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"Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自

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MessageSujet: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 1 Sep - 21:59


Kiku Honda

"One is not born a wizard,
One becomes one"
#Ravenclaw
Happiness can be found, even in the darkest of times, if one only remembers to turn on the light





courtoisprudemodestepessimisteréfléchifanboystudieuxanxieuxdiscretréservépassionnécritique

❀ nom entier : Kiku Honda
❀ surnom : Amsel par Ludwig, petit sushi par Keith, Toyota par Ihrin
❀ date de naissance : 23 décembre 1973
❀ nationalité : japonaise
❀ ascendance : sang-mêlé (mère cracmole et père moldu)
❀ langues parlées : japonais (couramment), anglais (couramment), allemand (un peu), français (des brides)
❀ lieu de naissance : Kyoto, Japon
❀ lieu d'habitation : chez sa meilleure amie, à Kyoto
❀ instrument de musique: des bases de piano et de violon
❀ sport: de la danse et des arts martiaux
❀ maison : Serdaigle
❀ année : 7e année
❀ poste au quidditch : aucun
❀ patronus : grue
❀ épouvantard : les cadavres de ses amis les plus chers, brûlés vifs.
❀ reflet dans le miroir de Riséd: Lui et Ludwig, souriants, avec un enfant qui leur ressemble, et des tas de chiens et de chats
❀ odeur de l'amortentia : L'odeur des vieux livres, des cerisiers et celle de Ludwig
❀ baguette : bois de cerisier, ventricule de dragon, 27 centimètre, plutôt rigide
❀ autres: possède une discrétion à tout épreuve ainsi qu'un appareil photo. Planquez-vous


❀ couleur des yeux : bruns foncés, noirs à l'ombre
❀ couleur des cheveux : noirs
❀ taille : 1m65
❀ poids : 53kg
❀ autre aspect physique : ses cheveux sont toujours coupés au millimètre près
Traits physiques
❀ matières préférées: botanique
❀ matière détestées: potion
❀ options: soin au créatures magiques, étude de runes
About school
Ludwig ❀ prendre des couples en photo ❀ les chats ❀ le thon rouge ❀ les choses salées ❀ la botanique ❀ la danse ❀ l'architecture écossaise ❀ la musique classique ❀ les livres ❀ être proche de ses amis ❀ la photographie ❀ dessiner ❀ la technologie ❀ les pâtisseries européennes ❀ les mauvais jeux de mots
Aime
donner son avis ❀ quand Ludwig se met en colère ❀ les inconnus trop tactiles avec lui ❀ être incapable de consoler quelqu'un ❀ les cours de potion ❀ être en colère ❀ être débraillé ❀ déranger les autres ❀ être seul ❀ Abbanzio Vargas
N'aime pas
Répertoire des rps


En cours.
À photo envolée, ami trouvé
Pensine - ft. Feliciano Vargas ✽
Mistral gagnant
Delirium - ft. Ludwig Beilschmidt ♚
Earth laughs in flowers
Serres - ft. Evalyn Wilson ✏

Terminés.
À cours vertigineux, préfère la fuite
Pensine - ft. Ludwig Beilschmidt ♚
Pub... and Go!
Auberge des Trois Balais - ft. Arthur Kirkland ☂
Détectives privés à votre service!
Cachots - ft. Elizaveta Héderváry & Evalyn Wilson ❀✏
Tels pères, tels pères
Boule de cristal - ft. Ludwig Beilschmidt ♚
Le serpent ne mangera pas le corbeau
Pensine - ft. Arthur Kirkland ☂
Stronger than you
Dortoir des serdaigles - ft. Leopold Edelstein ϟ
Un vol de toute envergure
Terrain de Quidditch - ft. Aisa B. Dzulkifli ✿

À faire.

Abandonnés.
Le premier cliché de l'amitié
Pensine - ft. Feliciano Vargas ✽


  • Margaux
  • Lea/Kiku
  • 19 ans
Notice d'utilisation : ne pas brusquer ou engueuler, préférez les câlins. Aime écrire plus que tout au monde, déprime ou gueule si on l'en prive. Attention à son kokoro, qui contient une dose anormalement élevée d'empathie


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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 3 Sep - 17:18



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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 21 Jan - 0:53









Découverte

3 avril 1982






"Watch me bloom!"




"Je suis un sorcier.
Ces mots semblent incroyables, et pourtant, rien n'est plus vrai. On m'avait toujours affirmé que la magie n'existait pas, que les légendes japonaises n'étaient destinées qu'à être racontées aux enfants, ou à ceux qui y croyaient encore. Qu'il ne fallait croire que ce que l'on voyait. Si tel est le cas, je peux donc affirmer que ce dont j'ai été témoin était bien réel. Peut-être mes yeux me jouaient-ils des tours, peut-être tout cela n'était-il qu'un rêve. Mais je suis désormais persuadé, alors que je contemple mes mains, qui ont accompli ces choses incroyables, que j'ai reçu à la naissance un pouvoir dont peu d'enfants peuvent se vanter.

La sorcellerie. Cette journée avait pourtant débuté comme toutes les autres. Je me suis levé ce matin, comme d'habitude, dans la peau d'un enfant de 8 ans tout ce qu'il y avait de plus normal. Je me suis habillé rapidement avant d'aller déjeuner en compagnie de ma mère, puis je suis retourné dans ma chambre faire mon lit, avant d'aller me brosser les dents et me coiffer -Dieu sait que je déteste avoir les cheveux décoiffés, et le petit déjeuner est toujours un mauvais moment à passer, car je sens sur mon crâne cette tignasse emmêlée, qui ne demande qu'à être disciplinée. Profitant que mon père ne soit pas à la maison, occupé à enseigner mille techniques et traditions compliquées aux élèves de son dojo, je m'amusais un peu dans le jardin, avec une balle Temari offerte par ma tante à un lointain anniversaire. Je finissais par vite me lasser, m'asseyant en tailleur près de la marre pour regarder les magnifiques carpes koi, rouges et blanches à la manière du drapeau japonais, dans leur valse quotidienne. Je finissais par somnoler un peu, et après je ne sais combien de temps, ma mère venait me réveiller, me prévenant en riant, de son rire si doux et fragile, que je risquais de tomber tête la première dans l'eau si je restais là. Elle me proposait plutôt de l'aider à jardiner, puisque je m'ennuyais. J’obtempérais avec joie.

En effet, elle comme moi aimons les plantes plus que tout, en particulier les fleurs. Quel plaisir de semer les graines, et de les voir grandir au fil des mois, veillant chaque jour à ce qu'elles ne manquent de rien, chassant les éventuels insectes qui pourraient leur vouloir du mal, et les protégeant des attaques du climat qui pourraient freiner leur croissance. Je ne comptais plus le nombre de variétés que j'avais découvert en 8 ans d'existence, tous les pétales, doux ou rêches, qui étaient passés entre mes doigts, toutes les tiges que j'avait taillées, toutes les feuilles que j'avais coupées. Je suis persuadé que c'est ma mère qui m'a transmis cette passion. Elle semble si heureuse lorsqu'elle travaille dans le jardin, prenant soin des plants avec une délicatesse, une gentillesse que je ne maîtrise pas encore totalement. J'espère un jour pouvoir égaler son talent.

Pour l'heure, elle me demandait de l'aider à ramasser toutes les fleurs et feuilles du cerisier, qui envahissaient le jardin après être tombées de l'arbre. C'est, stupéfait, que je contemplais le-dit cerisier, plus nu qu'à l'ordinaire. En ce début de printemps, il aurait déjà dû être très fleuri, pourtant on voyait qu'il peinait à grandir convenablement, contrairement à d'habitude. J'observais avec tristesse les minuscules feuilles ternies, qui se débattaient pour grandir davantage, et les fleurs fanées qui abandonnaient déjà leur croissance, avant de se décrocher de leur branche, voletant une dernière fois au gré du vent avant de s'étaler lamentablement par terre. Je demandais à ma mère pourquoi l'arbre était dans un tel état, mais elle ne put qu'hausser les épaules, aussi attristée que moi, me disant qu'il était vieux, que les fleurs ne poussaient plus aussi bien qu'avant. Qu'il allait peut-être bientôt mourir. Je secouais la tête en geignant, ne pouvant l'accepter. Ce cerisier était là depuis ma naissance, et j'avais mille fois observé, assis au pied de son tronc, son majestueux feuillage et ses pétales colorés par les rayons du soleil, qui se décrochaient parfois à cause de la brise, pour atterrir dans mes cheveux comme un pluie pleine de douceur. Je ne pouvais pas le laisser dépérir sans rien faire. Je m'accroupissais dans l'herbe, et prenais dans mes mains une poignet de ces belles décorations trop vite tombées, les montrant à l'arbre, comme s'il allait se déplacer pour venir les reprendre. Ma mère m'observait, compréhensive, mais curieuse. Je l'étais également, ne sachant pourquoi je faisais cela. C'est vrai, il n'allait pas lui pousser des jambes, et il n'allait pas me rejoindre pour récupérer ce qui lui appartenait, et les replanter sur sa tête. Pourtant, une voix au fond de moi me murmurait que c'était la chose à faire. Que je n'avais qu'à y croire, vouloir que le cerisier guérisse, pour qu'il m'écoute et accède à ma requête.

C'est sous nos yeux ébahis que les fleurs que je tenais au creux de mes doigts reprirent peu à peu, avec la lenteur d'un vieux film, leur couleur. Partant du centre, une teinte rosée se déployait sur les pétales, effaçant les rides de la fatigue qui les couvraient, comme l'eau chasse le sang d'une plaie. Je restais bouche bée, observant ce spectacle que je pensais improbable, contre-nature. S'il y avait eu la possibilité de guérir la plantes avec tant de facilité, on me l'aurait déjà apprise. Mais je comprenais que cela n'avait rien de normal, lorsque je vit l'effarement qu'affichait aussi ma génitrice. Avant que nous n'ayons pu dire quoi que ce soit, les fleurs enfin rétablies se soulevèrent peu à peu, stagnant au dessus de ma paume en virevoltant, comme pour me remercier de les avoir soignées. Puis elle s'éloignèrent en direction de la cime, allant se replacer d'elles-même sur la branche qu'elles avaient quittée. Elles devenaient de plus en plus nombreuses, et je comprit en baissant les yeux que le tapis de feuilles et de fleurs à nos pieds accomplissait le même phénomène. Les bourgeons souillés reprenaient leur aspect originel avant de retrouver leur lieu de création, qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Enfin, le tronc malade abandonna sa triste mine pour reprendre son coloris chatoyant.

Un silence envahit le jardin, uniquement brisé par les fleurs nouvellement rétablies qui s'agitaient, jouant avec le vent doux du printemps. Je restais debout, les doigts toujours tendus, me demandant quel miracle venait de se produire, de mes mains. Je ne le savais pas, mais je l'avait fait, c'était sûr. Je me tournais lentement vers ma mère, captant son regard stupéfait qui me scrutait. La pensée que j'avais peut-être fait quelque chose de mal, d'inapproprié, me traversa l'esprit. Un enfant qui faisait de telles choses, ce n'était pas normal. Mais elle ne semblait pas effrayé, bien au contraire. Sa surprise laissa peu à peu place à une joie intense, un sourire illuminant son visage. Ce dernier n'était pas calme, modéré comme elle en affichait souvent en présence de mon père. Non, c'était un vrai sourire, signe qu'elle était réellement heureuse. Je suis certain de ne l'avoir jamais vu aussi extatique, enjouée, de toute ma vie. Elle tomba à genoux face à moi, les yeux humides, comme si elle allait pleurer, et me prit dans ses bras, se contentant de dire:

"Kami-sama... Tu en es un... Tu en es un!"

Sur le coup, je ne compris pas tout de suite ce que j'étais, mais une chose était sûr, cela devait être quelque chose d'incroyable, d'extraordinaire pour que ma mère m'enlace de la sorte, avec cette force que je ne lui connaissais pas. Comme si elle avait peur de faire un rêve, et qu'il ne s'échappe sans explication. Je lui rendais son étreinte, pour lui prouver que tout cela était bien réel, bien que je ne sache pas moi-même ce que je venais d'accomplir. Puis, le câlin cessa, et elle me prit par les épaules, me regardant droit dans les yeux, avec des paroles fermes, mais encourageantes.

"Kiku... Tu ne dois dire cela à personne, tu m'entends? Surtout pas à ton père. Personne ne doit savoir que tu sais faire ça. Tu me le promets?"

Je jurais, sans trop comprendre pourquoi je devais le faire. Si c'était quelque chose de si enthousiasmante, pourquoi fallait-il le cacher? Pourquoi ne pas en parler à papa, et lui montrer pour qu'il me félicite? J'en revenais au même point que précédemment. Ce n'était pas normal. Cela pouvait faire peur aux gens. Alors il ne fallait pas l'ébruiter, pour que les autres ne me fuient pas. Ma mère comprenait ma déception, mon désarroi. Je possédais un pouvoir que personne d'autre n'avait, j'étais spécial, mais personne ne le saurait. Elle m'offrit un sourire, et mis ses mains sur mes joues.

"Ce sera notre secret", me dit-elle.

Cela me suffit.
Profitant du fait que mon père soit toujours absent, elle m'emmena dans sa chambre, et une fois là-bas, détacha du sol une lame du parquet. Je me demandais pourquoi elle détruisait ainsi notre maison, lorsque je remarquais que le trou ainsi laissé n'en était pas un. C'était une trappe, dissimulant une pile de vieux livres poussiéreux, ainsi que des objets mystérieux que je n'avais jamais vus. Ma génitrice plongea le bras dans l'ouverture, et après avoir brièvement farfouillé, en sortit un gros grimoire qu'elle épousseta avant de me le donner. Je lui demandais de quoi il s'agissait.

"Un livre de magie, Kiku. Je te le donne, et je veux que tu le lises, tout en en prenant le plus grand soin"

Elle le déposa entre mes mains, et je faillis le faire tomber, me rendant compte de son poids non négligeable. J'entrepris de lire le titre délavé sur la couverture aux coins moisis. "Histoire de la Magie" par Bathilda Tourdesac. Ces mots n'avaient d'abord aucun sens pour moi, avant que je n'assimile le terme "magie". Je levais des yeux exorbités vers elle.

"Ce que je fais... C'est de la magie?" demandais-je, hagard.

À mon immense bonheur, elle acquiesça.

"C'est exactement cela"
"Alors... ça fait de moi un magicien?"


Elle eut un rire cristallin.

"Pas exactement"
"Qu'est-ce que je suis, alors?"


Elle laissa planer un suspens, le sourire aux lèvres, qui ne me fit que trépigner encore plus, avant d'abréger mon attente:

"Tu es un sorcier, Kiku"

Alors que j'écris, le fameux grimoire est ouvert face à moi, sur mon oreiller. La couverture du futon est rabattue sur ma tête, et je lis à la lumière de la lampe de poche que j'ai "empruntée" à mon père. Ma mère m'a demandé ne pas sortir le livre lorsqu'il est présent à la maison, mais je ne pouvais plus retenir mon impatience, alors qu'il était rentré juste après que j'ai emporté l'ouvrage dans ma chambre, et que nous ayons remis la latte là où nous l'avions retirée. J'avais passé le reste de la journée à attendre, ne tenant pas en place, pour pouvoir ne serait-ce que l'ouvrir et découvrir ce qu'il aurait à m'apprendre sur moi-même, et sur mes capacités. Et maintenant que je le feuillette, je découvre que je ne suis pas le seul de mon genre. Il existe bel et bien un monde, certes caché mais réel, peuplé par des sorciers aux pouvoirs mille fois plus incroyables que les miens. Le sommaire aborde le gouvernement, appelé Ministère de la magie, les animaux, les écoles de sorcellerie, et même les plantes! Un nouvel univers, horizon s'ouvrait à moi.

Je l'écris ici, comme une promesse pour le futur, un serment. J'apprendrai tout cela, je maîtriserai mes pouvoirs, et je deviendrai un grand sorcier!"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 21 Jan - 11:43









Nouveau monde

18 avril 1982






"I wish I could be part of that world"




"Plus j'en apprend sur le monde sorcier, plus je me dis que j'étais destiné à le découvrir. Cet univers regorge de merveilles et de mystères qui ne demandent qu'à être percés, par moi, sans aucun doute. J'ai assimilé tant de nouvelles informations à propos de cette réalité cachée que je ne sais par où commencer.

Il n'a pas fallu longtemps avant que je ne termine le grimoire d'Histoire de la Magie que m'avait prêté ma mère. Tout était terriblement intéressant, et je restais accroché au bouquin des heures entières, comme s'il s'était agit d'un roman plein de suspens, dont on veut absolument connaître la suite, alors que l'on s'était promis de s'arrêter au chapitre présent. Je passais parfois mes nuits à lire sous ma couette, finissant par m'endormir sur les pages, la lampe encore allumée. Heureusement que personne n'entrait dans ma chambre sans permission le matin, auquel cas l'ouvrage aurait vite été découvert.

Mon père souvent absent, moi et ma mère avions le temps de discuter de ce monde tout à loisir. Elle me faisait souvent la lecture la journée, car nous ne bougions pas beaucoup de la maison en cette période de vacances, passant de mon livre d'histoire au recueil de sorts, en passant par celui de botanique -qui était, sans surprise, notre préféré. Elle me montrait toutes les petites fioles de liquides ou d'ingrédients étranges qu'elle dissimulait sous sa trappe, mais m'interdisait d'y toucher, car ils pouvaient être dangereux. Je n'hésitais pas à lui demander tout ce qu'elle savait sur cet univers auquel je ne pouvais encore accéder.

J'avais d'abord été curieux de savoir comment elle en avait eu connaissance. Si j'avais des pouvoirs, ils devaient bien venir de quelque part. Il n'avait pas fallu longtemps avant que je ne trouve dans mon livre un récapitulatif sur les familles de sorciers: d'où pouvait venir la magie, était-elle héréditaire? Après avoir lu avec attention les pages sur le sujet, j'accourais auprès de ma génitrice, encore au lit -elle passait énormément de temps au lit lorsqu'elle ne jardinais pas et que ce n'était pas l'heure du repas; papa disait qu'elle avait simplement une constitution fragile, et qu'elle devait éviter de faire trop d'efforts. Je lui demandais, curieux comme jamais:

"Okāsan, est-ce que tu as des pouvoirs toi aussi?"

Elle m'offrit un sourire, mais nia doucement de la tête.

"Non, malheureusement"
"Je suis né moldu, alors? C'est étrange que tu connaisses l'existence des sorciers"


Sa risette devint un peu plus triste, mélancolique.

"Je ne suis pas non plus une moldue, chéri. Mes parents étaient sorciers"
"Mais alors... tu es..."


J'ouvrais rapidement le grimoire à la page que j'avais marquée, et regardais de nouveau toutes les sortes d'êtres  liés au monde de la magie. Je laissais transparaître une mine étonnée, et relevait les yeux vers elle.

"Tu es une cracmole?"

Après un instant de silence, elle finit par acquiescer.

"Je suis désolée, mon cœur"

Je secouais la tête, faisant s'agiter mes cheveux.

"Ce n'est pas grave! Si tu ne l'avais pas été, je n'aurais jamais su que j'étais un sorcier. Mais si tu n'as pas de pouvoirs... Où as-tu eu tout ces objets venant de ce monde?"
"Je te l'ai dit. Mes parents étaient sorciers. À leur mort, c'est moi qui ai hérité de toutes leurs affaires de sorcellerie. Ma sœur m'a dit qu'elle n'en aurait pas l'utilité, qu'elle en achèterait d'autres, donc que je pouvais les garder"
"Obasan est une sorcière aussi?!"
"Bien sûr. Les enfants cracmoles sont très rares, tu sais. Il a fallu que ça tombe sur moi"


Son visage abandonna son sourire. Elle semblait un fois de plus triste, effacée.

"J'ai toujours rêvé de pouvoir utiliser la magie, et d'aller à Poudlard..."
"Poudlard?"


Ce fut la deuxième chose qui éveilla ma curiosité. J'avais lu qu'il existait des écoles de sorcellerie, comme des collèges, où l'on enseignait aux jeunes sorciers à maîtriser leurs aptitudes, et où on les responsabilisait. Ils ne se contentaient pas d'étudier les sortilèges, mais apprenaient aussi à fabriquer des potions, à s'occuper de créatures magiques, ou de plantes qui m'étaient encore inconnues! Le plus réputé et le plus prestigieux de tous ces établissements était Poudlard, situé en Ecosse. Les sorciers les plus célèbres et les plus puissants ont apparemment fait leur scolarité entre ses murs. Rien que d'entendre ma mère en parler, cela a l'air extraordinaire, et terriblement excitant.

Elle me racontait le jour où sa sœur avait reçu la lettre informant les élèves qu'ils étaient admis au collège de sorcellerie. Cela n'avait pas été une surprise, et leur parents avaient été très fiers d'elle. En revanche, cela avait été plus douloureux l'année des 11 ans de ma mère, qui attendait chaque jour son courrier avec impatience, mais ne l'avait jamais reçu. Le jour de la rentrée où elle aussi aurait dû prendre le train en compagnie de ma tante, elle ne l'avait même pas accompagnée à la gare, restant à la maison pour se morfondre et pleurer sans personne pour la voir. Cependant, elle n'était pas mauvaise et n'avait jamais détesté son aînée pour cela. "Le problème vient de moi', se disait-elle. "Pas d'elle". Alors, chaque fois qu'elle pouvait la voir, elle lui demandait des détails sur sa vie à l'école, les cours qu'elle suivait, les examens. Elle était avide d'information, même si c'était un monde qui lui était inaccessible. Alors ma tante lisait avec elle ses livres de sortilège ou de métamorphose, lui contait l'histoire du monde magique, lui faisait essayer les mélanges d'ingrédients pour potions -avec protections, bien sûr, mais pas toujours sous la surveillance d'un adulte. Elle passait ses soirées à lire les livres laissés par sa sœur, ou à lui écrire pour en savoir plus sur le déroulement de sa semaine et de ses leçons. Mais ce qui fascinait le plus ma mère était sa baguette, qui avait choisi sa maîtresse de son gré, et l'accompagnait dans ses efforts pour devenir une grande sorcière. Elle se rêvait d'en posséder une à elle, qui lui obéirait et deviendrait comme un prolongement de son corps, ne la quittant plus. Mais cela lui était impossible. Elle en parlait avec une certaine nostalgie, un peu triste, mais heureuse malgré tout. Cela avait assurément été des moments de bonheur et de partage.

Émerveillé, je demandais, envieux:

"Tu crois que je recevrai ma lettre, moi aussi?"

Elle me sourit et me caressa les cheveux -elle est la seule personne à avoir ce droit.

"J'en suis sûr, chéri"

Il ne me reste donc plus que 4 ans à attendre. Je n'ai jamais été aussi impatient de grandir"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 21 Jan - 22:45









Perte

20 juin 1982






"I've been saved by your 'Welcome home' "




"Pourquoi aujourd'hui?
Était-ce un échange? On m'offrait un pouvoir des plus précieux, une nouvelle vie, un idéal pour mon futur, et l'on me prenait quelque chose en retour? Était-ce dans l'ordre des choses? Pourquoi, alors que j'étais si heureux il y a encore quelques heures, venait-on m'enlever ce bonheur tout juste acquis?

L'été est enfin là. Les mille cerisiers colorant la ville brillent plus que jamais grâce à leur ami le soleil, annonçant une saison des plus douces et des plus belles. Je rentrais de l'école, heureux de savoir que les cours seraient bientôt terminés. J'aime certes apprendre, mais je ne me sens pas à ma place dans ma classe. La perspective de ce que je pourrais découvrir là-bas est trop étroite, trop étriquée pour ce dont mon imagination a besoin. Le trou béant creusé par mon ennui ne peut qu'être comblé par des disciplines majestueuses, un savoir incroyable, des connaissances magiques. Je ne veux pas que mes professeurs ordinaires m'enseignent des matières ordinaires auprès de mes camarades ordinaires. J'avais besoin de quelque chose d'éblouissant. Je voulais maîtriser le don que l'on m'avait offert. Je voulais un tuteur à la hauteur du talent que je pourrais produire. Mais ce rôle, seule ma mère pouvait l'endosser.

Alors pourquoi? Pourquoi étais-je, il y a quelques minutes à peine, agenouillé près du futon de ma mère, où reposait son corps sans un souffle? Pourquoi fallait-il, qu'alors que j'avais le plus besoin d'elle, elle échappe à mon étreinte?

J'avais accouru dans le jardin, tout content de rentrer enfin. J'allais jeter rapidement mon sac à dos dans ma chambre, avant de me diriger vers celle de ma mère, où elle devait m'attendre impatiemment. Mais un fois arrivé dans le couloir, je m'arrêtais, remarquant un petit groupe massé autour de la porte shōji. Il me semblait entendre des sanglots. Les servantes se serraient les une contre les autres, se parlant d'une voix réconfortante. Mais le détail qui m'alarma le plus était la présence de mon père devant l'encadrement. À cette heure-ci, il aurait encore dû être au dojo. Et je décelait un certain malaise dans sa posture. Il n'était pas seulement droit, comme il en avait l'habitude. Il était raide, et pâle. Il fixait sans bouger quelque chose que je ne voyais pas de là où j'étais. Curieux mais aussi inquiet de connaître la raison de cette agitation, je m'approchait d'eux, et demandais:

"Qu'est-ce qui se passe? Pourquoi restez-vous tous devant la porte, comme ça?"

