais. Il se massa la tempe d’un air agacé, le dos appuyé contre le dossier de son siège, fixant les écrans d’un oeil vide.
Son regard se posa sur la caméra de la chambre violette, qui ne filmait absolument rien. Le néant total. C’était fortement agaçant. Et pourtant, à en juger par la différence de température entre le hall et la pièce, un esprit devrait logiquement habiter les lieux - s’il était possible de parler de logique et de paranormal à la fois.

Emil était d’un naturel sceptique, mais les événements se déroulant dans le manoir devenaient de plus en plus difficiles à expliquer rationnellement. C’était troublant, et il n’aimait pas ne pas pouvoir fournir d’explication scientifique aux manisfestations.
Estimant que Matthias devait avoir fini sa crise, il positionna de nouveau son casque sur ses oreilles. Il fit glisser le pointeur de sa souris d’ordinateur sur l’onglet qui devrait lui permettre de regarder la suite de Game of Thrones, mais au lieu de cela, il se figea en plein geste et avisa le programme de traitement audio encore ouvert. Il n’y avait plus grand chose à tirer des enregistrements de son frère pour le moment, mais il ne prenait pas de risque à vérifier une fois de plus, songea-t-il.

Cédant à cette pulsion, il écouta de nouveau la première piste audio. La jeune fille leur répétait de partir, encore et encore. Qu’est-ce que ce manoir pouvait-il donc avoir de si terrible à cacher ?
Emil leva les yeux vers les écrans des caméras. Tout semblait normal. Berwald et Tino étaient dans le salon, et Lukas et Matthias devaient sans doute être à l’étage. Les capteurs ne se déclenchaient pas spécialement…à l’exception de celui de la chambre rose, et Emil, au fond, ne pouvait s’empêcher d’établir un lien entre cette pièce et la voix fluette entendue plus tôt.

Il lâcha un soupir frustré, balança son casque sur son petit bureau et quitta prestement le van pour rejoindre le manoir.
Il pesta contre l’orage qui le tremperait sans peine le temps qu’il entre, pesta contre ses coéquipiers incapables de faire leur job correctement, pesta contre lui-même pour avoir décroché lorsque le promoteur immobilier les avait appelés.

Le hall d’entrée et son lustre prenait des aspects de films d’horreur typique avec la pluie qui battait contre les carreaux et les éclairs qui venaient de temps à autre éclairer la pièce d’un rai de lumière tonitruant.
Il resserra sa veste autour de lui et grimpa l’escalier rapidement, peu désireux de s’attarder et assez nerveux.
Il n’accorda pas un regard à Matthias, toujours planté dans le hall entre les deux chambres, et pénétra dans la pièce rose, fermant soigneusement la porte derrière lui.

Les lieux n’étaient pas spécialement inquiétants, mais la nuit et l’orage rendaient l’atmosphère pesante, lourde. Emil se sentit comme affaibli et après avoir hésité en voyant l’état des draps, finit tout de même par s’asseoir sur le lit en face de la coiffeuse.
Mais qu’est-ce qu’il cherchait en venant là ?

- Euh...Bonsoir. C’est vous qui faites joujou avec mon capteur, c’est ça ? Et qui nous avez demandé de partir ?

Il resta silencieux, tordant nerveusement ses mains dans l’attente d’une réponse.

Matthias, toujours dans le hall, finit par poser le jupon et par réfléchir. Il était persuadé qu’un esprit était rentré en contact avec lui, certes violemment, mais c’était une tentative de communication comme une autre - on n’est pas tous forcément très doué.
Décidé à accorder une deuxième chance à cet esprit maladroit, c’est avec délice qu’il intercepta Lukas en le voyant remonter.

- Ohhhh toi, viens là, je t’ai trouvé un espriiiit !

Le Norvégien arqua un sourcil et croisa les bras, dans l’attente d’une explication.

- C’est l’esprit-brosse. Il faut que tu essaies de parler avec lui. Ou elle, se corrigea-t-il en jetant un coup d’oeil au jupon. Je suis sûr qu’elle sera super réceptive avec toi ! Vieeeens !

Il entraîna le taciturne avec lui dans la chambre violette et glacée. Matthias, tout excité, le laissa examiner quelques secondes les lieux.

- ...Rends-lui son jupon.
- Ah, oui !

Il s’exécuta rapidement avec des excuses marmonnées, et Lukas alluma sa spirit box, posa un nombre incalculable de questions qui restèrent toutes sans exception sans réponse.
Il se tourna vers le Danois et le fusilla du regard.

- Avec tes bêtises d’esprit-brosse ou je ne sais quoi, on perd du temps. On doit encore couvrir tout le troisième étage et toi tu me fais parler à du vide. Ce n’est pas parce qu’il y a un petit courant d’air ou que tu as fait tomber une brosse parce que tu fouillais dans ce qui ne t’appartient pas que la chambre est forcément un lieu hanté.

Le Danois se fit tout petit, un air d’incompréhension clairement peint sur ses traits. Il n’avait pas rêvé, la brosse avait volé à travers la pièce, et un courant d’air ne pouvait certainement pas occasionner une chute de température de quatre degrés ! Le fantôme était juste de mauvaise foi, ou un peu timide, voilà tout.

- Il n’y a personne ici, termina le norvégien en ayant le temps d’éteindre la spirit box avant que le drame ne se produise.

“Es-tu sûr de toi ?”

Le Danois tenta de le mettre en garde mais l’objet avait été jeté avec bien trop de dextérité et de vitesse pour qu’il puisse faire quoi que ce soit. Avec une précision extrême, la brosse à cheveux s’éleva en l’air et fonça droit dans le crâne de Lukas, déjà tourné vers la sortie. Celui-ci se figea dans son mouvement et serra les poings, avant de se retourner avec une lenteur terrifiante vers Matthias qui se rongeait nerveusement l’ongle du pouce.

- ...Tu ne fais rire personne avec tes objets volants, abruti.

Il quitta la pièce dans une colère noire difficilement contenue et Matthias soupira lourdement, en jetant un regard assassin à la brosse gisant au sol.

- Tu pourrais être plus sympa, méchant fantôme, ça te tuera pas ! s’offusqua-t-il en fermant la porte de la chambre froide derrière lui.

Tino, dans le salon, leva le nez vers le plafond au bruit sourd d’un objet qui tombe.

- Berwald, qu’est-ce que…?
- Sûrement encore Matt’ qui balance des trucs, lui assura-t-il en haussant les épaules nonchalamment.

Le Finlandais acquiesça, cherchant à se convaincre que les bruits du manoir étaient en majorité causés par leur propre enquête plutôt que par la présence de fantômes.
Il se sentait terriblement mal, dans le salon, qui aurait dû être une pièce conviviale. Pourtant, il lui était de plus en plus difficile de respirer sans effort, de même que Berwald toussait sans cesse, comme s’il s’étouffait. Tino se sentait épié, et avait une vague envie de prendre ses jambes à son cou.

Plus vaillant que lui, le Suédois s’approcha du fauteuil rouge de velours et l’effleura. Un petit choc électrique lui traversa les doigts et surpris, il recula en dévisageant l’objet.
Jamais un meuble n’avait résisté au Suédois. Jamais.
Il plissa les yeux et inspecta les tâches de nouveau.

- ...Tino.
- O-oui ?
- On va faire des prélèvements.

“La curiosité est un vilain défaut que je punis toujours.”

Tino fouilla dans sa sacoche et tendit le matériel nécessaire à Berwald, qui récolta les échantillons dont il avait besoin avec une lenteur affreuse aux yeux du Finlandais. Il voulait sortir d’ici, et vite.
Un coup de tonnerre retentit dans l’ensemble du manoir et un cri lui échappa. Mortifié, il n’attendit pas son partenaire et fila hors de la pièce, à bout de souffle, au bord des larmes et tremblant comme jamais. Il se laissa glisser contre le mur et ferma les yeux pour se calmer, le temps que Berwald le rejoigne.
Ils n’étaient pas seuls dans le salon. Ils n’étaient jamais seuls, dans ce manoir.

Emil sursauta à l’énorme bruit causé par l’orage, tandis qu’il était toujours assis sur le lit de la chambre rose. La pluie était drue sur les carreaux et il avait cette peur irrationnelle que tout le manoir s’écroule sous le poids de l’eau.
Il vit une sorte de brume blanche aller de la fenêtre jusqu’à lui et il crispa les paupières, traversé par un grand frisson. Il s’autorisa à ouvrir de nouveau les yeux quelques secondes plus tard, lorsque le capteur EMF s’activa de nouveau pendant un court instant.

- O-oh. Vous êtes là. Vous n’aimez pas parler ? Vous...vous avez peur de l’orage ?