Une des femmes m'entendit et se tourna vers moi, terrifiée. Elle vint à moi, les mains en avant pour me repousser.

"Jeune maître, ne venez pas par ici, regagnez votre chambre, s'il vous plaît!"

Je ne comprenais pas pourquoi elle ne voulait pas que je vois ce qu'il y avait dans cette pièce.

"Il y a un démon dans la maison, c'est ça? Ne vous en faites pas, je n'ai pas peur!"

Et tout cela en bombant le torse, comme si j'avais un quelconque pouvoir d'exorcisme. Peut-être est-ce le cas, d'ailleurs? Je n'en ai aucune idée. Il y a des fantômes dans les murs de Poudlard, parait-il, mais peut-être certains s'amusent-il à les chasser? Puis je paniquais. Peut-être avaient-ils découvert notre secret, à mère et moi? Après tout, la lame de parquet était vieille, elle avait très bien pu être déplacée par accident. Mon père savait-il déjà tout? Était-ce pour cela qu'il regardait l'intérieur de la chambre avec cet air tétanisé? Je repoussait la gouvernante et courais vers mon père, lui attrapant le bras pour le secouer, affolé.

"Jeune maître, non!"
"Otōsan, ce n'est pas ce que vous croyez! Ces livres, c'est-"


Mais je me tus en découvrant le spectacle qui causait une telle horreur, une telle tristesse. Les planches au sol n'avaient pas bougé, aucun grimoire ou aucune fiole n'étaient sortis. La chambre était aussi bien rangée qu'à l'ordinaire. Le seul détail étonnant était que ma mère était allongée dans son lit, paisible, sûrement endormie. Elle ne restait jamais couchée aussi tard la journée. Je savais que depuis quelques mois, elle dormait bien plus qu'avant et restait parfois des journées entières assise dans son futon, mais elle faisait toujours en sorte d'être prête et disponible pour l'heure où je rentrerais de l'école, à seize heure et quart. Et il était presque seize heures et demi.

Je restais d'abord figé aux côtés de mon paternel, comprenant peu à peu que quelque chose clochait. Mais je ne pouvais encore me résoudre à accepter ce que j'avais sous les yeux. J'avançais vers elle, et mon père ne fit pas un geste pour me retenir, les yeux au sol, alors que les servantes tendaient la main pour essayer de m'en empêcher. Je m'asseyais en seiza à côté d'elle et lui attrapait le bras doucement pour le secouer.

"Okāsan! Réveille-toi, tu as oublié... -j'achevais à voix basse- On doit aller lire..."

Mais elle ne bougea pas, les yeux toujours fermés, alors je bougeais un peu plus son bras, de plus en plus inquiet. Et je continuais à l'appeler, et l'idée qu'elle ne m'entendait peut-être pas s'insinuait peu à peu en moi. L'idée qu'elle ne m'entendrait plus jamais. Pour confirmer mon affreuse théorie, une des femmes, au bord des larmes, m'appela de nouveau.

"Jeune maitre! Votre mère ne..."

Elle n'achevait pas, mais je parvenais à finir cette phrase seul. Car c'est ce que j'étais. Seul comme jamais.

"Elle ne se réveillera pas..." acheva-t-elle.

C'était faux, je le savais. Maman allait ouvrir les yeux d'un moment à l'autre, me sourire, et demander à tout le monde pourquoi ces mines attristées sur leurs visages. Puis elle leur demanderait de prendre congé et de nous laisser à nos livres. C'était très simple. Il suffisait que je l'appelle encore, et...

"Kkh-"

Je tournais la tête vers mon père, qui avait émis cette plainte silencieuse, douloureuse, que je n'avais jamais entendu venant de lui. Je le voyais serrer les dents et le poing. Il tremblait. Avec la pénombre de la pièce, je distinguais mal son visage, mais lorsqu'il se détourna de moi sans un mot, pour quitter l'endroit où gisait sa femme, j'aperçus au coin de ses yeux la lueur d'une larme. Il refusait de se montrer faible face à son fils. Il préférait encore prendre la fuite. Les servantes, ne sachant que faire pour moi, finirent par quitter l'endroit, comme si c'était trop supporter pour elles, pleurant toujours. Au fond, elles comprenaient sûrement que quiconque essaierait de m'éloigner de cette pièce échouerait lamentablement. J'étais désormais seul avec le silence. Même les arbres et l'herbe dans le jardin ne bruissaient plus, les oiseaux avaient arrêté de chanter. Mon regard retombait sur celui, clos pour toujours, de ma mère. Et pourtant, aucune larme ne franchissait mes paupières, aucun sanglot ne passait mes lèvres. Je restais à genoux, près du lit, sans un mot, la regardant comme si je voulais graver à jamais cette image dans ma mémoire.

Je ne sais pas combien de temps je restais ainsi, à la contempler. Ma seule certitude, c'est qu'il fait nuit alors que j'écris. Tout le monde est couché, sauf moi. Je ne m'embête même pas à utiliser la lampe de poche. J'ai laissé la lumière allumée. De toute manière, je sais que personne ne viendra me déranger. Pas après ça. Voilà comment toute la joie que j'avais accumulée ces derniers mois a été balayée, comme des feuilles par le vent. Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire, à présent. Je vais continuer d'étudier la magie, ça il n'y a pas à en discuter. J'aurais simplement à le faire seul. Je suppose que papa sera plus souvent à la maison pour remp

[Les mots s'arrêtent là, mais le papier est gondolé, comme s'il avait été humidifié]




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 26 Jan - 18:48









Changements

15 août 1982






"If only he could miss me..."




"Comment passer le pire été de sa vie, par Kiku Honda.

Premièrement, retirez une mère, et ajoutez un père autrefois absent, qui aurait mieux fait de le rester. La transition entre les deux promet d'être brutale.
Ma mère morte, mon paternel n'avait d'autre choix que d'être plus souvent présent à la maison, pour s'occuper de moi, ou même simplement pour gérer les affaires familiales. Il n'aurait pas été là, que j'aurais passé de meilleures vacances, malgré ma solitude. D'ailleurs, ces vacances n'en ont pas été. Elle ne peuvent pas l'être lorsqu'un patriarche austère et stricte vous oblige à travailler chaque jour du matin au soir pour ne pas "perdre le rythme" et ne pas "oublier vos leçons". Je ne saurais dire si c'est la disparition de maman qui l'a rendu ainsi. Je le voyais peu avant l'incident, et les rares moments que nous passions ensemble, il était certes stoïque et posé, mais au moins, lorsqu'il s'adressait à sa femme, ses yeux brillaient d'une lueur amoureuse et un léger sourire fendait sa bouche. À présent, il n'y plus trace d'amour dans ses prunelles. Ce ne sont que regards noirs, mâchoire serrée et ignorance méprisante.

Ne nous méprenons pas. Le fait qu'il veuille que je me montre studieux n'est en aucun cas une excuse pour passer du temps avec moi. Il ne m'aide même pas à faire mes devoirs, toujours occupé à autre chose à l'autre bout de la maison, mais il s'assure que je fais bien mon travail. Je n'ai jamais autant détesté ma chambre. Je veux en sortir, aller voir ailleurs. Mais chaque fois que je cherche à ranger mes affaires, à m'arrêter après cinq pages d'exercices sans interruption, mon père m'attend dans le couloir, passant par là comme par hasard. Il me demande où je vais, et si j'ai le malheur de répondre que j'en ai assez fait, que je veux aller jouer dehors, il me répond, de son ton dur et froid:

"Si tu estime avoir fait ton maximum, c'est que tu n'es pas assez exigeant envers toi-même. Retourne dans ta chambre et continue"

Je n'avais pas le choix. Cette tournure ne laissait pas de place à la discussion. Je rentrais donc, fermant la porte derrière moi, et me remettais à mon bureau, ressortant ma trousse, mon cahier et mon livre, et rouvrant ce dernier à la page que j'avais quittée. Puis, une fois l'heure du repas arrivée, nous mangions dans un silence de mort, l'un en face de l'autre. Je ne lui demandais pas comment avait été sa journée, contrairement à ma mère qui le faisait toujours. Cela ne m'intéressait pas. Un homme qui me cloîtrait dans la maison pendant les vacances d'été, alors qu'il faisait si beau dehors, et m'empêchait de respirer l'air frais au moins une fois dans la journée, ne méritait pas que je me sente concerné par ce qu'il faisait de son temps. Puis nous allions immédiatement nous coucher. Il ne me laissait même pas lire au lit, pensant sans doute que des histoires pourraient détourner mon esprit des études. De temps à autre en début de nuit, un domestique passait devant ma porte, vérifiant qu'aucune lumière ne perçait à travers le shōji. Et malgré ça, je ne pouvais pas dormir. J'avais beau fermer les yeux, me concentrer de toute mes forces pour ne penser à rien, ou même compter les moutons, rien n'y faisait. J'avais la tête trop pleine de choses, que ce soit d'informations accumulées en faisant mes devoirs ou de toutes les plaintes que j'aurais volontiers jeté au visage de mon père. J'étais épuisé, et en même temps, impossible de trouver le sommeil. Ce qui faisait que je ne dormais presque pas de la nuit, écoutant le silence lourd qui régnait sur la demeure. J'entendais l'aiguille de mon réveil engrener les secondes, de plus en plus lentement. Chaque nuit était un supplice. Je finissais par m'écrouler de fatigue, et me réveillais le matin avec des cernes. Mon père ne s'en inquiétait même pas, mais je savais qu'il les remarquait. Et cela ne l'empêchait pas de me prier sans gentillesse de retourner travailler.

Avec tout cela, impossible d'étudier la magie. Premièrement car je n'en avais plus le temps, mais j'aurais pu le trouver. Comme je passais mon temps dans la même pièce, sans que personne me dérange alors que j'étais censé étudier, sortir un livre de ma mère m'aurait été possible. Si j'y avais eu accès. Car la pièce où toutes ses fournitures de sorcières étaient cachées était désormais inaccessible. Mon père refusait que quiconque ne franchisse l'encadrement, lui compris. Peut-être refusait-il la disparition de son épouse, et se persuadait-il qu'en condamnant le lieu où elle avait passé le plus clair de son temps, s'occupant comme elle le pouvait, il espérait faire oublier qu'elle n'était plus là. Il essayait sans doute de s'en convaincre. De nous tous, il était le plus fragile, le plus affecté par cette histoire. Cela se voyait dans ses yeux. C'était ce qui avait causé son changement radical de comportement envers ceux qui vivaient chez lui. Et sans que j'en comprenne la raison, j'en étais la première cible. Il semblait passer sa colère, sa tristesse sur moi, sous couvert de m'éduquer, de me "remettre dans le droit chemin", comme si ma génitrice n'avait pas bien fait son travail. Il ne l'évoquait pas, mais je le comprenais sans qu'il ait besoin de rien dire. Il ne souhaitait pas seulement effacer la mort de sa femme. Il voulait l'effacer tout court. Effacer son influence sur la résidence. Plus personne ne s'occupait du jardin, et les fleurs dépérissaient, sans que je puisse rien faire. Et pire que tout, à mesure que les semaines de l'été se succédaient, je devenais incapable d'utiliser la magie.

Je ne saurais dire d'où vient ce problème. J'avais essayé un matin de faire pousser quelques fleurs, prenant le bois de mon bureau pour matériau de départ. C'était quelque chose que je faisais souvent avec ma mère lorsqu'elle m'entraînait à utiliser mes aptitudes. Elle me citait une plante, et j'essayais de la créer, la plus réaliste possible, respectant la couleur de la variété souhaitée, la longueur des pétales et des feuilles, la faisant joliment fleurie ou au contraire fanée. Mais ce jour-là, impossible de créer ne serait-ce que la tige, le bourgeon de ce que j'avais en tête. J'avais même l'impression que me concentrer épuisait mes forces, et je m'arrêtait après quelques minutes. Ma tutrice n'est plus là, et je ne parviens plus à appliquer ses enseignements. Cela peut difficilement être pire. Je n'aspire plus qu'à une chose: retrouver les bancs de l'école, mes camarades, et les cours qui me paraîtront un jeu d'enfant à côté de ce que j'ai vécu cet été"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 26 Jan - 18:55









Solitude

10 octobre 1982






"Look into my eyes, it's where my demons hide"




"Evidemment, je me trompais, comme toujours.
Comment passer la pire rentrée de sa vie, par Kiku Honda.
Effectuez un changement d'école, et vous vous retrouverez ainsi privé des rares personnes avec qui vous vous entendiez bien dans votre ancien établissement. Car c'est effectivement ce qui est arrivé lorsque mon père se mit en tête que l'école primaire où j'étais inscrit n'était pas assez drastique, et qu'il décida de m'envoyer en établissement privé. Je dois avouer, ce changement ne me perturbait pas tant que ça. Le peu d'enfants avec qui je conversais en classe n'étaient que des camarades, rien de plus. Nous discutions devoirs -généralement, ils me demandaient conseil, ou allaient parfois jusqu'à copier ce que j'avais fait-, et chaque groupe faisait circuler les premiers ragots, mais je ne me mêlais pas aux histoires, et finalement, il n'y avait aucun élève que je puisse qualifier d'ami. Je voyais en ce changement instauré par mon père un moyen de voir d'autres têtes, de faire de nouvelles rencontres. Et je supposais, dans mon esprit parfaitement innocent et naïf, qu'une école privée ne rassemblait sûrement que des chérubins au dessus du lot, studieux et doués. J'espérais, j'avais la conviction, même, que je pourrais me faire une place dans cet univers structuré et érudit. Bien mal me prit de penser ainsi... Car le résultat était bien loin de ce que j'imaginais. Il était même tout l'inverse de ce dont j'avais rêvé.

Tout fut clairement dit dès le premier jour de classe. J'espérais faire une entrée en matière discrète, m'intégrant petit à petit dans un groupe que j'estimerais à la hauteur de mes attentes. Mais notre institutrice eut la bonne idée de demander à chaque élève de se présenter brièvement pour permettre aux éventuels nouveaux de ne pas être isolés d'entrée de jeu. Je comprenais vite que j'étais en réalité le seul élève à avoir intégré la classe ce jour-là. Tous se connaissaient déjà, bavassaient joyeusement avant que le cours ne commence, alors que je restais assis sagement à un bureau au fond de la classe, faute d'autre place, attendant que la leçon débute. À la demande de notre professeur, les enfants se levèrent à tour de rôle pour donner un premier aperçu de ce que j'allais affronter dans l'année. Je repérais d'entrée de jeu le rigolo de la classe, celui qui plaisait aux filles, la petite intellectuelle à lunettes qui ne disait jamais un mot, sauf pour répondre aux questions du professeur, et la peste qui colportait des rumeurs et se croyait la plus éblouissante de toutes. Je me rendais peu à peu compte que j'étais anxieux, désireux d'être bien vu de ceux qui allaient partager mon année scolaire. Mon tour arriva finalement -presque trop vite à mon goût-, et je me levais de ma chaise, tremblotant. Je me rendais compte que la place du fond était la dernière que j'aurais dû choisir, si j'en avais eu le choix. De mon bureau, j'avais une vue sur tous les visages des étudiants tournés vers moi, curieux d'entendre ce que j'aurais à dire pour ma première heure parmi eux. J'essayais de garder mon calme et me tenais bien droit, avant de dire avec calme:

"Mon nom est Honda Kiku. Enchanté de faire votre connaissance"

Simple, clair et concis. Je m'inclinais légèrement pour leur montrer que j'étais docile et que je ne souhaitais avoir de problème avec personne. Relevant la tête, je voyais qu'il me regardaient tous avec des yeux ronds, scrutateurs, qui me mettaient un peu mal à l'aise. Quelques élèves se penchèrent vers leur voisin pour murmurer quelque chose que je n'entendis pas, et que je préférais de toute manière ne pas savoir. Je me rasseyais rapidement pour me faire vite oublier une fois la leçon démarrée. Je restais pendant cette dernière le nez dans mon livre, à exécuter une sorte de contrôle que nous avait donné notre professeur, pour tester notre niveau et voir qui avait travaillé pendant l'été ou non. Sans grande surprise, je terminais le premier, car c'était à la lettre près certains des nombreux exercices que j'avais potassé pendant le mois de juillet. Je découvrais avec soulagement qu'être en école privée ne m'avait pas rejeté en bas du classement. Je n'était pas seulement au niveau des autres, j'étais même en avance! Mais cette première réussite ne collait pas vraiment à l'image discrète que je souhaitais adopter. Après l'inter-cours, notre institutrice nous rendait déjà les copies, et annonçait sans aucune gêne que j'avais eu la meilleure note. Je m'attirais immédiatement des coups d’œil surpris ou même furieux de certains de mes camarades. Je pouvais lire leur pensée dans leurs yeux. "Qui est ce gamin sorti d'école publique qui se permettait d'avoir des meilleurs notes que nous, étudiants  coutumiers à un niveau plus élevés que la moyenne?". Je ne pipais même pas mot aux félicitations de la prof.

Mon petit écart m'a vite attiré les foudres de quelques élèves, toujours en tête de liste jusqu'à mon arrivée. J'étais devenu l'ennemi publique n°1, la cible à abattre. Je jonglais entre deux types de haine: celle du mépris silencieux, l'ignorance pure et simple, et celle plus brutale du lynchage. Je ne sais laquelle des deux était la pire. Certains enfants faisaient preuve d'une imagination remarquable pour faire comprendre à leur souffre-douleur qu'ils ne l'aimaient pas. Brosse de tableau pleine de craie au dessus de la porte de la classe, boulettes ou avion en papier pendant les cours, parfois même des inscriptions au feutre indélébile sur le bureau. Ce sont encore des enfants, alors on en reste à des coups bas, des blagues pas bien méchantes, mais à la longue cela devient épuisant. Et puis il y a ce prétexte absurde qu'ils avaient trouvés pour m'isoler, me pointer du doigt. Lors d'une pause entre deux leçons, j’entreprenais de faire les exercices donnés pour le lendemain pour ne pas avoir à les faire chez moi. De toute manière, je devais déjà bosser jusqu'à des heures impossibles ce soir-là, autant éviter de me rajouter du travail que je pouvais boucler en quelques minutes le jour-même. Deux élèves dont je n'avais pas pris soin de retenir les noms vinrent m'importuner pour me poser une question à laquelle je ne trouvais pas de réponse:

"Dis... Ils ont quoi, tes yeux?"

Je ne comprenais pas la question et restais silencieux, les regardant, surpris. Ils finirent par lâcher un petit rire et me laissèrent seul, s'éclipsant hors de la salle pour profiter des minutes de répit qui nous étaient accordées. Je restais pantois face à cette interrogation. Qu'est-ce qu'ils voulaient dire? Mes yeux avaient-il quelque chose de spécial? J'avais quelques cernes à cause des nuits que je passais à étudier, mais rien de stupéfiant -j'avais même pris l'habitude du rythme. Alors qu'est-ce qu'ils leur reprochaient? Je pensais sur le coup que c'était juste de la bêtise et n'y pensais plus. C'était pourtant le début d'un acharnement continu sur ma personne, nouvellement surnommée "le fantôme". Je n'avais même plus de nom. On m'appelait désormais par ce sobriquet et j'avais beau les démentir, ils s'en délectaient et n'attendaient qu'une chose: que je craque et leur demande des explications. Mais je choisissais de les ignorer. J'avais depuis un moment décidé que ce n'était pas dans cette classe que je trouverais un allié. Je m'évertuais même à travailler d'autant plus pour les faire enrager. Ils pouvaient bien me martyriser à la récré, mais c'était les chiffres sur le bulletin qui détermineraient la suite de nos études. Et plus je m'acharnais à me montrer supérieur, plus les coups pleuvaient sur moi. Mes bourreaux finirent néanmoins par comprendre que ce n'était pas la solution et que je n'abandonnerais pas ainsi.

Ils décidèrent d'adopter le deuxième type de haine: l'ignorance. Désormais, partout où je passais, quelque soit la question que je posais, je n'obtenais que le silence. Les groupes m'évitaient, passaient à côté de moi sans me voir. Certains audacieux se permettaient même de me bousculer, avant de s'excuser faussement, avec un rictus ironique:

"Oups, pardon, je ne t'avais pas vu"

Et ils riaient avec leurs comparses, me laissant en plan au milieu du chemin. Je me disais dans un premier temps qu'ils allaient ainsi me laisser tranquille, mais ce n'était pas aussi simple. Un étrange phénomène a vite fait que je n'étais pas seulement isolé de mes camarades. Non, je devenais peu à peu invisible aux yeux de tous. M'enterrant dans la discrétion la plus totale, je me faisais continuellement marcher dessus et l'on ne me remarquait jamais, enfant ou adultes. À l'heure du repas, alors que les élèves se battaient pour la dernière portion de tel plat ou la dernière part de tel gâteau, j'arrivais toujours dernier, et la cantinière finissait par me remarquer, demandant:

"Tiens? Tu étais là, toi?"

Le pire fut sans aucun doute le jour où notre professeur, qui connaissait chaque élève de sa classe et n'avait eu qu'un nom de plus à retenir cette année, ne parvint plus à se souvenir comment je m'appelais alors que je levais la main. Et ma place à l'arrière n'arrangeait rien. J'étais de moins en moins interrogé, éclipsé par l'enthousiasme débordant de tous mes collègues. Je parvenais de moins en moins à suivre ce qui se disait autour de moi. Je n'aspirais qu'à la tranquillité, mais lorsque le monde entier vous évite, lorsque vous êtes invisible à tout ce qui vous entoure, votre vie devient vite un enfer. Et plus je travaille pour ne pas prendre de retard, plus je m'éloigne d'eux. Je suis complètement seul.

Ce soir, avant de venir écrire, j'ai observé plus attentivement dans le miroir de la salle de bain après m'être brossé les dents. Habituellement, je regarde mon reflet avec peu d'insistance. Mais cette fois, je voulais déceler ce que l'on reprochait à mes yeux, la raison pour laquelle on se montrait si méprisant envers moi. Je n'ai pas eu à regarder longtemps. J'avais les yeux ternis par la fatigue, vides de toute lueur, éteins, mes cernes ne faisant rien pour arranger ce triste spectacle. Je me faisais presque peur à moi-même en me regardant. J'avais des yeux semblables à ceux d'un poisson mort. Je me détournais vite et rejoignais ma chambre après que mon père m'ait demandé de ne pas traîner et d'aller me coucher. J'en viens à me demander quel est le pire, désormais. Rester cloîtré à la maison à étudier seul dans ma chambre, ou être forcé de rejoindre l'école, où je ne serais qu'une spectre parmi les élèves et les professeurs?




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Lun 1 Fév - 12:52









Nouvel ami

23 décembre 1982






"Dog's the mankind best friend"




"Encore une fois, je me suis levé ce matin avec l'enthousiasme d'un condamné à mort. Mon quotidien est devenu une longue et ennuyeuse routine -et parfois douloureuse. Pourtant, un petit détail a éclairé ma journée, lorsque j'ai sauté au bas de mon lit. En regardant le calendrier posé sur mon bureau, j'ai réalisé que nous étions le 23 décembre. Le jour de mon anniversaire. Je ne m'attendais pas à ce que mon père fête l'événement -car prononcez les mots "festivités" ou "amusement" devant lui, et il vous demandera quelle langue vous parlez-, ou même qu'un de mes camarades m'offrent ses félicitations -faire savoir quel jour on est aurait même été fatal pour moi, vu les relations exécrables que j'entretiens avec tous les enfants de ma classe; je me serais sans doute retrouvé avec de belles inscriptions sur mon bureau, ou des boulettes de papier humides dans mes livres. J'étais même certain de ne rien recevoir du tout. Mais inconsciemment, j'étais persuadé que ce jour serait spécial, moins sombre que ceux que je vivais depuis 4 mois, simplement car j'avais aujourd'hui 9 ans.

Je m'habillais rapidement, et allait vite prendre mon petit déjeuner avant que mon père ne se lève -j'avais pris l'habitude de me réveiller avant lui pour ne pas manger en sa compagnie. Puis je prenais mon sac et partait directement pour l'école. Ce moment de la journée est pour moi le plus agréable, comme la frontière, le chemin entre les deux enfers que sont ma maison et l'établissement où j'étudie. Je peux flâner tranquillement dans les rues, traîner un peu en route si j'en ai envie, et personne n'est là pour me donner d'ordre, se moquer de moi ou m'enfermer où que ce soit. Mon père aurait sans doute préféré m'accompagner lui-même à l'école pour éviter que je batifole en chemin, mais entre me laisser y aller seul et s'enfermer dans une voiture avec moi, le choix avait été vite fait. Ne supportait-il plus ma présence à ce point-là? De toute manière, cela m'arrange aussi car je n'avais aucune envie qu'il m'y emmène non plus...