Le son de l’appareil se fit strident dans la pièce et Emil grimaça. Un fantôme chochotte. Comme lui. Chouette.

- Vous voulez que je vous laisse tranquille ?

Emil ferma les yeux lorsqu’il entendit un murmure qu’il aurait qualifié d’effrayé résonner dans la pièce.

- ...Je dois rester, c’est ça ?

Le capteur s’alluma une fois de plus.
Mal à l’aise et assez gêné d’être encore effrayé à son âge par un simple orage, il tripota machinalement son portable dans la poche de son jean, avant de le sortir pour se changer les idée.
L’esprit déclencha le capteur une nouvelle fois, arrachant un soupir résigné à Emil. Il était forcé d’admettre que quelque chose ou plutôt quelqu’un se trouvait dans la pièce avec lui, quelqu’un qui n’appartenait pas - ou plus - au monde des vivants.
Il se tendit au coup de tonnerre suivant tandis que la brume blanche semblait complètement paniquer, allant d’un bout à l’autre de la pièce avec frénésie.

- Euh...Je..Ca va aller, d’accord ? C’est qu’un orage, ça va passer, calmez-vous.

Il était tenté d’ajouter que l’esprit ne risquait plus grand chose, vu son état actuel, mais s’abstînt d’un commentaire aussi déplacé qui n’aurait certainement pas amélioré sa situation. Qu’est-ce qui l’empêchait de se lever et de partir, en même temps ? Il doutait fortement que le fantôme puisse sortir de la pièce.
D’un autre côté, il n’avait pas vraiment envie de partir. Sa curiosité était piquée.

- Est-ce que quelque chose pourrait vous calmer ?

“Serre-moi fort…Prends ma main...Fais-moi oublier...”

Emil n’obtînt évidemment pas de réponse, alors il réfléchit, avant de réaliser qu’il tenait toujours son portable à la main.

- Je vais mettre un peu de musique pour vous distraire, d’accord ? Je suis désolé si ça ne vous plaît pas. Je ne sais pas ce que vous écoutiez à l’époque.

Il fit défiler les titres de sa playlist avant de s’arrêter sur celui qui l’intéressait et de le lancer.
L’entité n’émit pas de protestation apparente ; elle semblait attentive au morceau qui lui était totalement nouveau et Emil se réjouit de constater qu’il avait réussi à faire se focaliser l’esprit sur autre chose que sa peur de l’orage.

‘Cause it’s too cold, for you here and now, so let me hold, both your hands in the holes of my sweater…

- J’aime beaucoup cette chanson, énonça-t-il simplement.

Le capteur EMF réagit à cette phrase et l’Islandais haussa un sourcil. La brume se déplaça de nouveau et s’arrêta un moment devant le piano de la pièce, assez longtemps pour que la chanson prenne fin et qu’Emil range son téléphone.

- Vous avez l’air sympa, comme fantôme. C’est assez rare, dans le milieu.

La foudre tomba dans le parc et l’Islandais se recroquevilla sur lui-même par réflexe tant la luminosité et le bruit avaient été intenses pendant un instant. Hésitant, il se redressa, s’attendant de nouveau à voir la brume se diriger vers lui, comme au coup de tonnerre.
Cependant, il était apparemment seul ; le capteur restait silencieux et ses yeux n’arrivaient pas à distinguer une quelconque forme.
Tout du moins, jusqu’à ce que son regard se pose sur le miroir de la coiffeuse.

La présumée propriétaire des lieux le fixait d’un regard vide, d’un bleu si clair et brillant qu’il paraissait opaque. Ses yeux étaient cernés de noir et ses traits étaient creusés, comme si elle avait été soumise à une fatigue intense. Ses cheveux blonds emmêlés étaient négligemment glissés derrière une oreille et tombaient dans son dos. De sa bouche, il pouvait distinguer un filet de sang séché qui aurait coulé il y a bien longtemps, et pour cause, la jeune fille arborait une plaie béante au niveau de la gorge. Le sang avait dégouliné jusque sur sa chemise de nuit et, heureusement pour le pauvre Islandais qui n’osait pas imaginer plus horrible que ce qu’il avait actuellement sous les yeux, son reflet s’arrêtait un peu en dessous des épaules.

Sa respiration s’accéléra considérablement, et il se leva d’un bond, absolument terrorisé. Il avait un fantôme sous les yeux, et pas un orbe ou de la brume, non, il était face à une morte, qui le suivait du regard où qu’il se déplace, qui était bien là, qui le regardait, il n’en pouvait plus, il devait bouger, sortir, sortir, il n’y arrivait pas, il devait sortir, ça devait sortir !

Lukas sursauta au hurlement atroce qui résonna dans tout le manoir, et quitta les cuisines pour traverser l’édifice entier jusqu’à l’étage en courant. Il était habitué aux hurlements. C’était chose commune, lorsque l’on travaillait avec Tino et Matthias. Ce qui était un peu moins commun, c’était d’entendre Emil hurler à la mort.
Il le retrouva dans le hall, les genoux remontés contre la poitrine. Il était tremblant et refusait qu’on le touche, même lorsque Lukas lui assura que ce n’était que lui. Matthias, lui aussi inquiété par le cri, les rejoignit et Emil finit par retrouver ses esprits. L’islandais resta silencieux quelques secondes de plus et se releva tant bien que mal, les yeux rivés au sol.

- ...J’ai vu un fantôme, finit-il par lâcher. D’une fille. Égorgée.

Lukas haussa les sourcils, surpris, puis les fronça.

- Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi, franchement. J’en ai déjà assez d’un Danois qui voit des ectoplasmes partout.
- Moi je te crois ! s’exclama le Danois en question en prenant les mains d’Emil dans les siennes. Cet étage est hanté à mort. Enfin, ce manoir est hanté à mort. On peut même dire qu’il est hanté de morts, ahahah !

Matthias finit par réaliser la nullité de sa blague et se racla la gorge, gêné.

- ...Enfin, bref. Je peux aller voir si elle y est toujours. Si tu veux.
- ...Si ça t’amuse. Je...Je vais retourner au van. J’ai eu ma dose d’aventures pour la nuit.
Matthias lui ébouriffa les cheveux avec tendresse et entra d’un pas décidé dans la chambre rose. Il ne craignait plus grand chose, après les brosses à cheveux.

- Bonsoiiiiir ! lança-t-il à la cantonade.

Le capteur EMF s’affola quelques instants puis plus rien. Matthias résista à l’envie de fouiller la chambre et tout comme Emil l’avait fait plus tôt, il s’installa sur le lit. Le Danois fixa le miroir pendant de longues minutes, mais il ne parvînt qu’à voir son propre reflet - ce qui en soi n’était pas si désagréable, si on le comparait à celui d’une gamine égorgée.

Frustré, il n’insista pas plus et quitta les lieux, pour rejoindre Lukas et son frère qui étaient toujours dans le hall.

- Alors ? demanda le premier, sceptique.
- ...Rien, avoua-t-il, honteux.

Emil fronça les sourcils avec incompréhension.

- Mais...Mais je n’ai pas rêvé ! Elle était là !
- Tu dois être fatigué, et puis tu as sûrement trop vu de femmes égorgées dans ta série, là.
Game of Thrones ? Ohhh pitié, je sais faire la différence entre réalité et fic-

Le plus jeune fut interrompu par un cri atroce qui venait juste de l’étage du dessus. Personne n’avait encore exploré le troisième étage, jusqu’à présent ; Emil n’y avait installé aucun matériel et le rez-de-chaussée et les chambres représentaient déjà assez de surface à couvrir pour cette nuit-là, avaient-ils tous estimé.
Ni une ni deux, ils se précipitèrent vers les escaliers, Emil fermant la marche, encore un peu secoué par ce qu’il avait vécu plus tôt.
La nuit serait longue…
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MessageSujet: Re: 【Scandinavisk Toppluvorna】 - Les fanfictions Nordiques ! 〔En ce moment : Hiraeth〕 Mar 7 Juil - 17:39

Chapitre 5



Mr Oakley n’était pas une personne à qui il arrivait beaucoup de choses inhabituelles. Marié, deux enfants, promoteur immobilier, il vivait d’une vie de quidam paisible, se considérait supérieur au citoyen lambda sans pour autant l’être réellement. Il lui arrivait de se moquer de sa femme lorsqu’elle regardait une émission américaine sur le paranormal, jugeant que tout était truqué et que les “preuves” n’en étaient pas.