Je traversais ainsi les passages piétons et la rue seul, m'arrêtais à une boutique pour m'acheter à manger pour midi -il ne fallait pas rêver pour que mon père me prépare un bento, et il prétend que je suis assez grand pour me débrouiller seul-, et passais finalement devant un parc où des parents amenaient leurs enfants pour les défouler un peu avant qu'ils aillent en cours. Je n'avais pas le temps de m'y arrêter, et j'avais passé l'âge de ce genre de choses. Je traçais donc sans regarder et... manquais de m'étaler par terre. Quelque chose venait de se glisser entre mes chevilles, une toute petite chose, très douce. Je me rattrapais au grillage du square et avisais ce qui avait décidé de me faire tomber, découvrant à mes pieds un petit chien touffu, blanc comme neige. En temps normal, je suis plutôt chat, mais ce toutou-là avait une bouille tellement adorable que je me suis senti fondre immédiatement. Il poussait de petits jappements tout mignon, m'invitant à jouer avec lui ou à le caresser. Je ne me faisais pas prier et m'accroupissais près de lui, lui offrant quelques grattouilles sur le tête, qui semblèrent lui plaire, puisqu'il s'allongea carrément par terre, me montrant son ventre. Les deux billes luisantes qui lui servaient d'yeux me suppliaient de lui faire des papouilles, et je me laissais complètement submerger par son petit visage d'ange tourné vers moi. Je passais dix bonnes minutes à le câliner en plein milieu du trottoir, m'attirant des regards soit embarrassés, soit amusés des passants. Puis je me rendais compte que l'heure tournait et que si je ne me dépêchais pas, j'allais être en retard à la première leçon. Et être en retard quand on s'appelle Kiku Honda est déjà une perte d'estime considérable venant des professeurs, mais aussi un prétexte parfait pour se moquer de moi pour mes camarades. Je laissais donc le petit chien là, lui disant vite au revoir, avant de reprendre mon chemin au petit trot. Mais après quelques minutes, je le découvrais à mes côtés, qui courait pour me suivre. Ses poils tous bouclés s'agitaient dans le vent, et je ne pouvais me résoudre à lui dire de retourner là où il habitait -si il vivait quelque part. Je le laissais donc m'accompagner sur la route de l'école et gambader près de moi.

Une fois arrivé au portail, je me rendais finalement compte qu'il n'y avait aucun moyen que je puisse l'emmener avec moi. Il était assis près de mes jambes, bougeant joyeusement la queue en tirant la langue, prêt à rester derrière moi dès que je reprendrais ma course. Malheureusement, même s'il était le premier être à m'avoir témoigné un peu d'affection depuis bien longtemps, on me sanctionnerait sans doute de tenter d'apporter un animal en classe. De plus, j'étais sûr que les autres élèves essaieraient de se l'accaparer, ou peut-être même de l'embêter -je connaissais leur cruauté. Je me penchais donc discrètement vers lui pour lui demander de rentrez chez lui:

"Je ne peux pas t'emmener là-bas avec moi. Merci de m'avoir suivi jusqu'ici, mais maintenant, il faut que tu t'en aille"

Il me regardait sans bouger, l'air toujours aussi joyeux. Je soupirais et le caressais une dernière fois avant de me relever et de prendre la direction de ma classe. Je ne me retournais pas, pour ne pas être tenté de rebrousser chemin et de rater les cours pour m'amuser avec le chiot. Même s'il y avait peu de chances que je le revois, et je regretterais sans doute de ne pas m'être amusé davantage avec lui.

Comme je me l'étais rêvée, la journée se passa, à ma surprise, plutôt bien. Les autres enfants ne m'embêtèrent pas outre mesure, mis à part quelques boulettes de papier pendant que j'avais le nez penché sur mon cahier. Ils semblaient essuyer une légère panne d'inspiration, mais j'en étais soulagé. Mon anniversaire ne se passerait ainsi pas si mal que ça, il serait même plus agréable que les autres jours. Je restais à mon pupitre à la récréation et à l'heure de manger, lisant tranquillement sans personne pour me déranger. Habituellement, quand les autres me voyaient lire, cela ne faisait qu'accroître encore plus leur haine envers moi, car cela renforçait l'image de premier de la classe qu'ils me donnaient. J'avais arrêté de bouquiner à la pause le jour où une affreuse bande s'était amusé à dessiner au marker dans un de mes livres préférés. En découvrant ce qu'ils avaient fait, j'avais ravalé mes larmes, refusant de leur montrer que j'étais affecté. Pour moi, les livres étaient quelque chose d'extrêmement précieux. Il transmettaient le savoir, permettaient de s'évader à travers des mondes merveilleux mais imaginaires. Ils me servaient le plus souvent à oublier mes soucis, et dès que j'en avais l'occasion, je délaissais mes devoirs chez moi pour lire des livres occidentaux, comme Dickens ou Victor Hugo. Je les empruntais à la bibliothèque de l'école -cet endroit n'avait que cet avantage, celui d'avoir une immense pièce remplie de tous les types de livres possibles et imaginables-, et prenais soin de les cacher du regard de mon père, qui m'aurait plutôt mis entre les mains un bon vieux livre ancestral japonais, comme "La tombe des lucioles".


Finalement, je me rendais compte à la sortie des cours que cette journée n'avait pas été si terrible, contrairement aux autres. Aucun élève ne m'avait lancé de réplique cinglante, aucun n'avait écrit sur mes ouvrages favoris, aucun ne m'avait bousculé dans un couloir -j'avais développé un sixième sens pour parvenir à éviter ceux qui me voulaient du mal hors de la classe. Je traversais la cours, plutôt fier de moi. J'avais le sentiment de m'être endurci, d'avoir franchi une étape me permettant d'être au dessus des bassesses que l'on m'infligeait d'ordinaire. J'étais peu à peu devenu invulnérable. Le cœur léger, ma joie fut complète lorsque je découvrais près du portail le petit chien blanc de ce matin, qui semblait m'attendre, la queue battant l'air. J'espérais qu'il n'était pas resté toute la journée là à patienter, même si je dois avouer que si tel était le cas, cela gonflait mon cœur de bonheur. Savoir que quelqu'un attendait mon retour avec impatience, fusse-t-il un animal, me réconfortait. Je n'étais pas inutile, pas totalement invisible. Je rentrais donc chez moi accompagné de mon ami à quatre pattes. Pour la première fois depuis des mois, je ne me sentais plus tout seul. L'espace d'une journée, ce petit être m'avait donné l'impression d'être quelqu'un de bien, quelqu'un que l'on pouvait aimer,et non pas un pestiféré qu'il fallait mettre à l'écart.




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mer 10 Fév - 21:31









Ami éternel

4 avril 1983






"Hello, darkness, my old friend"




"J'avais enfin trouvé un allié. Le monde si sombre et triste dans lequel je m'enfonçais un peu plus chaque jour me paraissait désormais moins hostile, moins inhumain, moins cruel envers l'enfant que j'étais. Je ne me réveillais plus comme un prisonnier se rendant au peloton d'exécution, mais davantage comme un garçon de 9 ans comme les autres, qui partait étudier. Je bondissais hors de la maison avec hâte chaque matin, lançant un rapide et enjoué "au revoir" aux servantes qui devaient presque courir derrière moi car j'avais oublié quelques chose. Je sautillais en attendant qu'elles n'ajustent ma cravate ou ne retirent une poussière imaginaire de mon short, et filait enfin hors de leur étreinte, impatient de retrouver mon nouvel ami, qui comme toujours m'attendait devant les grandes portes de mon chez-moi. J'étais heureux de constater que le petit chien était lui aussi fou de joie de me voir. Il japait en tournant autour de moi, et en se frottant contre mes jambes pour me signifier, je crois, que je lui avais manqué. Nous étions tout les deux contents de pouvoir partager ces vingt minutes matinales en la compagnie de l'autre. Car vingt minutes, tels étaient les quelques instants de bonheur dont je pouvais profiter, accumulant du courage avant de devoir affronter l'attitude mauvaise et puérile des autres élèves de mon école. Mais loin de me faire me sentir encore plus seul une fois parvenu à ma classe, le souvenir de mon ami canin me donnait la motivation nécessaire pour supporter l'ignorance à peine voilée dont je faisais l'objet. J'avais l'esprit suffisamment occupé pour ne plus remarquer les bourreaux qui m'évitaient, ou me bousculaient dans les couloirs. À présent, dès que quelqu'un avait l'audace de me rentrer dedans, je lui adressais un pardon poli, et je passais mon chemin. Cela ne gâchait pas ma journée pour autant. Je me disais chaque jour, chaque fois que l'on me regardait de travers "Peu importe. Il y a quelqu'un qui attend mon retour dehors. Je n'ai pas besoin d'eux".

De la même manière que je n'avais aucun ami, lui aussi semblait craindre d'approcher ceux qu'il ne connaissait pas. Il était très peureux envers les autres humains ou animaux, et se cachait toujours derrière moi chaque fois que nous croisions quelqu'un. Il tremblotait à mes pieds, tout petit, tout frèle, comme s'il désirait que je le protège. Je semblais être la seule personne apte à m'occuper de lui, la seule à qui il accordait sa confiance. Cela me remplissait de fierté, car j'avais enfin le sentiment d'être assez fort pour que quelqu'un que j'aimais me confie sa vie, son bien-être. Alors même si ce n'était qu'un chat errant qui venait l'embêter, je me dressais sur sa route, les bras ouverts, l'air faussement en colère, et je lançais, à la manière des super héros dans les mangas:

"Laisse mon ami tranquille, ou tu le regretteras!"

Généralement, soit la bestiole n'en avait rien à faire de moi, soit elle se vengeait en venant me griffer. Sur le coup, je criais pitoyablement et m'enfuyais avec mon ami dans les bras, mais une fois à l'abri, les genoux éraflés, je prenais un air courageux et ravalais ma peur:

"C'est pas grave! La prochaine fois, on l'aura!"

Mais lorsque nous croisions d'autres humains, je me devais de faire profil bas. Je ne pouvais pas être impoli en criant aux passants de s'en aller pour ne pas effrayer le petit chien. Je le prenais juste dans mes bras pour qu'il n'ait pas peur et c'était moi qui passais mon chemin, mon sac sur le dos. Un jour, j'avais même été pris en flagrant délit d'héroïsme par des vieilles dames. J'avais été très fier ce matin-là! J'avais réussi à faire fuir un molosse qui en voulait à mon compagnon, et j'avais levé mon bâton, qui m'avait servi d'épée improvisée, vers le ciel, criant en une réplique parfaite:

"Et ne reviens jamais!"

J'avais entendu des gloussement derrière nous, et me retournais d'un bond, mon arme prête à fendre l'air à nouveau, pour me retrouver face à des personnes âgées applaudissant mon courage. Elles avaient dit me trouver adorable et m'avaient donné quelques pâtes de fruit pour récompenser le vaillant guerrier que j'étais -je n'avais pas pu refuser, j'adore les pâtes de fruit! Nous rentrions ainsi à la maison, fiers de notre mission accomplie et de notre butin.

Il m'arrivait de penser que ce chien me ressemblait un peu. Il était inoffensif, gentil, trop peut-être, craintif, fragile, et donc une cible idéale pour quiconque lui voudrait du mal. Et car il me ressemblait, je me devais de dépasser ce rôle de souffre-douleur dans lequel on m'avait enterré. Je devais devenir plus grand, plus fort que lui pour pouvoir le protéger et éviter qu'il ne subisse ce que l'on m'avait infligé. Je ne pouvais le surveiller tout le temps, mais j'étais content en rentrant le soir de me dire que mon courage contribuais à aider quelqu'un. Je n'avais pas fait de grande découverte, je n'avais pas amené la paix dans le monde, mais j'avais fait un pas de plus pour apporter mon soutien à une personne que j'estimais.

Un soir, alors que je ne pouvais pas dormir -comme souvent-, la question d'un nom pour mon ami se posa. Je n'allais pas continuer à l'appeler "le chien" ou "toi" indéfiniment. Je me faisais ainsi une petite liste que je lui exposais le matin-même. J'avais pris l'habitude de lui parler comme s'il avait la capacité de me répondre. Il se contentais de se faire comprendre en grognant lorsqu'il n'était pas d'accord et d'aboyer joyeusement lorsqu'il l'était. J'essayais Shion, Ajisai, Ayame, Panji, tous des noms relatifs à des fleurs japonaises. Mais il les refusait l'un après l'autre.

"Et puis d'abord, je ne sais même pas si tu es un mâle ou une femelle"

Il s'écartait un peu de moi, rabattant ses oreilles en couinant.

"Ne t'en fais pas, je ne compte pas vérifier. Il y avait aussi Pochi, que je trouvais mignon..."

Immédiatement, il se mit à japper bruyamment, mais de son timbre tellement adorable, tournant autour de mes chevilles. Je mis un moment à comprendre cet enthousiaste soudain.

"Doucement, tu vas me faire tomber! C'est ce nom qui te plait tant?"

Je le ramassais pour éviter de m'étaler tête la première au sol. Au fil du temps, j'avais pris l'habitude de le porter, faisant le chemin avec cette petit boule de poils chaude au creux de mes bras, alors qu'au début il se contentait de marcher à mes côtés. Il avait l'air d'apprécier, car il se blottissait contre moi, et s'accrochait par les griffes au haut de mon uniforme lorsque je faisais mine de le poser une fois arrivé devant mon établissement. J'avais dû recoudre de nombreuses fois ma veste pour que mon père ne remarque pas les trous laissés par les pattes. Nous nous regardions ainsi les yeux dans les yeux, comme si la question que je lui posais allait apporter la réponse à toutes les interrogations de l'univers.

"Pochi-kun. Tu aimes?"

Il me fit comprendre sans passer par quatre chemins que c'était le cas: il me lécha la joue sans cérémonie à plusieurs reprises. J'étais moitié amusé, moitié dégoûté. Certains disaient que la bave de chien était souvent plus propre que celles des humains, mais je n'en croyais pas un mot.

"D'accord, d'accord, j'ai compris! Je t’appellerai comme ça, à partir de maintenant"

Je n'arrivais même pas à imaginer qu'il puisse déjà avoir une famille, qui lui avait donné un autre nom auquel il était déjà habitué. Pour moi, Pochi était mon chien, celui que j'aimais et protégeais contre l'adversité. Rien n'aurait pu remplacer le réconfort qu'il m'apportait au quotidien.


...Alors pourquoi est-ce qu'encore une fois, on me privait du peu de joie qui m'était apporté? On m'avait déjà volé ma mère, qui était si douce, si gentille, qui m'avait tout appris -ne pas être impoli, respecter la nature, maîtriser mes pouvoirs... Et maintenant, on me prenait le seul ami que j'étais parvenu à me faire, fusse-t-il un chien qui ne m'appartenait même pas. Je n'avais même pas droit à ça. Même pas droit à un petit quelque chose à quoi me raccrocher, une petite lueur d'espoir qui pourrait me donner la force de me lever le matin, et l'enthousiasme nécessaire pour affronter ma journée. Il fallait me l'enlever aussi. Je n'arrive toujours pas à l'accepter. Je songeais à quel point j'étais heureux avec Pochi à mes côtés en quittant la maison ce matin-même, prêt à le prendre sur mon épaule ou dans mes bras pour faire la route habituelle. Mais je ne le trouvais pas devant ma porte. Je me disais que c'était étrange qu'il ne soit pas chez moi à cette heure-ci. J'essayais de ne pas m'inquiéter, même si un mauvais pressentiment m'enserrait la poitrine. Il ne ratait jamais le rendez-vous. Ce n'était qu'une fois, me direz-vous, cela arrivait, mais je sentais que quelque chose clochait. Je marchais tout seul, pour la première fois depuis des mois, la petite voix de mon compagnon m'accompagnant encore en pensée, comme si j'avais besoin de cela pour me rassurer. Pour me dire que je le croiserai bientôt, courant sur ses petites pattes car il était en retard, ou que je le verrai le soir-même, attendant comme toujours devant le portail scolaire. Il fallait que je me console, au moins grâce à ça. Comme un talisman, je tenais son souvenir près de moi, chantonnant un air de dessin-animé populaire de cet hiver pour me mettre du baume au cœur. Cela fonctionnait. Jusqu'au moment où je vis la boule de poils blanche en plein milieu du chemin. Elle ne bougeait pas, ou très faiblement, mais je ne mettais que quelques secondes avant de reconnaître Pochi. Je courais immédiatement vers lui. La pensée que quelque chose n'aille pas ne me traversa pas tout de suite l'esprit, comme ce jour où ma mère avait été trouvée allongée dans son lit, sans un souffle. L'inquiétude venait d'abord, car quelque chose avait changé, quelque chose n'était pas normal, dans mon entourage, ou dans le regard de mes connaissances, mais je n'avais pas encore la chose sous les yeux. Puis, quand je l'avais enfin, le refus. Je ne pouvais croire ce que je voyais, je ne pouvais admettre que mes craintes étaient justifiées. C'est ce qu'il se passa lorsque je pris le petit corps gigotant à peine de mon ami à quatre pattes. Je l'interrogeais pour savoir pourquoi il était allongé ainsi en plein milieu du trottoir, le fantôme d'un sourire encore présent sur mes lèvres enfantines. Et c'est là que je sentais quelque chose de poisseux entre mes doigts, quelque chose de chaud, qui me dégoûta immédiatement. Je savais instinctivement de quoi il s'agissait. Mais encore une fois, impossible d'y croire. Il avait dû se rouler dans un endroit sale, ou batifoler dans une flaque. Mais cela ne pouvait pas être...

"Du sang... Tu as du sang! Qu'est-ce qui t'es arrivé?!"

Je levais une main rouge d'hémoglobine, presque fasciné pendant un instant. Pour ma mère, cela avait été propre, sans tâche. Là, on salissait mon ami avec ce liquide funeste, on tachait sa fourrure immaculée et duveteuse, désormais collante. Je blêmissais. Je commençais à trembler, essayant de me relever, le tenant contre moi.

"J-je vais t'emmener à un vétérinaire... Tiens le coup jusque là!"

Je m'étonne d'avoir eu autant de sang froid, d'avoir été aussi calme et réactif, alors que j'étais aussi terrifié. Terrifié de le perdre lui aussi, comme ma mère. Peut-être est-ce cela qui m'a obligé à me mettre debout, à courir plus vite que je ne l'avais jamais fait, plus vite même que mes poumons d'enfant ne me le permettaient. J'avais peur qu'il s'en aille lui aussi. J'avais peur de retomber dans cette spirale de haine et de douleur dans laquelle j'étais tombé tel l’œil d'un cyclone. Si je n'avais plus rien pour me protéger, plus rien à quoi me soutenir, j'allais de nouveau redevenir une cible. Si je m'efforçais de secourir Pochi lorsqu'il avait besoin de moi, c'était car lui en retour éloignait toutes mes peurs, tous mes monstres dans le placard, qui malheureusement faisaient partie intégrante de ma vie. Il était un peu le chien de garde qui veillait sur mon sommeil. Alors je ne pouvais pas le laisser tomber aujourd'hui. Alors je filais comme le vent, comme le héros que j'étais censé être, pour le sauver. Assurément, cela allait marcher. Cela fonctionnait toujours dans les films à la télé, ou les histoires dans les livres. Alors il fallait que j'y arrive ici aussi. Si je le voulais, rien n'étais impossible. J'étais le meilleur à l'école, alors je pouvais au moins faire ça. Je n'étais pas très bon en sport, mais les romans m'avaient prouvé qu'en situation d'urgence on se découvre toujours une énergie insoupçonnée. Et j'en avais le pouvoir.

J'ai pris ce matin compte de mon impuissance. J'avais demandé à tous les passants sur mon chemin pour savoir où se trouvait le vétérinaire le plus proche. J'avais couru sans m'arrêter, je n'avais plus de poumon, plus de souffle, plus de jambe, plus rien. Mais je voulais juste que mon ami soit sauvé, même si cela devait me coûter quelques organes. J'arrivais enfin à la clinique et m'élançais au comptoir, passant devant les rares patients présents à cette heure-ci. Ma situation pouvait excuser mon impolitesse, pour une fois. Je me rendais compte en me mettant à parler que je pleurais, mes larmes se mêlant à ma sueur. J'arrivais à peine à aligner deux mots, mais essayais de prendre sur moi. Une seconde de trop à attendre était une seconde de perdue pour aider Pochi.

"S-s'il vous plait, mon chien est blessé! Aidez-le!"
"Jeune homme, il faut faire la queue..."


Je me rend compte maintenant à quel point j'aurais dû être outré. Je venais à elle, désespéré, pour qu'elle m'aide à soigner mon camarade le plus cher, et elle me demandait de respecter le règlement en me mettant à la fin de la file. La vie de Pochi était en jeu, et elle avait bien plus de valeur que ce stupide protocole. Mais je ne me démontais pas. Il fallait agir vite. Je me mettais immédiatement à genoux pour la supplier. Je me fichais bien de mon honneur en cet instant. J'étais prêt à le laisser de côté. Mais il fallait que mon vœu soit exaucé. Ainsi, alors que je m'inclinais face à la réceptionniste, je priais intérieurement un Dieu imaginaire qui voudrait bien m'entendre. S'il vous plaît... s'il vous plaît...

"S'il vous plaît! Il a perdu du sang et je ne sais pas quoi faire! Je vous supplie!"

Elle semblait embarrassée -les japonais le sont toujours lorsque l'on se rabaisse ainsi face à eux pour leur demander un service. Mais elle comprenait visiblement la situation d'urgence dans laquelle j'étais, car elle décrocha le téléphone de l'accueil pour appeler je ne savais qui. Je m'en moquais. Tant que cette personne venait pour répondre à ma prière, cela m'était égal. Après quelques minutes, je confiais Pochi à un vétérinaire, et j'attendais dans le couloir, recroquevillé sur une chaise. Ces minutes-là furent interminables pour moi. Le diagnostique fut très rapide, pourtant, mais il me semblait que pour rendre mon agonie, ma peur, encore plus longue, plus pesante, les aiguilles de l'horloge qui me faisait face avançaient avec la lenteur d'un escargot. C'était insupportable. Quand le médecin revenait enfin pour me donner le résultat, c'était pour m'annoncer que j'étais arrivé trop tard. Pourtant, j'étais resté assis des heures dans ce couloir à attendre, attendre. Pourquoi m'avoir fait poireauter autant, si au final c'était pour me dire que j'avais échoué? Il m'adressait toutes ses excuses, toutes ses condoléances, tout ce qui était de rigueur dans ce genre de situation. Je l'écoutais à peine et quittais la clinique sans un mot. Je repartais pour l'école, et j'étais à peine en retard.

Pour ne rien arranger, lorsque j'arrivais en classe, je recevais les cris de stupeur de mes camarades en me voyant entrer.

"Sensei! Kiku a tué quelqu'un!"

Je réalisais avec horreur que mon haut d'uniforme portait encore les traces de la blessure de Pochi. L'envie de le retirer devant tous ces enfants hilares était intense, maladive, mais je me retenais et allais juste à ma place sans regarder personne. Le liquide rougeâtre sur mon t-shirt serait encore un nouveau prétexte pour se moquer de moi. On me donnerait un tout nouveau surnom comme "L'assassin", ou "Le psychopathe", et je ne pourrais jamais démentir, car personne ne saurait et ne pleurerait avec moi la mort de mon chien. L'institutrice demandait juste le silence, sans même s'inquiéter de si le sang m'appartenait ou non. Elle aussi s'en fichait, visiblement. Il se fichaient tous de savoir que mon ami le plus proche venait de me quitter aussi brutalement, ou que j'avais été incapable de l'aider. Pour une fois, le danger avait été réel, ce n'était pas juste un chat errant ou une vieille dame. Et j'avais été inutile. Et tout mon entourage faisait en sorte d'effacer petit à petit la présence, le souvenir de Pochi, comme s'il n'avait jamais été là, que j'avais toujours été seul. Un instant, je me demandais, au fond, à quoi cela m'avait servi d'être un sorcier. J'avais pu soigner cet arbre, dans mon jardin, alors pourquoi mes pouvoirs ne s'étaient-ils pas manifestés au moment où j'avais le plus besoin d'eux? C'était de la simple mauvaise foi, bien sûr. Je ne les maîtrisais pas, et j'aurais été incapable de les utiliser dans une telle situation de panique. Je cherchais juste une raison à mon malheur, un coupable à pointer du doigt. Car j'avais peur que la réponse, ce soit moi. C'est moi qui n'ai pas réussi à le sauver. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.

Ce soir, en rentrant, je n'ai pas osé me regarder dans le miroir. J'avais trop peur de retrouver ces yeux éteins, vides, où ne subsistait sans doute plus la légère lueur que Pochi y avait allumée. Me voilà redevenu un fantôme"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 1 Mar - 18:21









Premier

29 août 1983






"And I'll be the best, I'll be the one, I'll be the number one"




"Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit... Je me disais que relater mes pénibles journées n'intéresserait personne, y compris moi-même. Je fais en sorte de noyer mon quotidien morne avec quelques livres, qui m'aident à combler ma solitude. Depuis la mort de Pochi-kun, il a fallu que je m'y fasse. Ne plus avoir cette impulsion matinale, qui vous pousse à sortir du lit le sourire aux lèvres, ou qui vous donne le courage de faire face à vos adversaires une fois dans cette arène appelée école. Je n'avais plus aucun allié. De nouveau, je me retrouvais à devoir porter sur mes épaules les accusations de mon entourage, qu'elles viennent de mon père, ou de mes camarades. Bien sûr, il était inconcevable que cette perte fasse chuter mes résultats scolaires. Mon paternel veillait au grain. Alors je me plongeais de nouveau dans les études, passant parfois des nuits à étudier en espérant que toutes les formules que je m'inculquais remplaceraient les reproches qu'on me faisait. J'avais cru toute ma vie qu'en étant le meilleur, on m'admirerait, ou que l'on chercherait à me connaître. Que l'on essaierait de se rapprocher de moi, ou me féliciter, sans rancune pour ceux qui étaient derrière. Mais je m'étais trompé. La personne dont j'attendais de l'admiration continuait juste à m'ordonner de travailler plus, toujours plus, sans un mot de compliment, et ceux qui auraient dû désirer être mes amis car ils enviaient ma réussite, me jalousaient au point d'avoir fait de moi leur ennemi. J'ai échoué sur tous les tableaux, sauf un.