Aussi, il était passablement agacé par cette affaire de manoir hanté. Il avait entendu des excuses sordides de la part des clients pour justifier leur mauvaise impression à propos d’une maison, mais là, c’était tout bonnement grotesque. Des fantômes. Et quand bien même il y en avait, un fantôme ne peut pas faire grand chose à part peut-être s’amuser à cogner sur les murs quand il s’ennuie. Un désagrément passager et minime.

Mais de toute manière, ça n’existait pas, ces trucs là.

“Agence immobilière Oakley, bonjour.”

- Evelyne, vous avez eu des nouvelles des… Experts ?

“Ils sont toujours sur le site, monsieur. Ils m’ont signalé qu’ils feraient un rapport demain matin. Ils doivent passer leur première nuit dans le manoir ce soir-”

- Oui oui, d’accord, d’accord. Ça va encore nous coûter une fortune ces plaisanteries.

“Vous savez monsieur, j’ai fait des recherches historiques sur ce manoir et…”

- Et ? soupira le promoteur d’un air excédé. Vous allez me sortir une histoire rocambolesque ?

“Hé bien les derniers propriétaires du manoir ont été les descendants d’une grande famille noble du XVIIIe siècle, les Huxley. Mais la lignée s’est éteinte, d’une épidémie foudroyante apparemment…”

- Comme c’est triste. Sinon, vous vous êtes occupée du dossier que je vous ai confié ce matin ?

“Oui monsieur…”

- Je ne veux plus que vous perdiez votre temps à faire ce genre de recherches inutiles. Est-ce bien clair ?

“Oui monsieur.”

- Parfait.

Il raccrocha. Simple, précis, efficace. Rendement, rendement, rendement. Tout allait comme sur des roulettes, comme il aimait.

Mr Oakley était une personne normale, et rien de particulier ne pouvait lui arriver. Ou tout du moins, il préférait déléguer la tâche à quelqu’un d’autre.

---

- TINO !

Emil se figea en haut des escaliers, tandis que s’étalait quelques mètres plus loin le corps tressautant et ensanglanté du Finlandais. C’était un cauchemar, il allait se réveiller d’une minute à l’autre sur son siège, dans Big V, il s’était endormi devant les caméras de surveillance… Mais il avait beau secouer la tête, se pincer, se mordre les doigts, la réalité était bien là, douloureuse et tâchée de sang.

- Tino ! Tu m’entends ? Répond !

Matthias tapotait désespérément la joue du plus petit, qui ne réagissait pas et se contentait de tourner lentement la tête de droite à gauche, visiblement au bord de l’inconscience. Il avait une profonde coupure sur la joue droite, et son sweatshirt était déchiré sur la gauche, dévoilant ses côtes striées de griffures sanguinolentes. On aurait dit qu’un animal, ou que quelque chose avait essayé de le saisir… Et de le tuer.

- Il faut qu’on le sorte d’ici. Immédiatement.

Berwald s’approcha et souleva Tino sans efforts, tandis que le Norvégien scrutait l’immense pièce où ils se trouvaient, la respiration haletante. Lukas sentait que ce qui occupait cet étage était dangereux. L’atmosphère était pesante, et lorsqu’il se concentra sur le ressenti des lieux, une vague de haine et d’envie de meurtre l’envahit brusquement ; submergé par la brutalité de ces sensations, il fit quelques pas en arrière et se hâta de descendre les escaliers à la suite des autres, en entraînant Emil par le bras.

Il n’avait jamais rien vu de tel. Il était rare, lorsqu’on travaillait avec des esprits, de tomber sur des entités réellement menaçantes. Certains fantômes n’étaient pas coopératifs, et leur intimaient plus ou moins clairement de quitter les lieux, mais jamais ils n’avaient été physiquement attaqués ainsi. Lukas était perdu : ce n’était pas un démon, c’était quelque chose qui avait été humain, mais l’énergie qu’il dégageait était si puissante qu’il en doutait.

- Dépêchez-vous, souffla-t-il.

Il sentait un courant d’air froid qui les suivait de près. Ce n’était pas le même froid que celui de la chambre violette. C’était un vent glacial, violent, qui frappait par rafales et fouettait les joues.

Matthias poussa la porte d’entrée et ils se dépêchèrent de rejoindre le van, garé un peu plus loin, près du portail. Il allongèrent le Finlandais à l’arrière, tandis qu’Emil sortait une trousse de premiers soins. Le Danois continuait de parler à Tino, mais celui-ci pâlissait de minute en minute.