J'ai terminé premier aux tests de fin d'année. J'avais beau être fier de moi, je n'attendais de félicitations de la part de personne. J'ai simplement suivi les autres lors de l'affichage des résultats, et cherché mon nom en tête de liste. J'ai n'ai pas eu à regarder bien longtemps. Aussitôt mon prénom déniché, je m'éclipsais et retournais en classe sans rien dire à personne. Je voyais les autres élèves autour de moi qui s'excitaient en attendant de pouvoir enfin accéder au tableau de liège, certains qui sautaient de joie ou se jetaient dans les bras de leurs amis lorsqu'ils voyaient leur appellation dans les premiers, et d'autres qui retenaient ou non leurs larmes car les résultats n'étaient pas à la hauteur de ce qu'ils attendaient, prévoyant déjà la punition qu'ils recevraient en rentrant avec leur bulletin. Quant à moi, malgré le beau numéro un faisant décoration devant le "Kiku Honda" sobrement inscrit, je savais que les réprimandes ne manqueraient pas une fois retournée à la maison. Car j'avais beau exceller en japonais, en mathématiques, en sciences, sociales ou non, et en art, j'étais légèrement en dessous en sciences économiques, et mon anglais était plutôt faible, bien qu'au Japon, on n'exige pas des primaires qu'ils ne parlent couramment ce langage. Mais j'avais certaines lacunes qui m'auraient été fatales lors d'une conversation avec un européen. Enfin, j'ai été mauvais en sport. Quand je dis mauvais, j'entend surtout par là que je ne suis pas endurant. Je connais les gestes à effectuer à la perfection, car on les acquis facilement avec de la pratique, mais pour ce qui est de courir sans s'arrêter pendant plus d'une minutes à vitesse moyenne, j'en suis tout simplement incapable. J'ai heureusement réussi à éviter la casse en m'en sortant en gym, alors que la course longue avait été un fiasco. Mais ce rattrapage n'a pas suffit à calmer la colère de mon père en voyant que je n'avais pas le maximum dans toutes les matières. Je ne suis même pas sûr que si je lui ramenais 100/100 partout, il aurait ne serait-ce qu'un mot de fierté à mon égard. Il m'a juste fait savoir que dès l'année suivante, je prendrai désormais des cours du soir pour combler mon ignorance. Comme si être encadré pour étudier allait me servir à quoi que ce soit. Je m'en suis toujours sorti seul, jusqu'à maintenant... Mais je suppose que c'est une excuse de plus pour nous deux pour que je sois moins présent à la maison, bien que j'étais déjà suffisamment silencieux en temps normal. Peut-être ne supporte-t-il même plus la lampe qui reste allumée tout le soir durant, sa lumière éclairant le shōji de ma chambre dans la nuit noire qui tombe sur la maison une fois le soir venu.

Cet été a au moins eu le privilège d'être un peu moins éprouvant que le dernier. Avec tout le temps que j'ai passé à potasser, je suis certain que je pourrais de nouveau finir premier à tous les tests sans avoir besoin d'écouter en cours. Je pourrais simplement lire tout mon saoul, mon roman dissimulé derrière mon cahier, sans que le professeur ne le remarque -c'était un avantage à être devenu invisible aux yeux de tous. Mais je n'aurais pas d'autre choix que de continuer à me cultiver, quitte à être en avance sur le programme. Encore une fois, je n'ai presque pas vu la lumière du soleil pendant un mois. En revanche, j'ai eu un août plus paisible, car mon père devait s'absenter pour son travail. Les servantes avaient de nouveau le droit de me chouchouter comme autrefois, et je pouvais passer le temps qu'il me plaisait dans le jardin, essayant de soigner au mieux les fleurs qui avaient été laissées à l'abandon une année entière. Sans ma mère, c'était horriblement dur. Je sentais ma poitrine se serrer à chaque cadavre de plante que je déterrais, regrettant de ne plus parvenir à me servir de mes pouvoirs pour les faire fleurir à nouveau. Pour la première fois, la terre sous mes ongles me gênait, les épines des roses me blessaient, alors qu'autrefois j'avais tant de plaisir à protéger ces petits êtres. Je contemplais pour me rassurer le cerisier immense, aux pétales chatoyants, qui lui, au moins, semblait en bonne santé. Il est comme le symbole éternel que ma mère a toujours vécu ici, à s'occuper de moi comme de ces jardinières, avec patience, attention, tendresse. Même mon père ne peut effacer cela. Son esprit sera toujours présent, quoi qu'il fasse, et je sais qu'il ne pourra jamais oublier la femme qu'il aime. Sinon, il aurait déjà fait couper cet arbre, qui représente tant de souvenirs"




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Dernière édition par Kiku Honda le Mar 29 Mar - 23:21, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 1 Mar - 18:30









Elle

11 septembre 1983






"You are the one, you are always the one"




"... Je ne sais pas comment en parler. Je suis encore un peu déstabilisé, alors je ne sais pas comment aborder la question. Comment parler d'elle. Je l'ai rencontrée ce matin, et pourtant j'ai la sensation qu'elle me connait depuis déjà bien plus longtemps. Elle en a appris plus sur moi en une journée que n'importe qui d'autre en plusieurs années d'école primaire...

Une fois de plus, d'autres enfants étaient venus m'importuner, dans la classe-même. Je ne pouvais même pas rester à mon pupitre et avoir la paix. J'ai vite battu en retraite en voyant les boules de papier mâché qu'ils s'apprêtaient à utiliser comme projectiles contre leur victime préférée. J'étais devenu étonnamment doué à la fuite, grâce à mes tortionnaires. Ne sachant trop où me cacher en premier lieu, j'ai finalement franchi le portillon séparant notre cours de récréation de celle des maternelles. Ils étaient d'autant plus bruyants, mais eux au moins, n'avait aucune dent contre moi, et se contentaient de courir en tous sens en jouant à chat ou au shifumi. Ils étaient inoffensifs. C'était tellement simple à leur âge. On bouscule sans le vouloir un camarade, ou on le voit assis dans un coin qui regarde votre ballon avec envie, et on l'invite à se joindre à la partie sans se formaliser de son âge, ou de son nom. Et l'on devient amis naturellement, après avoir partagé le match de foot le plus passionnant et le plus endiablé dont deux chérubins peuvent rêver. Cela devenait plus compliqué, plus cruel en grandissant. On se focalisait sur les apparences, on jalousait le savoir des autres, ou on laissait de côté ceux qui étaient au contraire en retard. On méprisait silencieusement, et non plus avec des bagarres, comme le faisaient les plus petits, qui se chamaillaient quelques minutes avant de se serrer la main avec respect, comme deux rivaux qui viennent de partager un combat équitable et sans vainqueur. Maintenant, on blessait avec des mots, des annotations inscrites sur les bureaux, ou des attaques discrètes alors que l'instituteur avait le dos tourné. Le spectacle de nos successeurs était étrangement apaisant, l'innocence de leurs traits camouflant presque tout le bruit qu'ils faisaient. Je m'installais sur un banc, à moitié à l'ombre d'un if, pour profiter tout de même un peu de la chaleur subsistante au début de cet automne. Je restais là, figé, à observer sans vraiment les voir les gamins qui passaient devant moi au pas de course, les yeux dans le vague. Petit à petit, je me mettais à somnoler et finissais par fermer les yeux, écoutant le bruit du vent passant dans les branches au dessus de ma tête, mêlé au son de la jeunesse qui me semblait si loin, et m'avait échappé si vite. Je me laissais lentement sombrer dans le sommeil, la tête penchant de plus en plus sur le côté...

"-Hey! Tu ne devrais pas dormir ici!"

Je sursautais d'entendre cette voix féminine si près de moi, et rouvrais mes paupières pour tourner mes pupilles vers sa source. Comment avait-elle pu se rapprocher si près sans que je ne l'entende, ou ne la remarque? Je ne distinguait pas tout de suite son visage, mes prunelles encore hébétées par mon début de sieste si vite interrompue. Je voyais juste sa silhouette se redresser doucement, car elle s'était manifestement penchée vers moi pour me signifier qu'un banc de maternelle n'était pas le meilleur endroit pour piquer un somme. Je la vis hausser un peu les épaules, comme gênée ou désolée de m'avoir interpellé de la sorte.

"-Excuse-moi... Je ne savais juste pas comment t'aborder. Alors lorsque j'ai vu que tu allais t'endormir, j'ai sauté sur l'occasion"

J'ai immédiatement su à son ton qu'elle n'était pas japonaise. On sentait qu'elle avait des difficultés à prononcer certains mots avec la légèreté due à ma langue natale. Pourtant, à l'entendre, cela semblait presque... charmant. Je me renfrognais malgré tout, méfiant. Même ici, je ne pouvais être tranquille. À tous les coups, elle allait elle aussi me faire une plaisanterie de mauvais goût ou se moquer de moi, comme le faisaient tous les autres. J'attendais qu'elle continue sur sa lancée, croisant la bras comme un moyen de défense. À mon grand étonnement, elle sembla hésiter, avant de me demander, désignant la place libre à côté de moi.

"-Hum... Je peux m'asseoir... s'il te plaît?"

Depuis combien de temps n'avait-on pas utilisé le "mot magique" pour s'adresser à moi? Cette simple formulation, si polie, et pourtant si naturelle, si simple, me coupa le souffle, si bien que je mis un moment avant de lui répondre, l'observant avec des yeux ronds. Mais elle attendit mon autorisation, là où d'autres sans-gène auraient pris mon silence pour un "oui" à contre-cœur. Finalement, je parvenais à articuler, perdant mon éloquence habituelle:

"-O-oui, je... t'en prie"

Un petit sourire se dessina sur ses lèvres, mais pas celui dont j'avais pris l'habitude. Ce n'était pas la risette sarcastique de celui qui s'apprête à m'invectiver sous couvert d'une blague, ou à faire signe à ses amis de lancer l'assaut à coup de bouts gomme et d'élastiques. Ce sourire-là était timide, mais rafraîchissant, inoffensif, angélique. Elle vint s'asseoir à mes côtés, respectant mon espace d'intimité en laissant tout de même une certaine distance entre nous, et je pu observer plus attentivement le physique qui accompagnait cette bouche si joliment dessiné. Je ne saurais décrire l'éclat de ses grands yeux bleus brillant de pureté, aux cils démesurés malgré son jeune âge, mais à l'allure si authentique, ni la naïveté de ses joues qui tressautaient dès qu'elle affichait son contentement, ni sa peau, qui avait l'air si blanche et scintillante de loin, mais qui à bien y regarder, était discrètement colorée par le soleil, ni enfin, ses cheveux d'un blond si éblouissant que cela en était presque aveuglant, ondulant sur ses épaules à chacun de ses mouvement. Je me surpris à scruter les moindres détails de cette enfant, ne pouvant admettre qu'un tel ange en apparences puisse dissimuler ne serait-ce qu'une infime parcelle de méchanceté en lui. Je manquais presque les mots qu'elle m'adressa, et me forçait à détourner les yeux de ses boucles légères et lumineuses pour la regarder en face.

"-En fait... cela fait longtemps que je cherche à te parler"

... Peut-être me trompais-je. Il fallait rester sur mes gardes, ne pas me laisser attendrir. Ceux qui me martyrisaient avaient souvent un masque séduisant, pour berner plus facilement les adultes et les convaincre qu'ils étaient blancs comme neige. J'essayais d'arborer une mine insaisissable, mon expression montrant clairement que je ne me laisserais pas émouvoir par son faciès. Elle sembla lire tout cela avec facilité, car son petit sourire tressaillit faiblement, revêtant un écho de tristesse. Apparemment, elle s'était attendue à ma réaction. Je lui coupais l'herbe sous le pied.

"-Et de quoi voulais-tu me parler?"

Je restais calme, courtois, comme je l'étais d'ordinaire, mais l'on pouvait sentir l'impatience dans ma voix, comme si je désirais en finir au plus vite, s'il s'agissait comme je m'y attendais d'une autre pimbêche jouant les gentilles filles pour m'approcher, avant de sortir les griffes. Elle parut le comprendre et alla donc droit au but.

"-Je veux devenir ton amie. Je n'aime pas la manière dont les autres te traitent, alors que tu as l'air d'être quelqu'un de tellement passionnant"

Je mis un moment à assimiler ce qu'elle baragouinait. Elle était en train de me tendre la main, de me proposer de tisser des liens, envers et contre tous. Cela semblait bien trop beau pour être vrai... Surtout une fillette aussi joli et à l'air aussi doux. Ma conscience criait au mensonge, à l'imposture, en particulier à cause du compliment dont elle m'avait abreuvé. Moi, passionnant? J'étais sans conteste la personne la plus barbante de l'univers. Je ne savais que travailler et lire, n'ayant aucune conversation avec personne. Je devais lui montrer que je n'étais pas dupe, qu'il ne suffisait pas de quelques paroles pour me faire baisser ma garde.

"-Passionnant? Je n'ai rien à voir avec ce mot..."

Je détournais les yeux pour ne pas voir la surprise se peindre dans les siens. Elle haussa le ton pour montrer qu'elle était sincère.

"-Non, je te jure! J'ai vu les résultats des tests de l'année dernière. Tu es arrivé premier dans presque toutes les matières. C'est extraordinaire! Je ne comprend pas que les autres soient jaloux au lieu de demander à devenir plus proches de toi...
-Cela les regarde. Je n'ai rien à faire des autres. Si tu veux savoir pourquoi il me fuient comme la peste, va donc leur demander. Ce n'est pas moi qui te donnerai la réponse"


Mon ton était toujours aussi stoïque, mais froid, direct. Elle ouvrit la bouche de manière offusquée, assimilant le fait que j'étais en train de la congédier. Mais elle reprit peu à peu une figure plus détendue, comme si elle savait que mon seul but était de me protéger. Et elle plongea droit ses yeux dans les miens. Je ne m'en rendis compte qu'à ce moment-là, mais personne ne m'avait regardé dans les yeux depuis belle lurette. Ni mon père, qui semblait toujours me regarder sans me voir, ni les autres élèves de ma classe, qui avaient peur d'être maudits s'ils essayaient. Elle le faisait sans gêne aucune, sans crainte. Et ses deux billes azur magnifiques brillaient de mille feux en me contemplant, comme si elle allait poser la question la plus importante de son existence à la personne qui comptait le plus pour elle.

"-Qu'est-ce que je peux faire pour te prouver ma bonne volonté?"

Je n'en savais rien. Cette fille dont je ne connaissais pas le nom débarquait, et me demandait d'effacer ou d'oublier un an de solitude où tout avait été contre moi, de ma famille à mes camarades. Elle voulait que j'accorde de nouveau ma confiance, et à elle, que je venais à peine de rencontrer. Mais son visage... Il irradiait de tant de sincérité, de gentillesse, de tant de lumière, que je pouvais que croire les mots qu'elle m'adressait, lui vouer une confiance aveugle. Elle me scrutait avec insistance, comme on observe quelqu'un de particulièrement intéressant, plein de mystères ne demandant qu'à être percés. Ma voix restait pitoyablement coincée dans ma gorge, avant que je ne me force à articuler une réponse.

"-Je.. je n'en sais rien! Je n'ai jamais-"

J'étais coupé en plein milieu de ma phrase lorsqu'un des garçons qui gambadait face à nous trébucha et tomba au sol tête la première, se protégeant par chance le crâne de ses bras au dernier instant. Nous sursautions de concert en nous tournant vers lui, alors qu'après un silence pesant de quelques secondes, il se redressait, découvrant pas la même occasion ses genoux écorchés et la douleur qui s'insinuait peu à peu dans ses jambes. Après des sanglots crescendos qui sonnèrent comme la fin du monde, il se mit à pleurer pour de bon, à chaudes larmes. J'eus à peine le temps de voir la jeune fille à mes côtés bondir du banc pour aller s'accroupir près de lui et visualiser l'étendue des dégâts, demandant d'un voix se voulant rassurante:

"-Tu t'es fait mal? Pauvre petit... Ne t'en fais pas, on va te soigner"

Si le bambin parut ébloui sur l'instant par la beauté de son aînée, il continua néanmoins à pleurer car ses articulations commençaient à saigner, lui faisant de plus en plus mal. D'abord effaré par la rapidité de ce qui venait de se passer sous mes yeux, je les rejoignais et avisais aussi la blessure. On voyait la peau se décoller un peu par endroit, couverte de terre, et de fines gouttes de liquide rubis couler sur son tibias. N'étant pas casse-cou de nature, je n'avais jamais expérimenté ce genre d'incident, ou du moins pas du plus loin que remontaient mes souvenirs. Mais j'avais pitié de ce petit garçon qui semblait souffrir le martyre. Une puissante envie de lui venir en aide s'alluma soudain en moi, comme une flamme restée longtemps enfermée sous un verre, s'agitant en vain pour respirer, avant d'être enfin libérée. Sans réfléchir, j'approchais mes mains des genoux du petit, me concentrant de toutes mes forces. J'avais ce pouvoir. Je pouvais utiliser la magie, alors il fallait bien qu'elle me serve à quelque chose. Si j'étais dans l'incapacité d'aider les gens autour de moi, à quoi me servait-elle? À quoi était-elle destinée? Sûrement pas à faire le mal. Je revois le visage de ma mère qui m'en parlait comme d'un miracle tombé du ciel, et celui de Pochi-kun que j'aurais pu aider si j'étais parvenu à la contrôler. Il fallait qu'elle se manifeste maintenant. Je ne m'occupais même plus de la présence de ma camarade près de moi, et comme si cela pouvait permettre au sort d'agir plus vite, je murmurais comme une litanie, pour moi-même, pour me donner la force de réussir:

"-Guéris... Guéris... Guéris!"

Sous le regard stupéfait des deux autres, la peau écorchée effectua le même phénomène que les fleurs de cerisier de mon jardin un an auparavant. La coupure se referma lentement, baignée d'une lumière claire, chaude et apaisante, chassant naturellement la terre qui y était coincée, et il ne subsista pas la moindre cicatrice sur la blancheur de ses jambes nues. Il s'arrêta automatiquement de pleurer, ne sentant plus le contre-coup de sa chute. Seul le peu de sang qui avait coulé était encore apparent. Il m'observait juste avec des yeux ronds et brillants, émerveillé par ce que j'étais en train de faire. Et la fille à mes côtés avait exactement le même regard. Lorsque toute trace de sa course ratée eut disparu, je poussais un soupir. Après tant de temps passé à ne pas utiliser mes aptitudes, j'en avais presque oublié comment on faisait, et j'avais la sensation que cela requérait une quantité d'énergie non négligeable. Je soufflais un moment, puis je les regardais, alors qu'ils me fixaient toujours comme deux ronds de flan. Je me rendait alors compte de mon erreur. Même si j'avais simplement voulu l'aider, je venais d'utiliser ma magie devant eux, qui étaient sans doute des moldus. Ma mère m'avait raconté que ceux qui effectuaient leurs études à Poudlard n'avaient pas le droit d'utiliser la magie en dehors de l'école, mais les plus jeunes étaient généralement pardonnés, car ils ne contrôlaient pas encore totalement leurs capacités. Mais je venais délibérément d'afficher l'existence d'un autre monde aux yeux de ses deux enfants. Je balbutiais, cherchant un moyen de me tirer de ce mauvais pas.

"-H-hum, c'était... c'était juste des effets spéciaux, ce-"

Je ne pu finir ma phrase. Celle qui m'avait abordé s'avança rapidement vers moi, prenant cette fois sans gêne aucune mes mains dans les siennes, et me scruta intensément, avant de laisser exploser son excitation, un sourire éblouissant aux lèvres:

"-Comment t'as fais ça?! C'était génial! Refais-le encore! T'es magicien?
-Qu-quoi...?"


Je n'avais aucune idée de ce que je devais répondre. Je ne savais pas comment j'avais fait, et non, il y avait peu de chance que je puisse reproduire cet exploit. Je me posais en revanche, moi aussi, une question, bien plus importante à mes yeux que toutes celles dont elle m'assaillait:

"-Tu... tu n'as pas peur?
-Tu plaisantes! C'est la chose la plus incroyable que j'ai jamais vue! Tu as des pouvoirs de guérison, c'est ça?
-N-non, c'est juste de la magie...
-J-juste?
Juste de la magie? Mais c'est fantastique!
-T-tu trouves?"


Son enthousiasme me chamboulait complètement. J'étais enseveli sous sa joie débordante.

"-Bien sûr! Tu connais beaucoup d'enfants qui peuvent faire ça, toi?
-N-non, je n'en connais p-
-Onii-chan! Fais-le encore!"


Nous nous tournions ensemble vers le gamin qui semblait remis de sa grosse frayeur. Il me regardait maintenant avec une bouille admirative, ébahie. J'affichait une expression désolée.

"-Je suis navré, mais... Je ne sais pas comment j'ai fait. Je ne sais pas encore bien m'en servir...
-C'était déjà super, pour un débutant! Dans un livre, j'ai lu que les sortilèges de guérison étaient les plus durs à utiliser! Il faut que tout le monde le sache, comme ça ils arrêteront enfin de mal se comporter avec toi!
-N-non! Surtout pas!"


Je lui attrapais le bras, prédisant une éventuelle fuite qui rendrait publique mon appartenance au monde sorcier.

"-Tu ne dois dire cela à personne, s'il te plaît! Si on l'apprend, je risque d'avoir de très gros problèmes!
-... Des problèmes?"


Je baissais la tête, la mine sombre.

"-Énormément de personnes "non-sorcières" ont peur de la magie... Ils seraient effrayés et essaieraient de me capturer pour m'étudier, ou pire!
-... Alors il ne faut rien dire?
-Rien de rien!"


Je secouais vivement la tête. Elle sembla réfléchir un moment, jugeant de si mon argument était valable ou non -alors qu'il ne l'était clairement pas; si mes capacités étaient découvertes, on croirait à une farce ou un mensonge de la part de la jeune fille, tout simplement. Pourtant, elle finit par sourire en acquiesçant.

"-Hmmm... D'accord! Je garderai ton secret, promis!
-Vraiment?
-Oui, cela restera entre nous. Mais en échange..."


Sur le coup, je restais stupéfait. Allait-elle me faire chanter? Que désirait-elle donc en échange de son silence? Je m'attendais au pire, croyant découvrir de nouveau sous ses traits angéliques ceux d'un démon malin et diabolique.

"-... Je veux qu'on devienne amis!
-... Oh- c'est tout?!"
demandais-je après un temps, surpris.
"-Oui, c'est tout" affirma-t-elle avec joie. "C'est tout ce que je veux. Alors... pour bien commencer, il faut qu'on se présente. On fait ça aussi, au Japon, hein?"

J'avais donc raison. Elle n'était pas de ce pays. Je hochais doucement du chef, puis m'inclinait bien bas face à elle.

"-On le fait aussi, oui. Je m'appelle Honda Kiku. Enchanté de te connaître."

Elle eut une petite risette espiègle.

"-En fait, je sais déjà comment tu t'appelles. Je l'ai entendu le jour de la rentrée, lorsque tu t'es présenté. J'ai compris tout de suite que les autres n'avaient pas l'air de t'apprécier... mais aussi que tu paraissais aussi incroyable que je le pensais! Mais je suppose que tu ne connais pas mon nom à moi"

Elle me tendit la main.

"-Je m'appelle Yukio Senka, mais tu peux m'appeler Senka. Ravie de faire ta connaissance, Kiku. Je suis sûre qu'on sera de très bons amis"

Un peu étonné, et après une hésitation, je serrais doucement sa paume tendue.

"-Senka-san...
-Ah non! Pas de "san" avec moi! Je ne suis pas d'ici, alors tu peux te permettre de m'appeler juste par mon prénom.
-Je-! Je ne peux pas faire ça! C'est impoli.
-Mais non! C'est un ordre! Appelle-moi juste Senka!
-Mais-
-Pas de "mais"!"