Le plus jeune s’affaira à désinfecter la plaie sur sa joue. Elle était impressionnante mais il n’aurait peut-être pas besoin de points de suture. Ce qui frappa Emil, ce fut l’aspect violacé de la peau environnante. Ce n’était pas juste une coupure : c’était une engelure. La chaire était pétrifiée par le froid et il craignait qu’elle ne se nécrose. Il appliqua une crème cicatrisante et désinfectante sur la blessure et couvrit la zone d’un épais bandage.

- Allumez le chauffage, murmura-t-il, il a froid.

Matthias bondit à l’avant et démarra le moteur. Lukas s’empara de la trousse de soins, sous le regard profondément soucieux de Berwald, prostré dans un coin. Sa grande taille l’empêchait d’intervenir sans gêner les autres. Le Norvégien s’occupa des griffures sur les côtes de Tino, de la même manière qu’Emil l’avait fait avec sa joue.

- … Les mecs, bredouilla le Danois au volant, les yeux rivés sur le rétroviseur extérieur.
- C’est pas le moment Matthias !
- Je suis sérieux ! Y a un truc qui sort du manoir !

Excédé, Lukas se redressa et jeta un oeil à travers le pare-brise arrière du van.

Toute trace d’agacement disparut de son visage lorsqu’il vit l’immense forme noire qui semblait s’écouler des portes du manoir et s’approchait dangereusement de leur véhicule.

- … Démarre. DÉMARRE MATTHIAS !

Le concerné ne se le fit pas dire deux fois et le van sauta en avant, dérapant légèrement sur les graviers. Les autres à l’arrière poussèrent un cri de protestation lorsqu’ils se retrouvèrent plaqué contre la paroi.

- Qu’est-ce que tu fous ?!
- Au cas où t’aurais pas remarqué on a une fumée noire démoniaque au cul, alors je fonce !

Le van bringuebalait sur la route et Matthias surveillait nerveusement son rétroviseur arrière.

- Je crois qu’il nous a lâch- J’AI RIEN DIT. HAHA !

Pied au plancher, le véhicule bondissait presque sur le terrain irrégulier et Lukas ne cessait de jeter des coups d’oeil terrifiés au pare-brise arrière, pour constater à chaque fois que l’entité semblait se rapprocher toujours plus.

Comme ils sont naïfs, de penser pouvoir m’échapper…

- MATTHIAS ACCÉLÈRE !
- JE CONDUIS UN COMBI VOLKSWAGEN PAS UNE FERRARI !

Il s’autorisa un léger soupir de soulagement en voyant le portail de la propriété à une cinquantaine de mètres devant.

- On y est presque ! On y est…

Il ne parvint pas à terminer sa phrase en sentant le moteur du van faiblir d’un seul coup.

- Me dis pas qu’on est en panne d’essence.
- Non, non ! La jauge est pleine ! C’est…

Un hurlement leur échappa lorsque deux immenses bras de fumée noire saisirent le van par les côtés et le tirèrent violemment en arrière.

- MATTHIAS FAIS QUELQUE CHOSE ! cria Emil en s’agrippant à la banquette arrière.

Le Danois mit toute sa volonté pour faire repartir le van, et il sentit que l’esprit avait du mal à le retenir. Alors qu’il priait comme un fou, une voix glaciale résonna dans le véhicule, figeant les gestes de tous les Nordiques. L’espace d’un court instant, il leur sembla que quelqu’un s’était glissé auprès d’eux et leur chuchotait à l’oreille, avec le venin d’un serpent.

Ne revenez pas.

Le van bondit d’un seul coup en avant, dépassa le portail et s’arrêta dans un dérapage à peine contrôlé. Lentement, les cinq chasseurs de fantômes reprirent leur respiration, Lukas affalé contre les portes arrières, Emil accroché à la banquette et Tino et Berwald agrippés l’un à l’autre. Il fallut plusieurs minutes avant que l’atmosphère ne redevienne à peu près calme.

Le Finlandais semblait respirer un peu mieux, et était assoupi.

- Putain, qu’est-ce que c’était que ça…

La question de Matthias n’attendait aucune réponse, et d’ailleurs personne n’en formula. Ils passèrent plusieurs minutes à se regarder en silence, silence seulement troublé par l’orage qui faiblissait et le ronronnement constant du moteur, que le Danois finit par couper lorsque la température de l’habitacle eut atteint un seuil convenable.