Nous bataillions ainsi un petit moment, aux côtés de l'enfant auquel nous avions porté secours, avant de finalement tomber d'accord pour que je l'appelle Senka-chan, pour l'instant. Le reste viendrait peut-être plus tard. Je ne saurais exprimer à quel point elle a illuminé ma journée. Devenu un pantin triste et de nouveau esseulé depuis la mort de Pochi-kun, je n'aurais jamais espéré pouvoir rencontrer quelqu'un d'aussi compréhensif, tendre, et attentionné, encore moins dans ma propre classe. Elle avait découvert qui j'étais, ce que j'étais, et l'avait immédiatement accepté, et avec le sourire de surcroît. Je souhaite de plus profond de mon cœur que notre nouvelle amitié perdure et ne se fane jamais, comme le cerisier qui continue de vivre devant ma maison"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 3 Mar - 9:57









Premiers

2 juillet 1984






" 'Cause I found what I was missing when I fell into your arms"




"Le mot inséparable n'a jamais eu autant de sens qu'avec Senka et moi. Moi qui pensait que je ne connaîtrais jamais la signification profonde de ce mot, ma nouvelle amie m'a vite fait changer d'avis. Il est fou de voir à quel point sa seule présence chamboulait mon existence, jusqu'à la rendre complètement différente de ce qu'elle était avant, alors que techniquement, rien n'avait vraiment changé. Excepté que désormais, je n'étais plus seul, une fois de plus. Le simple fait d'être débarrassé de ma solitude rendait tout plus supportable, plus doux, comme si les gens autour de moi, qui faisaient d'ordinaire figures de cauchemars, étaient maintenant devenu moins horribles envers moi. Mon père semblait être un peu moins présent et un peu moins autoritaire lorsqu'il était là -son absence était un bienfait non négligeable pour moi-, et mes camarades de classe me paraissaient plus dociles en voyant avec qui j'avais sympathisé sans que personne ne s'aperçoive de rien. Rien ne pouvait prédire ce que la jeune fille avait eu en tête, jusqu'au jour où elle était venu m'aborder. Elle n'avait jamais évoqué mon nom, et son soudain intérêt pour moi était un mystère pour tout le monde. Je la supposais assez intelligente pour avoir observé la situation autour d'elle, vu comment les autres me traitaient, et comme les professeurs étaient incapables de faire quoi que ce soit pour m'aider. Alors après avoir soigneusement analysé l'ambiance de la classe, elle avait décidé que je méritais plus d'attention que le groupe dont on m'avait exclu. Les instituteurs, bien qu'ils ne soient jamais parvenus à intervenir jusqu'à ce fameux jour, s'émerveillaient de ce changement et de ce que cela provoquait sur mon comportement et celui de mes tortionnaires. Ces derniers avaient davantage de scrupule à m'attaquer, en particulier lorsque Senka était près de moi. Un grand nombre de garçon la trouvait jolie, ce que je ne pouvait que confirmer, et les filles, quant à elles, ne pouvaient la jalouser tant elle était aimable, gentille et serviable envers tout le monde. En ce qui me concernait, j'osais de nouveau participer en classe, devenu un peu moins invisible aux yeux de ceux qui m'avaient oublié. Mes résultats ne cessaient de crever le plafond, pouvant enfin rattraper les quelques points de participation que je perdais depuis un an. Et j'avais la chance d'avoir le meilleur des professeurs dans les matières où mes lacunes subsistaient.

Senka m'avait dit peu après notre rencontre que si nous voulions devenir vraiment amis, nous devions raconter notre histoire. Elle en parlait comme d'un conte merveilleux qu'on lit aux enfants avant d'aller se coucher, et je lui disais avec tristesse que ma vie n'avait rien à voir avec une fable. Elle secoua la tête en m'assurant que notre vie était loin d'être terminée et que nous avions encore le temps de découvrir notre happy end. Cela me faisait rire, et je prétendais qu'elle était trop naïve, lui faisant gonfler les joues de frustration. Mais au fond de moi, je me disais qu'avec l'arrivée de la fillette dans ma vie, cette fin heureuse me semblait désormais bien plus accessible. Elle commença donc, sous ma demande, à me présenter ses origines. Contrairement à ce que j'avais cru, elle était né au Japon, dans un petit mais magnifique village nommé Takayama, dans la préfecture de Gifu. Toute petite, elle se souvient avoir longuement joué dans les ruines des châteaux environnant et accompagné ses parents à visiter de nombreux temples. Puis elle avait quitté ce pays peu avant ses 3 ans et était allée vivre en France, lieu de naissance de sa mère, ce qui expliquait son accent européen et ses manières différant de notre culture. Elle n'était revenue que l'été dernier, sa famille s'installant à Kyoto. Comme moi, elle était fille unique et avait longtemps réclamé un petit frère à ses géniteurs, avant de découvrir par le biais d'une amie à quelle point cela pouvait être horrible -le bébé accaparait les parents, braillaient tout le temps, et même grand, il fallait toujours s'occuper de lui, en tant qu'aîné. Elle avait ainsi vite renoncé. Tout ce qu'elle me racontait me passionnait. Je lui demandait des détails sur sa bourgade au bord de l'eau, ce à quoi ressemblait la France, ou si elle avait visité d'autres pays, mais elle était encore trop jeune pour avoir voyagé autre part. Elle me demandait de raconter à mon tour, toute excitée à l'idée d'en savoir plus sur moi. Je lui répondait sobrement que j'étais né à Kyoto, et que j'avais toujours vécu dans la même maison. Fils unique, j'avais en revanche un cousin, du côté de ma tante, qui habitait à Nara. Il s'appelait Kyosuke et devait avoir quatre ou cinq ans de moins que moi. Mes parents vivaient relativement heureux, jusqu'au décès de ma mère, qui fit changer mon père du tout au tout, et j'avais aussi eu un petit chien, qui ne m'appartenait pas, et avait fini par partir lui aussi. Je précisais ces derniers détails avec une voix tremblante, une boule de tristesse obstruant soudain ma gorge. Elle ne fit aucun commentaire et se contenta de poser une main réconfortante sur la mienne, ce que j'appréciais. Puis sa curiosité reprit le dessus et elle me demanda comment j'avais su que j'étais un sorcier. Le savait-on dès la naissance, ou était-ce un don latent? Je lui expliquait en détail ce jour où nous avions jardiné avec ma mère, comment ma détermination avait fait refleurir le cerisier, et tout ce que m'avait enseigné ma génitrice, si fière de moi. À la fin de notre discussion, Senka en savait au moins autant que moi sur la magie et le monde des sorciers. Je lui promettais même de lui montrer un jour le livre d'Histoire de la magie que j'avais reçu en sorte d'héritage.

Mais pour cela, il fallait déjà que mon père accepte sa venue. Depuis plus d'un an, il refusait de recevoir qui que ce soit à la maison, hormis des hommes rasés de près et vêtus de costume, généralement des collègues de travail. Ils avaient l'air tout aussi sérieux que lui, le menton droit et volontaire, la tête redressée comme en signe de supériorité, et avec ce léger froncement de sourcils, presque imperceptible, mais qui était juste assez visible pour intimider la personne en face d'eux. Dans ces moments-là, j'étais souvent congédié dans ma chambre, pour changer, mais même si on ne me l'avait pas demandé, je m'y serais enfermé moi-même. Alors quand je lui avait demandé si je pouvais faire venir une ami dans sa demeure, il m'avait à peine regardé avant de répondre, sur le ton de l'évidence.

"-Hors de question. Tu as autre chose à faire que de t'amuser avec cette "nouvelle amie" -je percevais les guillemets dans sa voix sans besoin de les voir. Travailler, par exemple"

Travailler, je ne faisais que ça. Même si au bout du compte, j'étais maintenant habitué à ce rythme infernal qui consistait à étudier toute la soirée, à manger, et à aller me coucher immédiatement, mon corps avait besoin d'une pause. J'étais au bord de la crise de nerf, et l'arrivée de mon alliée n'avait fait qu'apaiser ce tourment. Mais j'avais besoin de la voir davantage, pour oublier ces heures de bachotage interminable, et lui montrer par la même occasion tout ce que ma mère m'avait laissé. Malheureusement, je savais que quand mon père décidait de quelque chose, et qu'il rejetait une proposition, rien ne sert de répondre ou d'insister. Je quittais la pièce déprimé, cherchant comment j'allais expliquer à Senka qu'elle ne pourrait jamais passer le seuil de ma porte.

Cette contrainte n'entamait cependant pas notre bonne humeur, ni notre amitié. Si je ne pouvais pas la voir hors de l'école, nous passions cependant tous nos cours ensemble. Nous nous portions secours dans les matières où nous pêchions le plus, elle, très souvent, en japonais, et moi, en anglais et en sport. Comme je l'ai écrit plus haut, elle était devenue un excellent professeur là où j'étais faible. Elle me donnait des techniques inconnues, que je n'avais jamais vu dans les livres, pour être plus endurant -comme cligner des yeux très vite pendant une course pour avoir l'impression de courir moins. Et ayant vécu en Europe, elle parlait un français parfait, et un anglais courant, ainsi elle m'enseignait ces deux langages. Elle me forçait toujours à m'exprimer ainsi hors des heures de classe, pour m'entraîner, même si je trouvais cela embêtant et que je perdais mes mots. Cela semble efficace, puisqu'après un an d'étude, je parle maintenant un français approximatif et un anglais plutôt honorable pour un japonais. Nos notes remontaient en flèches, et il ne fallut pas longtemps pour qu'elle me rejoigne en tête de classe, alors qu'avant notre rencontre, elle tournait plutôt dans des résultats bons, mais pas encore extraordinaire. Me dire que, grâce à mon aide, elle a put atteindre l'excellence me remplit d'une grande fierté"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 3 Mar - 12:27









Fierté perdue

7 juillet 1984






"It took me by surprise, the hatred in his eyes"




"... En parlant de fierté...
Aujourd'hui, j'ai sans doute fait la plus grosse bêtise de toute ma vie. Si je n'avais pas décidé de me laisser tenter, rien ne serait arrivé, et j'aurais encore la confiance de mon père. Je pense désormais l'avoir définitivement perdue...

Nous sommes le 7 juillet, soit le jour de Tanabata. C'est ce matin que Senka m'a parlé de cette événement, qui aurait dû être le plus excitant de toute ma vie. Elle m'a demandé si je m'y rendais et si je voulais bien l'y accompagner. Au départ enthousiaste, je me rappelais que je n'avais pas le droit de sortir de la maison un fois rentré de l'école. Comme à son habitude, mon amie pesta contre mon géniteur qui me privait de liberté et ne faisait rien pour que je m'épanouisse. Mais je n'y pouvais rien. Je n'avais d'autre choix que de lui obéir. Nous n'en parlions plus le reste de la journée, aussi détendus qu'à l'ordinaire, puis avant de nous quitter devant le portail pour rejoindre notre chez-nous respectif, elle se tourna une dernière fois vers moi, et me dit, avec sérieux:

"-Si tu viens ce soir au Tanabata, je t'attendrai devant la forêt de Toriis, de 19h30 à 20h. Ne sois pas en retard, sinon on ne se retrouvera jamais dans toute cette foule!"

Puis elle me tourna le dos et s'en alla d'un pas sautillant vers le chemin qui la reconduirait chez ses parents. Je restais pantois un moment, avant de faire de même. La route me donna le temps de réfléchir à sa proposition. J'avais terriblement envie de participer à la fête, mais d'un autre côté je ne pouvais tout simplement pas m'éclipser de la maison sans rien dire. Mon père ne faisait plus de ronde pour vérifier que j'étais dans ma chambre le soir, mais si il faisait exception cette nuit, comme par hasard, je ne donnais pas cher de ma peau. Malgré tout, la tentation était insoutenable. Plus je retournais l'idée dans ma tête, plus j'y pensais, et plus j'avais le désir d'y aller. Je n'avais pas fêté Tanabata depuis l'année de mes 7 ans, alors que ma mère était toujours en vie, mais je me souvenais au détail près des lampions décorant les maisons, des kimonos fleuris et des temples ornés qui accueillaient les passants pour qu'ils fassent un prière devant l'autel. Je voulais retrouver tout cela. Je rentrais comme toujours à 16h20. À 18h, ma décision était prise. J'irai célébrer la fête avec mon amie. Par chance, moi et mon paternel mangions tôt, aux environs de 19h, et cela ne s'éternisait jamais bien longtemps. Une fois à table, j'essayais de ne pas montrer ma précipitation, mangeant à ma vitesse habituelle. Le moindre écart de comportement aurait pu faire comprendre à l'homme que quelque chose n'était pas normal, et qu'il devait me surveiller avec plus de vigilance aujourd'hui. À mon grand soulagement, il sembla ne rien remarquer, ne faisant aucun commentaire en me demandant de regagner ma chambre. Je m'exécutais, rejoignant la pièce à la hâte une fois la salle à manger éloignée. Enfin arrivé, je me déshabillais rapidement et enfilait un kimono spécial pour l'occasion, avec des liserons. Je peinais un peu à nouer ma ceinture seul, dans mon empressement, mais je devais vite me préparer pour ne pas arriver trop tard et profiter seul des festivités. Mes cheveux ne nécessitaient aucun coup de brosse, alors j'éteignais immédiatement la lumière, plaçant au cas où des oreilles entre ma couverture et mon futon. Je dormais toujours avec la tête enfouie sous mon édredon, alors à moins que mon père ne vienne vérifier lui-même que c'était bien moi, il n'y avait aucune chance qu'il s'aperçoive de ma disparition. Puis je me glissais silencieusement dehors, après avoir vérifié qu'aucune servante ne traînait dans les parages, et traversais le jardin pour sortir par la porte de derrière, et ainsi éviter d'être repéré, car le portail principal était juste en face de la pièce où dormait mon géniteur.

Au pas de course, je me dirigeais vers l'école, proche de l'accès au temple où je devais rejoindre Senka. Impatient comme je l'étais, je ne voyais pas le chemin passer et arrivais au lieu de rendez-vous en un rien de temps. J'avais couru si vite que j'étais légèrement en avance. Une fois arrivé au pied du grand escalier de pierre encadré par des Toriis, je découvrais que ma camarade n'était pas encore là. Seuls quelques passants, accompagnés ou non de leurs enfants, qui sautillaient joyeusement à leurs côtés, se rapprochait du lieu de cérémonie, tous habillés élégamment pour l'occasion. Je m'asseyais sur la première marche de la longue montée pour l'attendre, essoufflé, tapotant mes genoux en regardant les quidams qui passaient devant moi, heureux à l'idée d'aller se détendre en ce début d'été. Je ne dû pas attendre très longtemps, apercevant enfin au loin la chevelure blonde si caractéristique de ma compagne occidentale. Elle était habillée d'un superbe kimono blanc décoré de carpes koi aux couleurs éclatantes, leurs tâches éclosant comme des pétales de rose. Je me levais de ma place avec un petit sourire en découvrant sa mine stupéfaite. Son visage s'éclaira aussi alors qu'elle fit signe à deux adultes marchant juste derrière elle, que je reconnu comme ses parents. La ressemblance était claire. La femme avait les même cheveux couleur de soleil, et les même yeux bleus, et l'homme avait les mêmes pommettes, les mêmes formes de visage enfantin. Il avait un air adulte, humble, mais doux, comme sa fille. Une fois que les trois m'eurent rejoint, je laissais échapper, essayant d'être ironique:

"-Alors, qui est en retard, finalement?
-Oh, ça va!"
-elle se mit à rire, avant de se tourner vers ses parents en me désignant. "Papa, maman, c'est Kiku, l'ami dont je vous ai parlé.
-Enchanté de vous rencontrer"
disais-je en m'inclinant devant eux.

Son père s'inclina aussi, avant de me serrer la main.

"-Merci de prendre soin de Senka.
-Je vous en prie, je ne fais rien de..."


Sa mère s'approcha alors pour me déposer deux baisers sur les joues. Je restais crispé par cette attention, mais sans montrer mon étonnement, pour ne pas paraître impoli. Après un échange de quelques banalités, nous nous mettions enfin en route vers le lieu de culte, gravissant l'interminable escalier jusqu'au sommet. Une fois arrivé, Senka et moi nous émerveillions de voir la quantité de stands rassemblés, les lumières chaudes et festives des lampes éclairant les allées. Même le joyeux brouhaha qui nous entourait nous remplissait d’allégresse, mêlant les voix dynamiques des marchants aux cris exaltés des plus jeunes, ainsi que la liesse de leurs accompagnateurs. Immédiatement, moi et mon amie nous élancions vers un kiosque étalant sur son comptoir de magnifiques bijoux qui brillaient de mille feux, avant de nous intéresser à un jeu traditionnel consistant à attraper un poisson rouge avec une spatule faite de simple papier. Mr et Mme Yukio nous regardaient avec amusement, heureux de nous voir aussi réjouis. Une partie de la soirée s'écoula sans accro, et je ne pensais déjà plus à mon père. Je ne m'inquiétais pas. Il n'avait sûrement pas vérifié que j'étais bien dans mon lit, et ma soirée serait parfaite, pour une fois. Je la partageais avec la personne que j'affectionnais le plus, et rien ne pouvait être plus idyllique que le tableau que nous formions tous les quatre...

Presqu'une heure s'était écoulée. Nous avions fait le tour de la fête deux fois déjà, et les parents de la fillette nous proposèrent d'aller à l'entrée du temple pour jeter quelques pièces dans le tronc et secouer la cloche avant de faire une prière pour le reste de l'année. Nous acquiescions tout de suite, mais cherchions ensuite autour de nous dans quelle direction était le sanctuaire. Avec toute cette animation et ces boutiques ambulantes, on ne voyait même plus le toit du bâtiment. Puis, je remarquais non loin un chemin qui me semblait familier, et leur indiquais, avec un sourire:

"-Je crois que c'est par-"

Avant de pouvoir finir ma phrase, le col de mon kimono fut tiré contre ma gorge, m'empêchant d'achever. Une poigne puissante et ferme venait d'attraper mon vêtement par derrière. Avant même de me tourner, je me crispais, sentant d'avance que le reste de ma soirée ne serait pas aussi agréable que la manière dont elle avait commencé.

"-KIKU!"

La voix tonitruante de mon père fit tomber mon cœur dans mon estomac. Je blêmissait immédiatement, tremblant d'avance. C'était fini. J'avais dépassé les limites, cette fois. C'était la seule erreur que j'avais jamais faite, mais ce serait sûrement la dernière, et elle serait fatale. Il m'obligea à me tourner vers lui, me tenant toujours par le rabat de mon kimono, et je pu enfin voir son expression furieuse en face. J'aurais préféré ne pas avoir à la contempler. Il écumait de rage. Jamais ses yeux n'avaient étaient aussi plissés par la colère, son regard aussi noir et meurtrier. Un instant, cette possibilité me traversa l'esprit. Allait-il me tuer, au sens propre du terme? Sa main ferme me secouait presque. J'étais terrorisé.

"-Qu'est-ce que tu fais là!? Tu es censé être à la maison!
-O-Otosan, n-ne criez pas comme-
-SILENCE!"
rugit-il.

Je fermais les yeux, apeuré, lorsque son ordre hurlé me déchira les tympans. Les passants se turent petit à petit autour de nous, s'arrêtant pour nous regarder avec des mines inquiètes. Je lui avait demandé de se montrer discret, car je refusais de subir ça devant tout ce monde. Mais c'était mon châtiment. J'allais recevoir les réprimandes de mon père, et je serais jugé par les regards de tous les gens présents à la fête. Cela ne pouvait pas être pire. Mon père continua à gronder, le visage possédé par la fureur.

"-Je fais tout ce que je peux pour que tu ais une bonne éducation, et toi, tu gâches tout en faisant le mur!? Tu croyais t'en tirer sans problème?"

Non, en effet. J'avais été fou de croire que je pourrais juste retourner à la maison sans que personne n'en sache rien, après avoir passé la meilleure soirée de ma vie. La réalité était en train de me rattraper. Je ne serais jamais libre. Je perdais tout ce que je chérissais, et j'allais sans doute perdre Senka après ce soir. Elle n'oserait plus venir vers moi après avoir vu ça. De dos, je ne la voyais pas, mais je me doutais qu'elle devait être horrifiée, ainsi que ses parents. Pour mon malheur, mon père leur jeta un regard révulsé.

"-Alors c'est ça... des occidentaux, hein? Je ne veux pas que tu traînes avec ce genre de personne"

Tant de violence et de grossièreté les laissèrent bouche bée. Dire que je les avais rencontrés ce soir, et qu'ils semblaient si gentils. Je ne les reverraient sans doute plus non plus. La tête baissée, les yeux au sol, je voyais mon géniteur serrer le poing, comme s'il s'apprêtait à me frapper. Ses phalanges blanchies par la hargne semblaient contenir toute la haine qu'il retenait depuis deux ans.

"-Je crois que je vais devoir sévir"

Et il lâcha la bombe, me lançant un regard rempli de rancœur et de dégoût.

"-Je... J'ai honte d'être ton père"

...Je restais figé, anéanti. Il avait honte de moi. J'avais fait tant d'efforts pour qu'il soit fier de son fils, et ce n'était pas suffisant. J'étais juste un déchet à ses yeux. Je ne méritais pas de porter son nom. J'avais l'impression d'avoir perdu le droit d'appartenir à sa famille le jour où ma mère était morte. En réalité... à ses yeux, j'étais mort avec elle. Il m'attrapa fermement par l'épaule, me traînant presque vers la sortie du sanctuaire. J'eus juste le temps de lancer un regard désolé, abattu à mon amie, qui était aussi blanche que moi, avant de lui tourner le dos et de suivre le juge qui allait bientôt me punir. Sur le reste du chemin, ni lui ni moi ne prononcions un mot. Cette fois, la route vers chez moi semblait interminable. Comme si ma sanction était de marcher pour toujours aux côtés de cet homme qui me détestait. J'en étais sûr, maintenant. Il me haïssait. Enfin arrivés, il me jetait presque dans ma chambre, sur le futon dont la couverture avait été défaite et les coussins dissimulés éparpillés en tout sens.

"-Réfléchis à ce que tu as fait. Je ne veux plus t'entendre jusqu'à demain"

Et il referma la porte en me laissant seul dans la pénombre, seul avec ma culpabilité, seul de nouveau.

Il est presque minuit. J'ai passé la soirée à penser à tout ça, comme il me l'avait dit. J'en été arrivé à la conclusion que je n'en avait pas assez fait. Je ne pouvais m'empêcher d'espérer qu'un jour, mon paternel finirait par me reconnaître comme digne d'être son enfant. Mais pour cela, il fallait que je fasse encore plus d'efforts. Etre premier n'était désormais plus une option. C'était une obligation. Tout comme le devoir d'être parfait dans tous les domaines. S'il fallait que j'ai 100/100 à tous les contrôles, à tous les examens, et bien je le ferais. Je devais suivre tout ce qu'il m'avait enseigné, laisser de côté les paroles rassurantes de ma mère, pour qu'il n'ait plus aucun reproche à me faire. Et je devais accomplir tout cela sans jamais me plaindre. Souffrir en silence. Comme il le souhaitait. Il ne m'entendrait plus. Plus jamais."




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mer 23 Mar - 13:51









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16 juillet 1985






"My only wish is you"




"Je viens de relire la dernière date que j'ai écrite dans ce journal. Cet incident remonte à plus d'un an, maintenant. J'ai tenu parole. Je suis resté le meilleur élève de ma classe, mais cette fois avec des notes jamais vues auparavant. J'ai comblé tous les points faibles qui pouvaient subsister. Je parle un anglais parfait pour un garçon de mon âge, et correct dans la vie de tous les jours -car il ne faut pas se voiler la face, parler avec de vrais anglais serait bien plus difficile que réciter le verbe être en classe.  J'ai comblé le léger vide laissé dans les sciences économiques, et quant au sport, je me suis adressé à la personne la plus à même de me conseiller: mon père. Oui, il m'avait blessé. Oui, cette soirée avait longtemps hanté mes cauchemars. Mais comme je l'avais juré, je devais réussir, devenir le meilleur, en silence. Pour lui. Pour le rendre fier. Je lui ai donc dit que pour remédier à mes résultats discutables en éducation physique, je devais m'entraîner hors des cours, comme je l'avais fait pour les autres matières. D'abord sceptique en pensant au peu d'efforts que mes petits bras maigres pourraient accomplir, il m'avait proposé -pour ne pas dire imposé- de m'inscrire dans le groupe de judo de son dojo. J'avais accepté sans sourciller, à la fois inquiet et impatient de voir ce qui m'attendait là-bas. Peut-être que pour la première fois de ma vie, le sport me semblerait un domaine désirable. Et je n'ai pas été déçu.

Le fait que mon père ne soit pas le professeur de judo ne m'étonnait pas. J'avais à la place, comme enseignant, un homme plus vieux, aux joues flasques mais au corps droit, solide et intimidant. Les élèves et moi n'arrivions pas à savoir pourquoi, mais ce tuteur dégageait quelque chose d'imposant, de puissant, comme s'il dissimulait sa force et qu'elle se muait en une aura de grandeur majestueuse. Nous voulions par tout les moyens percer le mystère de ce halo, et pour cela, nous devions faire nos preuves. En guise de premier cours, il avait pris la décision de nous observer alors que nous tentions de mettre notre adversaire au sol sans connaître aucune des techniques de judo nécessaire à cette tâche. Comme par hasard, je me retrouvais face à un enfant faisant deux têtes de plus que moi -ce qui n'était pas bien difficile-, et pesant probablement deux fois mon poids aussi. Le combat à peine entamé, il me plaquait au sol avec violence, à la manière des lutteurs dans les matchs de catchs américains. Il renouvelait l'exploit -si on pouvait appeler ça ainsi, vu ma vulnérabilité évidente face à lui- à plusieurs reprises, et j'étais à chaque fois forcé d'abandonner. C'est alors que j'étais écrasé sous son poids, la joue au sol, que je repérais mon père au bord du tatami, m'observant, comme dans l'attente que j'abandonne pour pouvoir me dire à quel point il était déçu. Il me prenait de haut. Je baissais la tête, regardant ailleurs, abattu, fuyant son regard inquisiteur. Ce n'était pas en me ridiculisant ainsi que j'allais trouver grâce à ses yeux. Pourtant, le maître, qui nous regardait faire, ne me réprimanda pas pour ma faiblesse et me donna même quelques conseils, qui m'auraient permis de vaincre mon adversaire si je les avais connus. Cela me rassura un peu. Il était normal que je me démène un peu au début. Je démarrais à peine, après tout. Mais il me faudrait peu de temps pour maîtriser cette art aussi. Il me suffisait de parvenir à contrôler ma respiration et accroître mon endurance, et je deviendrais là aussi l'un des meilleurs de mon âge. Et mon père n'aurait plus à me fixer de la même manière que que lors de mon duel. Les cours s'enchaînaient et je m'améliorais chaque jour un peu plus dans les arts martiaux, étudiant aussi à côté des techniques d'autres sports semblables pour étendre mes connaissances sur le sujet. Après un mois, je parvenais à mettre par terre le premier garçon que j'avais affronté. Pourtant, à l'école, mes notes en sport avaient encore du mal à décoller. Il n'y avait malheureusement pas de judo au tests trimestriels. Mais savoir que je parvenais à me démarquer dans un domaine athlétique était déjà une fierté pour moi.

... J'ai revu Senka dès le lendemain de l'incident avec mon père. Je souhaitais rester pour toujours enfermé dans ma chambre, roulé en boule dans mon futon, pour ne pas avoir à affronter mes camarades de classe, dont la plupart étaient présents au Tanabata et avaient assisté à la scène provoquée par mon paternel. Mais j'avais encore davantage peur de la réaction de ma meilleure amie, vu la frayeur qu'avait été la sienne ce soir-là. J'étais persuadé qu'elle ne m'adresserait plus jamais la parole, de peur que mon géniteur ne le découvre et ne s'en prenne encore à sa famille. Je me trompais. Je débarquais à l'école, désireux de me faire oublier encore plus que d'ordinaire. Je ne parvenais pas à éviter quelques bourreaux qui se rappelaient mon visage et se moquèrent ouvertement de moi, alors que je m'enfuyais pour échapper à leurs railleries et leurs regards emplis de jugements. Parvenu à ma classe, je m'installais à mon bureau, instaurant contre ma volonté un gros silence dans la salle, alors que les autres se rendaient chacun leur tour compte de ma présence, avant de se remettre à jacasser, plus discrètement cette fois, car j'étais sans aucun doute le sujet de leurs réflexions. Ils ne s'évertuaient pourtant pas beaucoup à cacher ce qui se racontait, car je parvenais à saisir quelques brides de conversation. "Père", "honte", "fugue", même. Je finissais par cesser de les écouter, me concentrant sur le livre que je venais d'ouvrir, lorsque les voix se turent de nouveau, d'un même élan. J'en découvrais tout de suite la raison en voyant Senka s'arrêter près de mon bureau. J'entreprenais d'abord de ne pas la regarder, fixant mon cahier comme si cela pouvait me permettre de disparaître. Si elle venait me parler, c'était sans doute pour me faire des reproches. Les autres semblèrent indignés de la manière dont je la snobais, mais je ne voulais juste pas provoquer de dispute devant nos camarades. Si elle voulait parler, j'aurais préféré qu'elle le fasse hors de cours. J'espérais au moins qu'elle s'exprimerait à voix basse, pour ne pas causer mon déshonneur devant notre public. Contre mes attentes, elle se mit à parler d'une voix claire et parfaitement distinctes pour les enfants présents, mais prononça des mots qui me firent lever la tête vers elle.

"... Ton père est vraiment bête"

Je la jaugeais, surpris qu'elle s'en prenne ainsi à mon parent, et non à moi. Elle continua sur sa lancée, les autres derrière elle tendant l'oreille, figés, pour ne pas en perdre une miette.

"Tu pensais que j'allais te fuir comme la peste, juste parce qu'il avait dit ces choses-là sur mes parents?... Toi aussi tu es bête"

Je m'attendais à un ton hargneux, un air furibond, mais à la place, elle m'adressa ce gentil et doux sourire dont elle avait le secret. Celui qui vous faisait oublier que vous aviez tous les problèmes du monde et vous offrait la perspective d'une issue à votre malheur. "Pourquoi ne pas être heureux?" se dit-on lorsque l'on la regarde briller ainsi. Elle croisa les bras avec un air pompeux.

"Je veux bien croire que je suis géniale et que tu te sens petit à côté de moi. Mais ce n'est pas pour ça que je vais te laisser derrière. Je te traînerai, s'il le faut, jusqu'à ce que tu deviennes aussi grand que moi!"

C'était une image, bien sûr. J'avais beau être petit, Senka était plus petite encore. Pourtant, la lumière et la bonne humeur qu'elle dégageait emplissaient la pièce, jusqu'à ce qu'on ne voit plus qu'elle. Elle rayonnait. Je l'écoutais sans rien dire, d'abord effaré. Puis je quittais ma mine surprise pour esquisser un petit sourire, moi aussi. Il n'y avait pas à se demander le pourquoi du comment. C'était bien elle, tout simplement. Encourager ceux qui en avaient besoin, être si adorable que personne ne pouvait la détester... J'aurais tant aimé être comme elle. Et malgré cette idolâtrie dont on la couvrait, elle était en train de me parler comme si rien ne s'était passé la veille, pour montrer aux autres qu'elle se moquait d'être aimé par eux, même si elle continuait à rester à mes côtés. Que tout ce qu'elle voulait, c'était tenir compagnie à celui qu'elle préférait. Qu'on la raille, pour voir! Cela lui était égal. Et même les yeux exorbités de nos camarades ne pouvaient la faire changer d'avis.

Notre relation ne cessa pas d'être ce qu'elle était. Nous étions la plupart du temps seuls tous les deux, bien qu'elle discute parfois avec d'autres filles en classe. Elle évitait tout de même de se mêler trop aux autres, se contentant d'être la bonne élève presque parfaite que tout le monde adorait. Notre fin d'année ensemble fut merveilleuse. Personne ne venait nous importuner, et nous finissions premier aux examens du dernier trimestre, elle à la deuxième place, derrière moi à quelques points près. Il n'y eut aucune jalousie, aucune amertume. Elle me promit juste qu'elle m'aurait surpassé à temps pour les tests qui marqueraient le terme de nos années de primaire.

Je ne vis malheureusement pas cette progression. Après un nouvel été passé sans elle à travailler et fréquenter le dojo pour m’entraîner et me distraire, je découvrais à la rentrée, sur le panneau d'affichage planté dans la cour, droit comme un juge, la liste des différentes classes, et ma sentence inscrite noir sur blanc, par la même occasion. Nous n'avions pas été répartis dans le même groupe. Devenu sourd, je ne percevais plus les éclats de rire des CM2 autour de moi, qui se jetaient dans les bras de leurs amis, avec qui ils étaient réunis cette année encore. J'allais devoir passer ces 9 prochains mois sans l'avoir à mes côtés pendant les leçons. Elle finit par me rejoindre, et lorsque je lui indiquais la mauvaise nouvelle, pointant la pancarte du doigt sans pouvoir prononcer un mot, elle eut un moment d'absence avant de rire nerveusement.

"Ah, et bien... Nous ne serons pas dans la même classe, cette année. Alala... Comment est-ce que tu vas faire, sans moi?"

Je ne souriais pas à sa plaisanterie, attristé. Elle sembla elle aussi se rendre compte que ça ne la faisait pas rire non plus, car elle perdit sa risette. Elle m'attrapa la manche et nous montions les escaliers ensemble jusque dans le hall, silencieux comme des tombes, avant de nous séparer pour rejoindre nos salles respectives. Cette année aurait pu défiler avec la lenteur et l'ennui d'un vieux film, si mes pouvoirs de sorcier ne m'avaient pas donné l'idée du siècle, pour cesser de désespérer seul pendant les cours. Un jour où nous avions mathématiques, j'avais fabriqué une belle grue en papier rose à l'abri du regard professoral. C'était la première fois que j'en fabriquais une, la méthode de confection griffonnée à la va-vite sur un bout de papier, des dessins esquissés rapidement accompagnant les mots. Je ne sais s'il s'agissait de la chance de débutant, mais je n'eus à utiliser qu'une feuille, car après avoir essayé une unique fois, méticuleusement, mon oiseau était parfait. Je le prenais dans ma main, le faisant tenir debout, et me concentrais pour lui insuffler un souffle de vie. Cette fois, il me fallut plusieurs tentatives pour retrouver l'état de calme et de plénitude me permettant de faire appel à ma magie. Mais après quelques minutes de lutte intérieur, le pliage se mit à gigoter au creux de mes doigts, pour mon bonheur. Je testais d'abord la durabilité du sort, pour être sûr qu'il ne s'estomperait pas en court de route, et une fois assuré que la grue était belle et bien vivante, je lui confiais un bout de papier à l'attention de Senka. M'étant installé cette année près de la fenêtre pour pouvoir profiter de la vue sur le stade où jouaient parfois les équipes sportives, je l'entrouvrais et laissais le petite animal factice voler vers la classe juste derrière la notre. J'attendais quelques minutes en trépignant, espérant que mon plan avait fonctionné, et c'est, émerveillé, que je constatais que tel était le cas. Mon petit animal me revint avec la réponse, battant de ses minuscules ailes pointues derrière la vitre. Je décidais donc que ce stratagème serait notre nouveau moyen de communication.

Je suis étonné que la supercherie n'ait pas été découverte de toute l'année. La grue n'attirait l'attention de personne, à l'instar de celui qui l'avait fabriquée, et nos petits mots se transmettaient discrètement, à n'importe quelle heure de la journée. La plupart du temps, nous parlions de tout et de rien, la pluie et le beau temps, ce que l'on faisait en cours, à quelle heure on finissait, ce que l'on prévoyait pour la prochaine récréation. Contrairement à mes prévisions, ces mois de bonheur passèrent à une vitesse affolante. Et plus nous approchions de la fin, plus une question inquiétante m'assaillais. Chaque matin quand je me levais, chaque fois que je croisais Senka sur le chemin de l'école, chaque soir où nous rentrions, et chaque nuit avant de me coucher. Je me demandais: qu'arrivera-t-il, en septembre? Irons-nous dans la même école? Serons-nous séparés? Mon père allait-il m'inscrire dans un collège éloigné et strict, me privant de la présence de ma meilleure amie? Et il y avait aussi cet établissement...

Recevrais-je un jour la lettre de Poudlard? Ma mère étant une cracmole, peut-être m'avait-on oublié dans la liste des élèves inscrits dès la naissance? Mon statut de sang ne me permettrait sans doute pas d'y accéder... Je m'en étais tant rêvé, les grandes tours du château, les escaliers qui se déplaçaient sans demander leur avis à personne, les leçons de sortilège ou de vol, les dîners dans l'immense salle au plafond illuminé par les chandelles... Et pourtant... La pensée de partir en abandonnant Senka me fend le cœur. Elle est celle qui m'a sauvé, de la solitude, comme des autres. C'est en regardant le panneau des résultats finaux de primaire, où nos noms accompagnaient tous les deux un magnifique 93/100, que je prenais ma décision. Je la voyais sourire, prétextant qu'elle ne me battrait jamais, mais qu'au moins, nous étions à égalité. Et je me promettais que même si nos chemins se séparaient, jamais je ne la laisserai tomber. Je continuerai à lui envoyer des lettres, à venir la voir lorsque les vacances me le permettaient, à l'appeler juste "Senka", car c'était elle, et que notre relation allait bien au delà du simple respect, désormais. Toutes les lois et traditions japonaises de l'univers ne pourraient me faire dire le contraire."




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 29 Mar - 23:16









Reçu

1er août 1985






" 'Cause I need freedom now"




"Je l'ai reçue. La lettre que j'ai tant attendue depuis 3 ans est enfin entre mes mains tremblantes, et j'ai du mal à écrire sans divaguer, essayant de contenir mon excitation. Je vais aller à Poudlard. Rien ne l'annonçait, et l'enveloppe parcheminée entre mes doigts me semble presque fictive, semblable à un rêve. Je suis terrorisé à l'idée de me réveiller et de découvrir que je ne suis en fin de compte rien d'autre qu'un enfant doté de pouvoirs magiques qui ne seront jamais reconnus, car je n'aurais pas été accepté dans la société sorcière. Pourtant, à mesure que je trace ces lignes, la réalité de la chose devient de plus en plus évidente. Je vais à Poudlard. Je vais à Poudlard! La lettre m'est arrivée dans des circonstances bien étranges, et l'adresse inscrite sur le papier l'est tout autant. "Mr. Kiku Honda dans la 3e chambre de l'aile est, numéro 15 du quartier Higashiyama, Kyoto". On fait difficilement plus précis! Quant à l'annonce elle-même, elle m'est parvenue aux premières heures du jour, alors que tout le monde dormait encore, moi y compris. J'ai été tiré d'un sommeil de plomb par des grattements insistants à ma porte. Fatigué, les yeux plissés par la lumière passant outre les shōji, je suis allé ouvrir en me demandant qui pouvait bien être levé à cette heure-là. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un magnifique oiseau aux grands yeux scrutateurs et aux plumes mordorées à mes pieds, une lettre dans le bec. Selon ce que je savais de ces rapaces majestueux, ce devait être un hibou Grand Duc. Je récupérais presqu'avec naturel la missive qu'il me tendait, alors qu'au fond, j'étais infiniment perplexe. La scène me paraissait totalement surréaliste. Mais une fois déchiffrées sur la page jaunie les lettres à l'encre émeraude, je ne cachais plus ma stupéfaction. Cela ne pouvait venir que d'un seul endroit. Je rentrais immédiatement dans ma chambre, fermant la porte derrière moi sans plus me préoccuper de l'oiseau, trop intéressé par le contenu de la lettre. Les doigts frémissants, j'ouvrais l'enveloppe avec le plus grand soin, prenant mille précautions pour ne pas déchirer le papier grumeleux. Si c'était bien ce que je croyais, je prévoyais déjà de la conserver en souvenir. Je tirais finalement de sa protection le parchemin plié avec minutie, où étaient également tracés des mots brillant d'un éclat vert. Je faisais attention à bien lire ce qui était inscrit, histoire que mes yeux et mon imagination ne me jouent pas des tours. Mais les premières lignes lues et relues cinq, dix, vingt fois, il n'y avait plus aucun doute.

"Mr Kiku Honda,
Nous avons le plaisir de vous annoncer que vous avez été accepté à Poudlard, l'école de sorcellerie."

J'allais à Poudlard, dès la rentrée prochaine. Extérieurement, je restais figé, mes pupilles fixant sans ciller l’appellation "accepté", comme si elle risquait de disparaître si je détournais le regard, mais au fond de moi, mon cœur bondissait de joie, je hurlais de bonheur. Impossible d'extérioriser ce sentiment d'extase autrement que par écrit, et autant dire que je ne l'ai jamais fait aussi vite et aussi mal. Mais peu m'importe, car je vais à Poudlard!

...Reste-t-il à annoncer la nouvelle à mon père. Mon Dieu, je ne saurai par où commencer. Il est évident que je ne vais pas tout simplement fuguer de la maison sans lui laisser aucune nouvelle. Et je suis forcé de lui révéler où je vais, à quel point c'est important pour moi, sinon il ne me laissera jamais partir... Quelles chances ai-je, même en lui disant la vérité, qu'il me laisse quitter sa demeure? Il n'acceptera sûrement pas que je parte en Ecosse, étudier dans une école de magie dont il ignorait jusqu'à l'existence, alors qu'il tente depuis des années de m'assurer une éducation digne du japonais parfait qu'il veut pour fils... Non, aucune chance. Il n'est même pas sûr qu'il me croit. Je devrai lui prouver ce que j'affirme. Je n'aurai sûrement pas d'autre choix que de lui montrer mes pouvoirs. Je dois aussi réfléchir aux mots qui accompagneront ma démonstration. Que dois-je lui révéler, comment le formuler pour être le plus convaincant possible? Je devrai être à ce point éloquent qu'il ne pourra opposer aucune résistance. Quelle ironie. Je travaille sans relâche depuis plus d'un an pour le rendre fier et qu'il n'ait plus jamais à me regarder avec mépris, condamné à vivre sous son joug, mais maintenant c'est à moi de le soumettre à ma volonté. Ça ne va pas être facile.

[La suite a été inscrite plus tard, à en juger par la couleur de l'encre]

Je n'arrive pas à y croire. J'ai réussi. Enfin... réussi est un grand mot. Je suis finalement parvenu à le faire taire après plusieurs heures d'explications et de négociations. Comme je m'y attendais, tout ce que j'évoquais lui paraissait aberrant, inconcevable. Si je ne l'avais pas convaincu que tout ce que je racontais était vrai, il m'aurait sans doute fait enfermer dans un un asile. Rien ne l'avait préparé à ce qu'il allait entendre. J'avais été docile, une année entière, en étant un modèle de perfection dont tous les parents pouvaient rêver. Et tout à coup, je fichait tous ses espoirs en l'air en lui parlant de magie, de voyage, de sorciers... Il y avait de quoi être sceptique. Lui qui était si terre à terre, si rationnel, je venais de lui prouver qu'il existait un monde dont il ne soupçonnait pas l'existence, et dont il aurait même rejeté le concept. Il m'avait fallu penser longuement à mes paroles avant d'aller le voir. J'étais même resté figé devant la porte du salon dix bonnes minutes, vérifiant une dernière fois que je n'allais sortir aucune bêtise qui pourrait ruiner mes chances d'aller dans l'école dont je rêvais. Mais après avoir tourné et retourné mille fois mon discours dans ma tête, j'étais enfin sûr de moi. J'entrais donc dans la pièce où mon patriarche se trouvait, assis en seiza, droit comme un i de l'autre côté du kotatsu. Il savait que j'étais derrière la porte depuis longtemps, c'était évident. Mais il n'avait pas trouvé utile de me prier d'entrer. Il espérait sans doute que je finirais par m'en aller de ma propre initiative, car de toute évidence, même s'il ne le montrait pas, il devait être anxieux. Il savait que quelque chose clochait. Il savait que je m'apprêtais à lui parler de quelque chose d'important, pire, de quelque chose de grave. Et il avait raison.

Je m'asseyais face à lui, amorçant d'une voix en apparence assurée, ferme, alors qu'au fond, j'étais mort de trouille:

"-Otosan...
-Kiku, je t'ai déjà demandé de ne pas batifoler dans la maison..."
me coupa-t-il, sans doute pour me reprocher mon attente précédente à l'entrée de la pièce, ainsi que pour me déstabiliser alors que ma concentration ne tenait qu'à un fil.
"-Je ne batifolait pas... Otosan... Je dois vous parler d'une chose importante"

Le ton dramatique que j'employais, comme si j'allais annoncer la mort de quelqu'un, avait quelque chose d'alarmant, et il n'était même pas forcé. J'étais littéralement terrorisé à l'idée de ce que j'allais lui demander, et de la réaction qu'il allait avoir. Après un silence qui sembla peser sur moi pendant mille ans, bien que je me tienne aussi droit que lui, il poussa un soupire et posa son journal, le faisant claquer sans le vouloir sur la table. Le bruit me donna un spasme, et je m'efforçais de ne pas trembler, continuant de le regarder avec cet air sérieux et sûr de moi, qui n'était qu'un masque. Cela aussi, il devait en avoir conscience, mais je devais continuer et ne pas lâcher, jusqu'à ce que ce mensonge se mut en une vraie force.

"-Que se passe-t-il? Cela a-t-il un rapport avec tes révisions?
-Pas... vraiment. Du moins..."
-je vis une sorte d'agacement dans ses yeux, comme si le fait que la chose n'ait pas de rapport avec mes études signifiait qu'elle était futile, alors je me rattrapais aussitôt- "Enfin... Si, cela a un rapport, mais pas dans l'immédiat. Cela concerne plutôt mon entrée au collège.
-Et bien quoi? Ton école a déjà été décidée, ton dossier est envoyé..."


Son ton n’appelait à aucune protestation. Il me défiait de le faire, même. Tout avait été choisi à ma place, une fois de plus. Mais cette fois, je m'y refusais. C'était à moi de prendre cette décision.

"-J'ai bien peur... de ne devoir refuser."

Je frissonnais, non seulement de l'audace que je montrais en me dressant face à lui et en parvenant à prononcer ses mots sans ciller, mais aussi des éclairs que ses yeux noirs se mirent à lancer en espérant m'intimider pour que je fasse aussitôt marche arrière.

"-Excuse-moi?" prononça-t-il en détachant chaque syllabe pour bien me faire comprendre à quel point j'étais en danger.

Mais cela ne fit que me donner encore plus de forces pour continuer. Il perdait son calme. Pour la première fois, le fait qu'il ne me jauge pas avec cet air froid et détaché, insupportable, était libérateur. Il laissait entrapercevoir ses émotions, montrant qu'il était affaibli. Affaibli par mon simple refus.

"-Vous m'avez bien entendu. Je suis vraiment désolé" -je m'inclinais un peu pour la forme- "Mais je ne pourrai pas aller dans l'école à laquelle vous m'avez prédestiné.
"-Et... puis-je savoir en quel honneur?"


Une fois de plus, sa voix ténue et annonciatrice de la punition qui me guettait me donna du courage. Sans un mot de plus, je sortais de ma poche la lettre envoyée par Poudlard et la lui tendait par dessus le bois lustré. Il observa ce que je tenais, comme si cela lui semblait soudain insignifiant. Si un simple courrier était mon seul argument pour refuser l'établissement prestigieux auquel il m'avait préparé, il n'y avait pas à s'inquiéter. Il pensait avoir déjà gagné. Il retira le papier de l'enveloppe avec trop peu de soin à mon goût, et je me retins de le prier d'y aller doucement. Ses pupilles sautèrent d'une ligne à l'autre avec lassitude, avant de s'arrêter sur un mot que je ne voyais pas, mais que je devinais aisément. Il fronça les sourcils et après quelques instants à vérifier que ce qu'il lisait n'était pas le fruit de son imagination, il abaissa la feuille qu'il tenait, et me fixa avec un mélange d'incompréhension et d'exaspération, comme s'il envisageait la possibilité d'un farce de ma part.

"-De la sorcellerie? Qu'est-ce que c'est que cette histoire? C'est toi qui a écrit ces inepties?
-J'ai bien peur que non..."
je niais de la tête.

Quelque chose parut lui tomber dessus. Il savait détecter mes mensonges. Et cela n'avait pas l'air d'en être un. Il le lisait sur mon visage. Il pouvait percevoir que cette nouvelle, inscrite entre ses mains, me remplissait de joie, et qu'elle n'avait rien d'une blague. Cela l'effrayait, même s'il n'en montrait rien. Je le vis ouvrir la bouche avec hésitation, manquant de mots, alors que son menton tremblait imperceptiblement.

"Qu'est-ce que ça signifie?..." et il ne dit rien de plus, seule la soif d'explications lui laissant encore la patience de m'écouter.

Je prenais une grande inspiration avant d'amorcer mon récit. Je lui contais tout, à commencer par la découverte de mes pouvoirs. Je pouvais entrevoir le refus de mes dires dans ses mimiques discrètes, la moquerie, même. Tout ce que je baragouinais était pour lui ridicule, futile, impensable. Mais la certitude que ça n'était pas un mensonge pour moi subsistait dans son esprit, et il se demandait comment les deux pouvaient être possibles simultanément. Soit il ne parvenait plus à lire en moi comme autrefois, soit j'étais devenu mythomane. Mais je ne me démontais pas et continuait à parler, abordant un sujet qui, je le savais, le mettrait bien plus mal à l'aise: les origines de ma mère, les leçons de magie qu'elle me dispensait, et la perte de mon don après son départ. Quand j'évoquais sa mort, je le vis pâlir, et ses phalanges blanchirent alors qu'il serrait les poings. Je savais que le décès de sa femme se rejouait devant ses yeux, à mesure que je débitait mes mots avec un calme étonnant, et même une certaine nostalgie dans la voix. J'avais bien assez pleuré. J'avais fait mon deuil depuis longtemps, contrairement à lui, qui cherchait à tout prix à chasser l'âme de l'ancienne maîtresse de maison de son logis. S'il y avait peu de chances qu'il laisse transparaître sa détresse comme ce jour-là, on pouvait cependant voir la tristesse se peindre sur ses traits fatigués. Il avait tout à coup l'air d'un vieillard, et pourtant, son expression stoïque n'avait pas bougé. Il pouvait certes voir à travers moi, mais je parvenais à faire la même chose. Pour dissimuler ses émotions indécentes qui, il le savait, étaient affichées au grand jour, il me somma de continuer:

"-Mais si tes pouvoirs ont disparu... pourquoi cette lettre? Pourquoi ce désir d'aller dans cette... école?" -on sentait que cela lui faisait mal d'admettre ce titre- "Tu veux peut-être te ridiculiser devant les autres enfants... comme toi, en arrivant sans avoir plus aucune aptitude?"

Je sentais qu'il avait cherché les mots justes pour désigner les autres sorciers sans avoir à mentionner leurs réelles capacités. Cela aurait été admettre que ce que je disais était la vérité, et il n'était pas encore prêt à l'accepter.

"-En réalité... ils ont bel et bien disparu à cette époque... mais sont réapparus il y a... à peu près deux ans, juste après mon entrée en quatrième année...
-Alors tu es de nouveau capable de t'en servir?
-Grâce à la bienveillance d'un amie... oui.
-Serait-ce... cette occidentale?"