- Peut-être… Qu’on aurait dû écouter les conseils de la fille.

Emil regarda Lukas d’un air surpris.

- Tu veux dire… Quand elle nous disait de partir ?
- Tu vois bien que cette exploration ne nous a rien apporté de bon. Je n’ai jamais ressenti ça. Cet endroit est hanté au-delà de ce que j’aurais pu imaginer…
- On ne va pas laisser tomber comme ça !

Ils se tournèrent vers Matthias, qui semblait choqué, et continua :

- Tu dis que tu n’as jamais ressenti ça, et je pense que c’est la raison pour laquelle nous devons rester.
- Pour que nous finissions tous dans cet état-là ? gronda Lukas.
- Il faut prendre des précautions…
- Matthias, c’était un avertissement. Cet esprit pourrait nous tuer sans le moindre effort.
- Mais il y a deux autres esprits avec lui ! Elles, elles ne sont pas agressives… Enfin à part le coup de la brosse à cheveux mais… Je suis sûr qu’elle avait peur ! Tu imagines vivre, enfin, occuper un endroit avec un tel malade au-dessus de toi ? Tu m’étonnes qu’elles n’aient jamais trouvé le repos ! On ne peut pas les laisser comme ça…
- On ne peut pas se sacrifier pour les morts !

Emil écoutait l’échange sans intervenir, en se tordant les mains. Il avait extrêmement peur de ce que ce fantôme était capable de faire, mais il comprenait également l’argument de Matthias : il avait été terrifié par le reflet morbide de la jeune fille dans le miroir, mais elle était très loin de lui vouloir du mal. Il s’en voulait presque d’avoir réagi ainsi, car elle n’avait sans doute pas voulu l’effrayer.

Il était tiraillé entre leur sécurité et leur devoir.

- Matthias, regarde l’état de Tino. On devrait l’emmener à l’hôpital. Tu penses sérieusement que ça vaut le coup ?
- C’est l’affaire de notre vie, Lukas.
- Ce sera aussi peut-être l’affaire de notre mort, répondit l’autre d’un ton sarcastique. Si tu veux continuer, ce sera sans moi.

Emil croisa le regard de Berwald et compris qu’il était dans le même état d’esprit que lui. Le Suédois ne s’exprimait pas beaucoup mais on sentait la confusion qui émanait de son aura. Finalement, il ouvrit la bouche, coupant court au débat de sa voix grave :

- On devrait attendre que Fin reprenne conscience et lui demander ce qu’il en pense.

Matthias et Lukas le considérèrent un moment, puis hochèrent la tête.

Le groupe resta un moment dans la voiture, sans échanger un seul mot. L’atmosphère était pensive, hésitante.

Lorsque Tino reprit connaissance, l’aube pointait le bout de son nez.

- Tino…
- Urgh… Ca pique.
- Je sais, c’est le froid… Comment tu te sens ?
- Pas si mal que ça vu la situation…
- Tu peux nous raconter ce qui est arrivé ?
- Je ne sais pas si ça vous serait d’une grande aide, avoua-t-il à voix basse. J’ai à peine eu le temps de faire quelques pas qu’un froid terrible s’est abattu sur moi. J’ai eu très mal et j’ai eu l’impression que mon coeur allait exploser… Ma vision a tourné au noir, et ensuite plus rien…
- Tu n’as pas vu de silhouette ?
- Pas vraiment… Mais il y avait un portrait au mur, j’ai eu le temps de l’apercevoir.
- Tu nous le décrira plus tard.
- Il faut y retourner, décréta le Finlandais à la surprise générale.
- Tu es fou ? balbutia Lukas.
- Il y a deux autres esprits dans cette maison, et ils ont peur. Celui du dessus les tyrannise. Ils ont besoin qu’on les aide.
- Tino…
- Lukas, écoute-moi. Si nous ne purifions pas cette maison… Personne ne le fera.

Le Norvégien ouvrit la bouche pour répondre mais rien ne vint. Tino avait raison. Ils faisaient parti des meilleurs, ça aurait été mentir que de dire le contraire, et une affaire de cette taille était à leur mesure. S’ils s’en allaient, d’autres viendraient, et un jour l’accident serait irréversible.

Après un long moment d’hésitation, ce fut Emil qui déclara d’une voix claire :

- On reste. Mais on revient demain. On remballe le matos et on se tire pour ce soir.

Cette décision fut accueillie par un hochement de tête général.

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