Je savais que c'était le nom, supposé injurieux, qu'il donnait à Senka. Je lui avait déjà parlé d'elle, mais la seule chose qu'il avait pu retenir de ma camarade était qu'elle avait du sang français dans les veines. Ainsi, même si elle était née entre nos frontières, elle n'était rien d'autre qu'une "occidentale". Son visage s'était plissé sous l'agacement, comme si le simple fait de l'évoquer le dégoûtait. À cette instant, mon père me fit penser à tous ces sorciers au sang prétendu "pur", qui n'acceptaient pas que leur précieux ADN soit mêlé à celui des moldus. Ma mère m'en avait souvent parlé pour me mettre en garde. Si on me demandait quel était mon statut, je devais répondre que j'étais sang-mêlé, et ne devais pas évoquer l'absence de magie chez celle qui m'avait mis au monde. Beaucoup raillaient d'autant plus les cracmoles que les moldus. Je lui avais dit mille fois que cela m'était égal, et que j'était fier qu'elle soit ma mère, sorcière ou non. Le sourire qui apparaissait sur son visage me poussera plus tard à affirmer cette différence. Tout comme j'affirmais aujourd'hui devant mon père, car j'étais fier d'être l'ami de Senka:

"-Oui. C'est elle"

Son exaspération se mua en une colère contenue. Il devait attendre. Il voulait connaître l'aboutissement de cette affaire, savoir ce que je souhaitais exactement.

"-Et bien? Tu veux donc aller dans cette école, à l'autre bout du monde, pour étudier la sorcellerie, sur les bons conseils de ta mère, décédée des suites d'une santé fragile?
-C'est cela même"


Ma voix était droite, ferme -si c'était possible avec son timbre enfantin et aigu-, mais à entendre mon désir formulé ainsi, oui, cela semblait aberrant. Ma réponse sonnait faux, comme si ce n'était qu'une mauvaise farce. Dans ma tête, cette conviction déraillait. Et il le sentit. Je perçus subitement un son que je pensais ne plus jamais pouvoir entendre de sa part. Il pouffais, son front appuyé contre ses mains jointes, comme s'il venait de réaliser que je croyais vraiment aux inepties que je racontais. Je compris qu'il n'avait pas cru un seul mot de ce que je lui avais dit. Il avait à ce point l'envie de ne pas me croire qu'il en venait à ignorer le fait que tout, dans mes gestes, mon regard, tout respirait la véracité. Il rit quelques secondes, secondes qui me semblèrent infernales, car je savais déjà sur quoi elles allaient découler. Enfin, il s'arrêta, et découvrit ses yeux qui avaient retrouvé leur froideur, abandonnant la curiosité et la compassion que j'avais cru y voir. Il abattit son poing sur le kotatsu, me faisant sursauter.

"-Ne me fais pas rire! Tout ce que tu racontes est ridicule, Kiku! Tu crois que j'ai le temps d'écouter tes bêtises? Ta copine française t'a monté la tête avec ses sottises! Je pensais que tu avais enfin décidé de te montrer mature, mais visiblement, je me suis trompé... L'internat ne te fera pas de mal..."

Sur ces mots qui me gelèrent sur place, il se leva et se dirigea vers la porte située dans mon dos pour me laisser seul, histoire que j'ai le temps de me remettre les idées en place. Il comptait me placer en internat, une fois entré au collège?... Je refusais cela. Il m'avait déjà enlevé tellement de choses, que j'avais fini par accepter sans broncher... mais me priver de ma maison? Celle où j'avais passé mon enfance, seul endroit où ma mère subsistait? J'étais certain que cet établissement se trouvait à des kilomètres d'ici, ainsi, plus moyen de retrouver Senka. Je n'aurais plus rien. C'était comme si je recommençais ma vie, et que je devenais quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'avait pas de racine, pas de souvenirs, pas d'amis. Seul à nouveau.

C'est cette pensée qui me fit me retourner vers lui, levant la main dans un geste désespéré.

"-Non- S'il vous plaît, Otosan!"

Le shōji roula alors seul sur ses planches, se refermant d'un coup sec, juste sous son nez. Il se figea pendant un instant, stupéfait, avant de se tourner lentement vers moi, les yeux exorbités. Je vit quelque chose que je n'aurais jamais cru voir sur son visage. La peur. Et sa voix concordait à ce que ma vision me renvoyait. Elle tremblait.

"-C-c'est... c'est toi qui a...?"

La main toujours tendue, je ne respirais plus. Le voir faible, tout à coup, me terrorisait, moi aussi. J'en avais conscience, maintenant, me remémorant les conseils de ma mère. Mon pouvoir pouvait instaurer la frayeur chez mes ennemis. Si Senka avait été émerveillée de voir ce que je pouvais faire, c'est car elle était encore une enfant, et que je m'en étais servi pour porter remède. Mais cette fois... mon don était apparu de façon brutale, de manière à faire réagir mon père. Lui faire comprendre que je ne mentais pas, et que je rejetais la vie qu'il me proposait. Mais maintenant, j'étais tétanisé, et je regrettais mon geste. Mais il fallait que j'aille jusqu'au bout. J'en avais déjà trop fait. C'était maintenant ou jamais. S'il ne craquait pas, je n'aurais pas d'autre choix que me résigner à renoncer à cette conversation. Je trouverais un autre moyen. Je me levais donc, lui faisant face, bien campé sur mes jambes pour éviter qu'elles ne tremblent et ainsi faire apparaître ma frayeur.

"-Vous comptiez m'envoyer en internat... loin d'ici?"

Ma voix montrait ma tristesse, pour qu'il sache qu'il en avait déjà assez fait pour aller jusque-là. Ne pouvait-il même plus supporter de me savoir dans la même maison que lui? Il ne répondit pas, ne bougea pas. Il attendait la suite. Ou peut-être la peur l'avait-elle changé en pierre.

"-Je... j'ai pourtant fait... tout ce que j'ai pu..."

Je baissais la tête pour dissimuler mes paupières, qui commençaient à se faire humides. Combien de temps encore allais-je encore devoir me battre pour qu'il reconnaisse tout ce que j'avais fait? Mes attentes et ce que je venais de lui montrer avaient-elle effacé à tout jamais les espoirs qu'il nourrissait pour moi? J'étais fatigué de tout ça. Je le regardais de nouveau, même si mes yeux me brûlaient. Cela m'était égal, désormais.

"-Quitte à être loin de chez moi... je préfère encore aller en Ecosse, comme Okāsan le souhaitait, plutôt que de suivre la voie que vous avez choisi pour moi. Je veux..." -le sanglots prenaient de plus en plus le pas sur ma voix, mais je tenais bon- "Je veux que vous puissiez reconnaître ma valeur, même si je suis le chemin que je me suis tracé. Même si je deviens un sorcier. Je...!
-Kiku"


Il me coupa dans mon élan, me faisant complètement perdre le fil de ce que je disais. Et ces mots me laissèrent, une fois de plus, pétrifié.

"-Si tu t'en vas... tu n'es plus mon fils. Et tu n'auras plus le droit de remettre un pied ici"

De nouveau, la rancœur et la haine dans ses yeux et dans ses mots me firent comprendre à quel point il me détestait. Cela aurait été tellement plus simple d'avoir un fils docile, qui faisait tout ce qu'on lui demandait, et ne s'écartait jamais du droit chemin. Mais j'en sortais de plus en plus, et j'étais sûr de ne jamais pouvoir y retourner, lorsque je lâchais, presque contre ma volonté:

"-Cela me va"

Nous nous jaugions de longues minutes, ou de longues heures, je ne sais plus, et sans un mot de plus, il sortit finalement de la pièce avec un calme olympien. Comme si tout cela ne le concernait plus, désormais. Il avait laissé la lettre sur la table, et je la récupérais avec délicatesse, la serrant contre moi. J'avais réussi à le faire plier. J'allais enfin à Poudlard. Mais... à quel prix?"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mer 30 Mar - 9:55









Sayonnara

30 août 1985






"I'm not fleeing, I fly"




"Je peine à écrire. Je suis à l'arrière de la voiture de mon père, direction l'aéroport. Il a eu la "bonté" si je puis dire, de supporter ma présence encore quelques heures, et a accepté de m'accompagner jusqu'à l'appareil qui signerait mon départ définitif. Cela devait lui faire bien plaisir, de me voir m'en aller, s'il en venait à m'y emmener lui-même. Ce matin, j'avais été étonné qu'il vienne me réveiller avant l'heure que je m'étais fixée, me priant de m'habiller vite et de préparer ma valise -qui était déjà prête depuis deux jours. Ces dernière semaines, je m'étais posé maintes et maintes fois la question: comment allais-je me rendre en Ecosse? J'étais sûr que mon père ne m'aiderait en rien, qu'il me laisserait me débrouiller seul. Je n'avais même pas osé lui demander. Cela aurait été complètement idiot. Et puis, depuis la conversation qui avait marqué définitivement la date de mon indépendance sur la maison, comme marqué au fer rouge, nous n'avions plus échangé un seul mot. Cette conclusion nous avait suffit pour notre vie entière. J'avais finalement envoyé ma grue en papier à Senka, lui demandant avec toutes les excuses du monde si ses parents pouvaient me rendre ce service. Mais à ma surprise, mon oiseau n'était pas revenu. Et comme je n'avais pas osé sortir de peur de ne plus pouvoir revenir, avant même la date prévue, je n'avais pas pu leur rendre visite pour leur demander des nouvelle. J'espérais les voir au pas de la porte ce matin, sinon, il aurait fallu trouver un moyen d'y aller par moi-même. Mais je n'ai finalement pas eu à le faire. Aux aurors, mon paternel me tirait de mon sommeil, et c'est après une demi-heure de rapide préparation que je rangeais déjà ma valise dans le véhicule. Elle était plutôt lourde, compte tenu des nombreux ouvrages qu'elle contenait, ainsi que du matériel laissé par ma mère, que j'avais soigneusement emballé pour éviter qu'il ne se casse. J'allais les garder précieusement, sans les utiliser, comme des reliques qu'elle m'aurait léguées. Je luttais pour soulever mon bagage, mais mon père ne bougeait pas le petit doigt. De toute manière, je ne voulais pas de son aide. J'y parvenais finalement et fermait le coffre, lorsque mon père laissa échapper un borbirigme, semblable à un grognement de chien. Je me retournais et à ma surprise, Senka était là, avec ses parents. Il ne sembla pas apprécier leur présence, le visage dur, les bras croisés dans une attitude prostrée.

"-Quel culot... Oser se montrer devant moi"

Je n'avais pratiquement pas entendu sa voix depuis le soir où je lui avais montré la lettre, et je constatais qu'elle était toujours aussi glaciale que ce soir là, lorsqu'il s'était éclipsé en me laissant avec mes regrets. Je le laissais maugréer seul et m'approchais d'eux. Je ne le réalisais que maintenant que j'avais ma meilleure amie en face de moi, que je devais partir, en l'abandonnant derrière. Ses prunelles bleues comme le ciel, ces vagues blondes autour de son visage, je ne les reverrais peut-être plus jamais. Baissant la tête, je prononçais, d'une voix faible:

"-Senka, je... je suis désolé de..."

Elle me prit soudain par les épaules, secouant la tête.

"-Ne t'excuse pas. Tu vas réaliser ton rêve, respecter la volonté de ta maman. Alors ne regarde pas en arrière. Et surtout pas lui..." -son regard tendit vers l'homme derrière moi, appuyé sur la carrosserie en attendant que j'en ai fini avec mes adieux larmoyants- "N'écoute pas ce qu'il te dis. Tu vas être génial. Tu vas devenir un grand sorcier!"

Je grimaçais un peu, observant la réaction de ses parents. Mais apparemment, elle les avait déjà mis au courant, car ils m'adressèrent un sourire bienveillant, comme si cela ne les dérangeait en rien. Pas sûr que mon père en ait fait autant en percevant ses mots. Elle devait avoir sacrément confiance en eux pour leur confier mon secret sans craindre qu'il ne la traite de menteuse ou ne se mettent à avoir peur de moi. Sa mère se pencha vers moi.

"-Kiku... Si l'été, tu n'as nul part où aller, hum..." -elle jette un coup d’œil à mon père, avant de détourner les yeux et de retrouver sa risette- "Viens chez nous. Nous t'accueillerons à bras ouverts. Et Senka sera très heureuse de te voir. Même lors des fêtes, si tu le souhaites...
-C-comment, mais...! Je ne peux pas accepter, c'est beaucoup trop...
-Kiku! Quand ma maman dit quelque chose, on ne discute pas, compris?"


De peur de les avoir vexés, je faisais aussitôt machine arrière.

"-P-pardon! C'est d'accord! Je... je viendrai, si c'est ce que vous souhaitez..."

Ses joues enfantines s'illuminèrent de nouveau.

"-Super... Oh, et aussi..."

Elle sembla mal à l'aise, tout à coup, sortant de son sac un paquet carré, joliment enveloppé dans un papier bleu brillant, et décoré d'un ruban argenté.

"-C-c'est pour toi... Un souvenir... et comme ça tu pourras nous montrer à quoi ressemble ton école...
-Senka, c'est trop, je...
-P-prend-le, je te dis!
-Ah! D-D'accord!"


J'avais la nette impression que ses pommettes avaient pris des couleurs, et le désir de savoir ce que contenait cette boîte s'accentua. Mais avant que j'ai pu lui demander si je pouvait défaire l'emballage, elle me coupa l'herbe sous le pied, me priant de ne pas le faire.

"-A-attend d'être dans ta voiture pour l'ouvrir...
-... Très bien. Je le ferai. En tout cas... Merci pour tout, Senka"


Je lui offrait un sourire sincère, qui la laissa bouche bée, avant qu'elle ne me rende le même. Cette gentillesse m'avait sauvé tant de fois, et jamais je ne pourrais la remercier assez. Pour couronner notre séparation, elle se jeta contre moi, me prenant dans ses bras. J'avais été peu habitué aux contacts physiques, ainsi je restais crispé par cette attention, mal à l'aise. J'avais rarement osé demander à étreindre ma mère, à cause de sa santé, et avec mon père, ce n'était même pas la peine d'y penser. J'avais même été élevé de manière à trouver cela indécent. Et Senka avait toujours respecté cette coutume, pour ne pas m'embarrasser, jusqu'à aujourd'hui. Finalement, je me dis qu'elle trouvait sans doute cette retenue ridicule, et qu'elle attendait simplement le moment où j'aurais réellement besoin d'un calîn pour m'en offrir un. Et ce jour me semblait assez particulier pour que je l'accepte, que je le rende, même. Alors, un peu hésitant, je mettais mes bras autour d'elle aussi, ma tête sur son épaule, pour partager avec elle la chaleur que me procurait sa présence. Immédiatement, un grande mélancolie me submergea. Je me mettais à repenser sans raisons aux moments que nous avions passés ensemble, et il m'était de plus en plus difficile d'accepter le fait que j'allais partir à l'autre bout du monde. Mais il le fallait. Après un nouveau grondement insistant de la part de mon père, je me détachais finalement d'elle, et m'inclinais devant eux trois.

"-Merci pour tout ce que vous avez fait. Nous nous reverrons peut-être à Noël. Sinon, ce sera dans un an"

Prononcer ces mots me fut très difficile. Accepter de ne plus les voir pendant une année entière... c'était insupportable à imaginer. Finalement, je leur tournais le dos et rejoignais la voiture qui attendait de pouvoir m'emmener loin de mon foyer. Cet homme dont j'avais malheureusement les traits me scrutait, une moue affligée sur le visage, comme si j'étais à présent irrécupérable à ses yeux. J'embarquais sans un mot, pivotant sur la banquette arrière pour regarder une dernière fois cette famille qui me faisait rêver. Ils m'adressaient des signes enthousiastes pour me souhaiter bonne chance, mais malgré son sourire, je voyais bien que les yeux de Senka était humides. Le véhicule s'éloigna de plus en plus, et quand ils ne furent plus que trois points au loin, je me remettais droit à ma place, la cadeau d'adieu de ma meilleure amie sur les genoux. Je succombais finalement à la curiosité et défaisais soigneusement le nœud puis le papier soyeux. J'avais désormais une boîte en carton entre les mains, dont l'étiquette présentait un superbe appareil photo dernier cri, accompagné de son flash discret à utilisation facilitée. Je m'empressais de l'ouvrir et sortais avec délicatesse l'objet de son étui, l'observant sous toutes les coutures, passant mes doigts sur le relief du cuir et le doux contour de la lentille.

"-Oh, Senka..." furent les seuls mots que j'arrivais à prononcer.

En baissant les yeux, je vis que le paquet n'était pas encore vide. Au fond, affalé sur la notice d'utilisation, ma grue en papier gigotait faiblement, sans doute après avoir dû survivre au voyage. Je la sortais de sa prison, et la voyant toute froissée, j'entreprenais de lisser les plis laissés alors qu'elle essayait de sautiller. C'est là que je remarquais des mots inscrits, cachés entre le corps et l'aile. Quatre hiriganas s'y détachaient, de leur écriture ronde et légère, que je reconnue comme celle de Senka. Il me fallut les relire plusieurs fois pour comprendre vraiment ce qui était écrit.

C'était un mot, un simple mot, mais il me fit ouvrir de grands yeux et me retourner de nouveau vers la vitre derrière moi, comme si j'allais apercevoir mon amie une dernière fois. Mais nous étions déjà loin de chez moi, et la rue était vide, horriblement vide. Je me replaçais lentement, observant l'animal artificiel au creux de mes doigts, et là, pour de bon, je me mis à pleurer, en silence, serrant son dernier cadeau contre moi. J'étais en route, prêt à prendre le vol qui m'éloignerait de la personne qui venait de se déclarer à moi."




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Dernière édition par Kiku Honda le Sam 2 Avr - 13:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mer 30 Mar - 18:45









Voyage

1 septembre 1985






"I'm full of curiosity"




"Tout cela est comme un rêve. Je suis assis sagement dans le train qui me conduira enfin à l'école, mon carnet posé sur le livre d'Histoire de la magie que j'étais en train de lire pour la centième fois. Je me dis qu'alors que je suis si près du but, écrire mon entrée dans le monde de la magie était indispensable. Je trépigne d'impatience. Depuis hier, je n'ai eu à voir que des choses magnifiques. Mon vol en solitaire s'est bien passé, et j'ai profité d'être enfin seul pour me reposer au mieux avant de commencer mon périple. Presque 16 heures de vol, c'était largement suffisant pour rattraper mon sommeil en retard et me donner l'énergie nécessaire à ma découverte. J'étais gentiment tiré de mon sommeil par une des hôtesse pour me prévenir que nous avions atterri. Je m'émerveillais en voyant la vue, éclairée par le soleil matinal, par le hublot. Moi qui n'avais jamais quitté ma ville natale, ce simple aéroport anglais était le bout du monde pour moi. La ville était loin, et l'on apercevait qu'un paysage de verdure entourant cette construction humaine, mais ces arbres et ces champs avaient quelque chose d'irréel. J'étais enfin arrivé en Angleterre. Car pour rejoindre Poudlard en Ecosse, il me fallait me rendre à King's Cross, à Londres, pour prendre le train à destination de l'école. Cela me mettrait également sur la route du Chemin de Traverse, où j'étais censé acheter mes fournitures pour la rentrée. J'avais relu mille fois ma liste, mais bien des affaires à se procurer me paraissaient mystérieuses, comme certains ingrédients pour les potions, ou livres dont les auteurs m'étaient totalement inconnus.

Une fois descendu de l'avion, je récupérais quelques renseignements auprès du personnel pour me rendre facilement à Londres avec les sous que je possédais. Mon père avait effectivement vidé mes comptes, me donnant tous les sous qui étaient destinés à ma majorité, histoire que je puisse me débrouiller. Au moins, il ne souhaitait pas me voir devenir un gamin des rues démuni, c'était déjà ça. J'étais maintenant indépendant, et je devais apprendre à me débrouiller seul dans ce pays qui m'étais inconnu. Mais plus qu'une épreuve, cela ressemblait davantage à une folle aventure. Lorsque je vis enfin la capitale défiler par la vitre du bus, je ne regrettais pas de m'être tant battu pour partir. Les rues étaient bondées en cette fin d'été, les habitants vêtus de manière très simple, comme je l'imaginais. T-shirt, shorts pour résister à la chaleur, rien à voir avec les kimonos de rigueur chez moi. Les boutiques me paraissaient toutes incroyable, même le plus simple restaurant. Je m'excitais surtout à la vue des fameux pubs anglais dont j'avais tant entendu parler, à l'allure si kitsch et traditionnelle, et m'empressais de les prendre en photo. J'abandonnais finalement le transport en commun pour me balader dans les rues. L'architecture était splendide et je restais bouche bée devant tout ce que je voyais: statues, fontaines, artistes de rue... Tout était soigneusement enregistré dans ma pellicule à mesure que je découvrais les alentours. Un autre détail attira également l'attention de mon viseur... J'étais embarrassé de voir marcher devant moi deux adolescents qui se bécotaient sans aucune retenue. Quelle indécence, je me disais en premier lieu! Puis, à bien les observer, je me rendais compte que l'un comme l'autre, il semblait n'en avoir rien à faire du regard des autres. Même, les passants n'y faisaient pas attention, comme si c'était normal. Peut-être étais-je le seul gêné par cela, car que je venais de l'orient? De plus, ces deux-là semblaient rayonner, heureux de partager ce moment avec l'autre. Je ne pouvais détacher mes yeux de leurs deux silhouettes collées l'une à l'autre, comme si les séparer les aurait tués sur le coup. Cela ressemblait donc à cela, lorsqu'on montrait ses sentiments à la face du monde? Je trouvais cela... très beau. Rien que les regarder, je me sentais moi aussi un peu plus joyeux, quelque chose me réchauffait le cœur. Sans même prendre conscience de ce que je faisais, je levais mon appareil vers eux et appuyais sur le déclencheur, provoquant un grand flash qui les fit sursauter et se retourner. Confus, je balbutiais en m'excusant, alors que le cliché faisait tranquillement son chemin vers la sortie. Je leur tendais en leur demandant encore de me pardonner, mais il se moquèrent juste gentiment de moi en me disant que je pouvais la garder, que ça ne les dérangeait pas. Je restais sans voix alors qu'ils laissaient là, et regardais la photo restée dans ma main. Elle était sublime, avec le contre-jour qui baignait les deux sujets d'un halo éclatant. La pensée me vint qu'avec tout les polaroids que j'avais, il faudrait que je m'achète vite un album pour pouvoir les conserver sans craindre de les abîmer. Surtout si je parvenais à reproduire la beauté de celui que je venais de développer... Je ne sais pas si un quelconque dieu m'a entendu, mais je retrouvais sur ma route de nombreux autres couples tout aussi mignons qui firent de parfaits modèles. C'était si fréquent dans ce pays, que je me retrouvais bientôt avec presque autant de clichés d'amoureux que de ma visite dans cette nouvelle ville.

Finalement, lorsque l'après-midi arriva, je me mis en quête du fameux Chemin de Traverse. Dans ma lettre était indiqué l'adresse d'un bar appelé le Chaudron Baveur, dont l'arrière cour donnait directement sur l'accès à la rue. J'en profitais pour réserver une chambre pour la nuit, et après que le gérant m'ait donné le code pour ouvrir l'entrée, je m'empressais de rejoindre la sortie de service, où on entassait les poubelles, et où se dressait un simple mur de pierre. Apparemment, il fallait utiliser la magie pour ouvrir le passage, mais j'y parvenais sans trop de mal, tapotant du doigt les briques qu'on m'avait indiquées. Les pierres se séparèrent alors les unes des autres pour former une arche qui me dévoila enfin le monde dans lequel j'avais été accepté. La longue route pavée m'accueillait dans un brouhaha rafraîchissant, une foule massive en occupant la longueur à perte de vue. De nombreux groupes débordaient des magasins, se pressaient aux entrées, ou échangeaient leurs trouvailles en plein milieu du sentier. Je trouvais cela exaltant, mais tant de monde et d'agitation m'intimidait. J'avançais à petits pas, et manquais de me faire renverser par deux garçons qui se suivaient en caracolant. Le dernier s'excusa sans même se retourner, continuant sa course. Désemparé, la main sur la poitrine, je m'écartais de la zone dangereuse, me mettant à la fin d'une file qui semblait mener droit vers la libraire, là où devaient se trouver tous mes ouvrages.

Je passais une fin de journée merveilleuse. Je feuilletais des livres gros comme des pavés pendant des dizaines de minutes, avant de me faire réprimander par la vendeuse, qui me demandait d'acheter quelque chose, ou de partir -ce n'était pas une bibliothèque, après tout-; j'observais en vitrine les balais volants lustrés et taillés au centimètre près, rêvant de monter dessus et de faire des loopings comme les joueurs sur les affiches mouvantes; je fixais en grimaçant les étranges spécimens enfermés en bocaux à la boutique de potion; je dégustais des glaces aux goûts complètement extravagant au commerce Fortarôme... Quand je pensais avoir tout découvert, j'étais de nouveau étonné par quelque chose. Mais mon moment préféré fut celui où j'avais enfin ma baguette en main. J'en avais essayé une bonne dizaine, et après avoir explosé un vase, renversé une étagère, et manqué de faire brûler les cheveux du vieillard qui tenait le magasin, il me donna finalement un bâton en bois de cerisier -ce qui me paru un heureux hasard-, contenant du ventricule de dragon, et d'une longueur de 27 centimètres, assez rigide. Cette fois, au lieu d'une imminente catastrophe pour laquelle je devrais m'excuser en m'inclinant, des tiges et des fleurs rougeoyantes en sortirent, avant de disparaître dans un nuage d'étincelles. Une douce chaleur parcourait mes doigts et je me sentait soudain en confiance, avec ce simple bout de bois dans la main. Comme si elle allait devenir ma partenaire pour la vie. Ce que je pensais être une coïncidence n'en était en réalité pas une. Le gérant m'informa que c'était la baguette qui choisissait son sorcier, et que ce type d'arbre donnait lieu à des instruments très puissants, une fois entre de bonnes mains. Cela eut le don de me rassurer sur mes aptitudes et ce que j'étais capable d'accomplir en étudiant la magie. Une fois mes achats terminés, mes bras encombrés de paquets pleins à craquer, je retournais à regret dans le pub miteux, posant tout ça dans ma chambre. Je passais ensuite la soirée à examiner ou lire ce que j'avais acheté, en oubliant presque de manger. Je me servais aussi de ma baguette pour essayer des petits sorts de base, et rendre mon appareil photo plus discret, avec un Assurdiato. Mais je sentais très vite la fatigue me rattraper, ma première journée en tant que sorcier n'ayant pas été de tout repos. Je me couchais vite, le sourire au lèvres.

Ce matin, j'étais debout deux heures avant l'heure du rendez-vous. Mon train partait à 11 heures précises, mais j'avais largement le temps de rejoindre la gare à pieds. J'en profitais pour prendre quelques dernières photos avant de quitter l'Angleterre. C'était maintenant l'envie de découvrir l'Ecosse qui naissait en moi. Je rencontrais cependant un problème... Mon billet indiquait que je devais me rendre à la voie 9 3/4... Hors, il n'y avait aucun quai portant ce numéro. Je restais malgré tout entre les voies 9 et 10, espérant qu'un autre enfant sorcier serait dans le même cas que moi, et pourrait éclairer ma lanterne. Je croisais finalement une famille de trois enfants blonds, dont un qui avait les cheveux dressés sur le crâne. Ils m'indiquèrent qu'il fallait courir entre les deux voies, jusqu'à la barrière, pour passer au travers. Cela me paru aberrant en premier lieu, alors l'aîné fonça vers le mur pour me faire une démonstration. Je fus stupéfait de le voir disparaître sans aucun carambolage. Le train pour Poudlard se trouvait donc de l'autre côté! Un peu anxieux tout de même, j'entreprenais de faire la même chose, fonçant droit vers les briques rouges en fermant les yeux, de peur que leur vue  ne m'oblige à freiner. J'accédais enfin à l'autre côté, et une splendide locomotive rouge était là, crachant sa fumée au dessus des élèves qui se pressaient en tout sens pour dire au revoir à leur famille avant de monter à bord. Bien que je n'ai personne à saluer, je patientais à l'écart des familles, et quand enfin, le quai fut presque vide d'enfants, ne laissant que les parents et les plus jeunes qui ne pouvaient pas encore monter, je sautais das le wagon et je marchais jusqu'à la dernière voiture, pour avoir plus de chances de dénicher un compartiment vide. Comme je l'avais espéré, jusqu'au départ, personne ne me rejoignit. Ce n'était pas que je ne voulais pas rencontrer de nouvelles personnes au collège, au contraire! J'avais hâte de me faire de nouveaux camarades. Mais je préférais d'abord les observer avant de m'en approcher, histoire d'éviter les impairs. De plus, je n'était pas originaire de ce pays, alors mon anglais avait encore des lacunes que j'espérais combler au plus vite. À l'aise dans ma cabine isolée, j'ai finalement sorti un livre en attendant de voir défiler le paysage par la fenêtre. Plus que quelques heures... Et enfin, je pourrais passer les murs de l'école dont ma mère m'avait tant parlé. J'aimerais pouvoir faire un bond dans le futur."




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Sam 2 Avr - 1:43









Nouveau chez-soi

1 septembre 1985






"The stars come out, and all that counts is here and now"




Rp relatif à cette date:
 

"Apparemment, je faisais fausse route en pensant que je pourrais passer ma première soirée à Poudlard sans parler à personne. La phase d'observation ne s'est pas exactement passée comme je l'espérais. J'avais prévu de faire un repérage des personnes à éviter, et de celles que je pourrais approcher une fois réparti dans ma maison, mais je n'ai pas eu à attendre jusque là pour rencontrer mon premier camarade. Puis, c'est une fois les couleurs de ma nouvelle famille enfilées que j'ai fait la connaissance d'un autre de mes futurs confrères. Dois-je être inquiet ou non, de m'être lié si vite à eux-deux, je ne saurais le dire.

Le premier est un italien du nom de Feliciano. Je l'ai croisé juste après être descendu du train, alors que je venais de prendre une des plus belles photos depuis mon arrivée en Europe... qui s'est malheureusement envolée, grâce à l'intervention de ce même italien. Il s'est agrippé à ma robe de sorcier et m'a surpris alors que je croyais être seul, et dans la confusion, alors que j'essayais de comprendre ce qu'il me disait dans sa langue natale, mon cliché m'a échappé des mains et s'est enfui au grè du vent. Belle entrée en matière! Contrarié, j'ai laissé cet énergumène là où il était, et j'ai rejoint le rang. Mais il n'a pas mis longtemps à me rejoindre comme si nous étions amis, pour se présenter et me demander mon nom, se fichant de si j'étais d'accord ou non. Par politesse, je l'ai fait, bien sûr. Mais j'espérais bien ne pas devoir traîner trop longtemps avec cet enfant surexcité. Pourtant, une fois atteinte la berge qui nous lancerait sur le lac pour nous mener au château, il perdit son enthousiasme en voyant la pénombre qui nous entourait. Par habitude, je le rassurais. Je préférais avoir à mes côtés un garçon bruyant mais joviale, plutôt qu'effrayé par des monstres imaginaires. Et puis il ne semblait pas méchant. La perte de mon polaroid n'était qu'un accident, et bien que je le regrettais car c'était une véritable perle rare, je n'allais pas lui en vouloir éternellement. De plus, notre découverte du voyage sur l'eau et de la vision du collège nous fit oublier tous les malentendus. Je ne suis même pas sûr de parvenir à décrire à quel point c'était magnifique. Les tours étincellaient, hautes et majestueuses, comme si elles voulaient toucher le ciel, et la surface du lac sur laquelle nous naviguions reflétait les milliers d'étoiles au dessus de nous. J'avais l'impression d'entrer dans un monde totalement onirique, imaginaire. Mais le plus beau, davantage encore que la vue de l'école ou les astres sous nos barques, était que tout cela était réel.

J'étais tellement pressé d'arriver dans la Grande Salle que j'avais tant de fois imaginée que le chemin jusque là me sembla interminable. Mon camarade semblait dans un état, si c'était possible, encore plus fébrile que le mien, me secouant toutes les cinq minutes dès qu'il apercevait quelque chose qui sortait un peu de l'ordinaire. Les figures de sorciers célèbres qui bougaient et nous lançaient des clins d'oeil depuis leur tableau, les armures luisantes qui nous saluait en faisant claquer leurs armutures, et même les silhouettes fantômatiques qui se baladaient dans les couloirs. Ayant lu l'Histoire de Poudlard juste avant de descendre du train, je savais que tout cela n'avait rien d'extraordinaire dans cette école. Les différentes maison comptaient chacune un spectre censé les représenter, en plus de l'animal qui en était le symbole. Je me rendais aussi compte que malgré mon impatience, plus nous approchions de la cérémonie d'entrée, plus j'étais anxieux. Impatient, mais en même temps terrorisé à l'idée de ce qui m'attendait. Mais trop tard pour faire marche arrière, car nous atteignons déjà les deux portes battantes donnant accès à l'immense salle dont on entendait déjà la brouhaha intérieur. Nous étions accueillis par la principale adjointe, qui nous expliqua en quelques mots le système des différentes maisons et des points que l'on pouvait leur faire gagner pour leur permettre de reporter la coupe de fin d'année. Cela me paraissait clair, et j'espérais pouvoir être de ceux qui redoreraient le blason de leur cast.

Enfin, elle fit ouvrir les portes, nous faisant entrer pour la première fois dans la salle ou nous passerions nos repas ou même nos heures de liberté. En voyant la foule d'autres élèves plus âgés se tourner vers nous dans une parfaite synchronisation, je levais aussitôt les yeux pour contempler le plafond. Comme je m'y attendais, c'était splendide. Le ciel de l'extérieur semblait s'être faufilé sous la voute, décoré de millier de bougies qui brillaient d'une lueur chaude. À marcher ainsi la tête levée, je manquais de trébucher sur ma robe, mais parvenais à rester droit avec l'aide de l'italien qui trottinait toujours à mes côtés avec un sourire émerveillé. Enfin, nous étions placés face à l'estrade, où reposait un petit tabouret couronné d'un chapeau vieillot et rapiécé par endroit. Je savais déjà de quoi il s'agissait. C'était le couvre-chef parlant qui allait décider de la maison dans laquelle nous serions répartis. J'étais tellement inquiet que je ratais un bon nombre des élèves répartis. Enfin, quand on appela mon nom, je montais mécaniquement sur les planches, marchant comme un pantin de peur de faire un faux-mouvement et de me ridiculiser maintenant que toute l'attention des autres adolescents étaient fixée sur moi. Mais rien ne me fit obstacle, cette fois, et je m'asseyais rapidement, prêt -ou presque- à recevoir mon affectation. À ma déception, cela ne dura qu'une seconde. Le chapeau avait à peine effleuré ma tête, que le verdict tombait déjà. Serdaigle, la maison des érudits, des travailleurs. Cela ne m'étonna pas. Je n'avait rien de courageux, rien d'ambitieux, et j'avais si peu d'amis qu'on ne pouvait me définir comme quelqu'un de loyal. Alors que le travail et les études avaient toujours fait partie de ma vie. Ici, mes connaissances moldues ne me seraient d'aucune utilité, mais j'avais bon espoir que mon assiduité me permette tout de même d'atteindre le rang des premiers.

Je rejoignais ma table, où les élèves vêtus de bleu et bronze m'accueillirent en m'applaudissant, puis me tournais de nouveau vers les premiers années pour guetter l'assignation de Feliciano-kun. Au fond de moi, j'avais l'espoir qu'il soit aussi placé à Serdaigle, ainsi je n'aurais pas à recommencer du début pour me faire des connaissances. Malheureusement, il fut mis à Poufsouffle, ce qui me parut aussi un choix logique. Je n'insinue pas qu'il n'a pas l'air studieux, mais simplement que son côté jovial et gentil ressortait davantage lorsqu'on lui parlait. Etant l'un des seuls élèves à avoir rejoint la maison des aiglons -car très peu d'être nous avaient été mis là-, j'étais accosté dès le début du repas, qui soit dit en passant, était apparu comme par magie dans nos assiettes -je sens que je vais souvent employer cette expression, "comme par magie-, j'étais abordé, donc, par quelques autres étudiants, dont le préfet de la maison, que je m'empressais de saluer avec une courbette. Le reste de la soirée se fit dans le bruit et la bonne humeur, mais étrangement, l'agitation ne me dérangea pas, cette fois. Je me sentais à ma place, enfin.

Apparemment, un couvre-feu était de rigueur, car on nous demanda vite de regagner nos dortoirs à la fin du banquet. Cela me convenait, puisque j'avais hâte de découvrir ma salle commune, ainsi que les enfants avec lesquels j'allais partager ma chambre. Et c'est une fois dans la-dite chambre que je rencontrais le deuxième élève important de la journée. Nous étions cinq dans ce dortoir-là. Mais la plupart de mes camarades ne semblaient pas très avenants. Il y avait déjà un garçon assez grand, blond et avec des lunettes, qui semblait avoir un peu de mal à s'exprimer normalement, et répondant au nom de Berwald. Mais le regard scrutateur qu'il me lança m'intimida grandement, alors je décidais d'attendre un peu avant de venir lui parler. Le deuxième, un jeune de ma taille, au visage recovert d'un amas de mèches rebelles et nommé Lewis, ne me sembla pas plus amène car il observa en entrant la chambrée d'un oeil blasé, avant de s'installer sans aucune gène sur le premier lit venu, sans même se déshabiller. J'étais aussi surpris de retrouver le garçon qui m'avait indiqué comment accéder à la voie 9 3/4 à King's Cross, soit Wilhelm. Mais il ne parut pas me reconnaître et déballa ses affaires dans son coin, comme s'il n'en avait rien à faire de nous. Cela ne s'annonçait pas très bien. J'avais déjà vu trois sur quatre des élèves qui allaient partager le dortoir avec moi pour les années à venir, et aucun ne me semblait pour le moment digne de confiance. C'est là que le dernier des Serdaigle installé dans cette pièce s'approcha de moi, sans hésitation, et me tendit la main.

"-Moi, c'est Ludwig Beilschmidt! Enchanté!" déclara-t-il pompeusement.

Il bombait le torse d'un air arrogant, comme s'il estimait que c'était un honneur pour moi de lui serrer la pince -il paraissait avoir de l'ego... beaucoup d'ego. Il arborait un air fier et sous ses mèches en bataille, je devinais la présence d'un sparadrap. Cela tira aussitôt le sonnette d'alarme dans ma tête, et je me demandais s'il s'était battu avant de venir ici. J'espérais que ce n'était pas l'un de ces enfants qui démarraient au quart de tour et se bagarraient à la moindre occasion. Par politesse, j'acceptais tout de même de saisir sa poigne, bien décidé à éviter de m'approcher de lui de trop près. Mais il ne me laissa pas de repos, car, alors que je déballais mes affaires pour les ranger, il commença à me poser toute sorte de questions. Comment je m'appelais, d'où je venais, et de quel statut était mon sang. Contrarié par cette dernière interrogation, je lui demandais froidement quelle importance cela pouvait bien avoir. Etait-il ce genre de sorciers qui pensaient que la pureté du sang avait un quelconque enjeu dans les capacités? Il se contenta de hausser les épaules et éluda en se mettant à raconter sa propre vie. Il m'informa qu'il venait d'Allemagne -ce qu'il s'attendait à ce que je trouve cool, visiblement-, qu'il avait 5 chiens -cette fois, je fus impressionné-, et qu'il était de sang pur. J'ignorais totalement ce dernier point et me présentais à mon tour. Il avait l'ai ravi de se lier d'amitié avec quelqu'un d'aussi posé que moi, mais dans mon esprit, nous n'étions pas encore vraiment amis. J'étais simplement anxieux à l'idée qu'il me casse le nez si je refusais d'accepter sa compagnie. Je suis donc resté docile et ai continué de ranger mes effets personnels. Il semblait très content d'avoir déjà pu s'attirer l'admiration de quelqu'un, et je ne tentais pas de le contrarier en le faisant redescendre sur terre. Malgré son enthousiasme, il me semblait me souvenir d'un détail, alors je me tournais vers lui:

"-Oh... Je me souviens. C'est toi qui avait l'air attérré de ton affectation à Serdaigle, je me trompe?"

Je me rappelle clairement ses joues livides à l'entente du nom de sa maison, qui n'était apparemment pas celle qu'il avait souhaitée. S'il avait pu se rouler par terre pour faire changer le chapeau d'avis, il ne se serait sûrement pas gêné. Mais il avait sans doute trop d'honneur. Son visage perdit des couleurs peu à peu et il se détourna de moi en faisant la moue, lâchant un grognement. Visiblement, j'avais visé juste. Peut-être avait-il souhaité être réparti ailleurs mais que le Choixpeau n'avait pas exaucé son voeu... Cela ne me concernait pas, et je me méfiais toujours de lui, mais... Il avait fait l'effort de m'aborder pour engager la conversation. Je me devais de lui en être reconnaissant. Alors je revenais vers lui, et m'excusais:

"-... Pardonne-moi. Cela a dû être pénible pour toi. Je ne voulais pas te contrarier"

Je faisais une courbette pour montrer que j'étais réellement navré. Il m'observa faire, sceptique, puis lâcha un soupire en me répondant que ce n'était rien. Je décidais de m'arrêter là pour ce soir, pour éviter un autre malentendu. Mais je lui souhaitais tout de même bonne nuit avant d'aller me changer à la salle de bain et de me mettre au lit pour écrire. J'ai le sentiment que malgré ma première impression sur Ludwig, lui et moi risquons souvent de nous retrouver ensemble. Un intuition, sans doute."




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Dernière édition par Kiku Honda le Sam 3 Déc - 11:16, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Lun 4 Avr - 23:07









Envol

23 novembre 1985






"One day I'll fly away"




Rp relatif à cette date:
 

"Je ne pensais pas qu'en seulement trois mois, Ludwig-san et moi deviendrions si proches. Il est difficile de nous séparer lors des cours, et même nos repas doivent se passer en la compagnie de l'autre. Au départ, cela se faisait surtout contre ma volonté. L'adolescent était souvent orgueilleux, bagarreur, et s'attirait fréquemment des ennuis avec les autres élèves. Et comme par hasard, j'étais toujours dans les parages dès qu'il avait des problèmes. Ainsi, j'étais parfois impliqué dans le combat, ou j'étais forcé de le rapatrier au dortoir à la fin de la bataille, pour éviter de laisser son cadavre traîner dans les couloirs. Il était sans cesse très fier de lui, disant qu'il s'était battu jusqu'au bout, et que cela lui conférait une certaine forme de victoire. Pour moi, il venait juste de se faire étaler par plus grand que lui. Je trouvais cela simplement exaspérant. Mais presque chaque jour se reproduisait le même cirque, et j'avais l'impression que le destin se moquait de moi à force de le mettre sans cesse sur ma route.

C'était d'autant plus agaçant que le contraste entre le Ludwig en cours et celui hors de classe était saisissant. Devant les professeurs, il était toujours très poli, studieux, et on ne pouvait rien lui reprocher, même pas d'être un fayot. J'en venais même à penser que l'allemand devait avoir un double ou un jumeau, qui prenait sa place lors des leçons auquelles il refusait d'assister. Il n'y avait pas d'autre explication possible. Mais non, c'était bel et bien lui. Le seul "clone" que l'on lui connaissait était son grand frère, Gilbert-san, d'un an son aîné, qui était aussi modeste que son cadet -c'est à dire, pas vraiment. À eux deux, ils formaient un duo de grosses têtes qui m'affligeait, mais qu'en dépit de tout, je n'arrivais pas à détester. Malgré le peu de tact dont j'avais fait preuve lors de notre premier jour à Poudlard, Ludwig-san avait fini par me raconter le pourquoi de sa déception lors de la répartition. Depuis qu'il avait su qu'il viendrait dans cette école, il avait souhaité plus que tout aller à Serpentard, pour être aux côtés de son frère et le rendre fier de lui. Il avait étudié avec des efforts inconsidérés, pensant que cela montrait sa détermination, son ambition à devenir un sorcier puissant. Mais le Choixpeau avait visiblement interprêté cela d'une autre manière, et l'avait placé chez les studieux. Je trouvais que cela lui convenait bien mieux, mais avait bien retenu de lui faire ce commentaire. Je préfèrais largement le Ludwig-san assoiffé de connaissances à celui assoiffé de pouvoir et de compliments.

Je le montrais malgré moi, conversant avec plaisir lors de nos séances de devoirs, et lui lançant de regards compréhensifs en classe lorsque nous savions tous deux la réponse à une question et avions levé la main en même temps, ou encore des hochements de tête de remerciement lorsqu'il me sauvait la mise sur un sujet que je ne maîtrisais pas. De plus, il me racontait tout ce qu'il savait sur le monde de la magie, dont je n'avais pas encore entendu parler, et me fit goûter à des choses inconnues, comme les patacitrouilles ou les dragées surprises de Bertie Crochue -il était tombé plusieurs fois sur le goût cire d'oreille, alors que je n'avais eu que des parfums agréables, mais le suspens de savoir ce qu'il avait pioché l'amenait toujours à réessayer. Contrairement à ma volonté première qui avait été de l'éviter comme la peste, j'en suis venu à apprécier sa compagnie, et même à me confier à lui, comme si c'était naturel, ou que nous nous connaissions depuis longtemps. J'ai même fini par lui parler de mes origines, ce qui au départ me faisait frémir. À l'inverse de ce que je pensais, Ludwig-san ne jugea pas mon statut de naissance. Il s'intéressa même à ce que je racontais de ma vie au Japon, trouvant étranges certaines coutumes, et d'autres amusantes. Quand je commençais à lui conter l'histoire moldue, ses yeux se mirent à briller, en particulier lorsque je lui parlais des armes à feux et des uniformes militaires, qu'il qualifia de cool. Pour moi, c'était plutôt quelque chose d'affreux, mais j'avais du mal à lui faire comprendre qu'une chose aussi incroyable pouvait aussi causer énormément de souffrance. Quand il m'interrogea sur mes parents, je l'informais de l'absence de pouvoir magique chez ma mère, ce qui le mit mal à l'aise, puis... de la séverité de mon père. Il ne sembla pas surpris, car son "Vati" l'était aussi, mais il voyait bien que je ne disais pas tout et que ce que j'avais subi n'avait pas grand chose à voir avec ce que lui avait vécu. Pour faire court et répondre à sa curiosité, je lui répondais simplement:

"-Dans la vision que mon père a du fils parfait, je suis censé travailler sans relâche, sans repos, être premier partout, et ne jamais me plaindre. Je dois souffrir en silence, et ne jamais chercher la reconnaissance, ni me vanter d'avoir accompli quoi que ce soit. Je ne travaille pas pour moi-même, mais pour les autres. Et ces autres ne me féliciteront jamais, car ce que je fais est naturel et n'a rien d'extraordinaire"

Ludwig-san trouva cela choquant et ridicule. À quoi bon s'acharner à bosser si c'était pour n'en retirer aucun bénéfice? Je lui répondait que je ne savais pas. Il haussa les épaules sans comprendre et m'informa qu'il trouvait les moldus illogiques et très bizarres.

Le cours de vol de ce matin me semble être le moment où je lui ai le plus ouvert mon coeur. C'était très étrange, car je suis du genre à rester très secret, à ne pas étaler mes problèmes. Mais lorsque quelqu'un m'incite à me délivrer de ma pensée, cela me fait un bien fou. J'ai besoin que l'on me pousse à faire les choses pour avoir le courage d'être sincère. Ludwig-san, ou même Senka, me rabachaient sans cesse qu'il était normal de vouloir parfois se libérer d'un poids qui nous encombrait les épaules, et de le partager avec d'autres. Je me refusais à imposer ce fardeau à mes amis, qu'il s'agisse de l'allemand, de Feliciano-kun, ou de notre préfet, Roderich-sama. Mais je n'ai pas pu m'en empêcher ce matin.

Je déteste le vol. Sincèrement. J'avais été horriblement déçu d'apprendre lors de notre première leçon que non seulement je n'étais pas doué pour monter, mais que je souffrais de sucroît d'un vertige qui me donnait le tournis à un mètre du sol. Ludwig-san n'était pas meilleur que moi, et passait son temps à tomber du manche avant même d'avoir dépassé ma taille. Les autres serdaigles prennaient un malin plaisir à s'en moquer. Enfin un matière dans laquelle nous n'étions pas les premiers! Mais aujourd'hui, les voix qui nous raillaient d'ordinaire ne nous sont pas parvenues. Tout simplement car nous n'avons pas assisté au cours. Oh, nous y sommes allés, en élèves sérieux que nous sommes, nous avons gardé nos balais en main, et nous n'avons pas quitté le terrain. Nous sommes simplement allés nous cacher dans la forêt toute proche pour que le professeur oublie un peu notre existence, qui de toute manière était une insulte à sa profession. Nous sommes si lamentables que Mme Alkaev passait les cours à s'occuper de nous, laissant les autres étudiants virevolter à leur aise dans le ciel. Une honte pour nous, qui savions tout faire sans aucune aide d'habitude. Alors nous avons pris nos jambes à notre cou et nous sommes partis. J'étais anxieux à l'idée d'être découvert, mais l'excitation de cette escapade me donnait des ailes et me faisait oubier la punition qui nous tomberait sûrement dessus une fois ramenés dans le droit chemin.

Enfin à couvert, j'ai réprimandé mon camarade à la place de notre institutrice, mais ma phrase amorcée s'est vite retrouvée innachevée en découvrant non loin un splendide bouquet d'asphodèles. J'ai encore honte de penser à l'enthousiasme débordant que j'ai montré à mon ami en contemplant une simple fleur. Mais dans mon esprit, elle représentait mille fois plus que cela, et je ne me suis pas gêné pour débiter tout ce que je savais sur cette variété. Il sembla comprendre mon contentement, car il me complimenta, ce que j'interprêtais malheureusement de la mauvaise manière. Dans mon esprit, je venais de me montrer commme un vantard, prétendant être plus intelligent que lui, alors que je savais que c'était faux. Je ne suis rien du tout à côté de lui. Immédiatement, il m'a stoppé dans mon élan, me réprimandant d'un voix forte, qui me fit rentrer un peu plus dans ma carapace. Mais cet air bourru et brusque était naturel chez lui, et en réalité, tout ce qu'il souhaitait était de me relever, une fois de plus. Il m'a ordonné de lever la tête, d'être fier, m'a dit que j'étais génial -ce qui est très agréable à entendre, mais faux, malheureusement; je ne serai jamais aussi génial que lui. Et pour m'achever, il a remis en question l'éducation que mon père m'avait donné. Il l'a insulté, même! J'étais d'abord horrifié, mais au fond... je sais qu'il a raison. Oui, mon père est un homme horrible, et oui, il ne sera sans doute jamais satisfait des efforts que je fais pour lui être digne. Mais je me raccrochais à cet espoir pour me donner la motivation nécessaire à mon travail. J'avais besoin de suivre un modèle, une lumière dans l'obscurité qui m'aiderait à trouver le chemin à prendre... Et c'est là que Ludwig-san me l'a donnée. Je devais travailler, faire de mon mieux, non pas pour les autres, mais pour moi-même... Pour mon avenir. Je trouvais cela égoïste, mais tout mon être me hurlait que c'était ce qu'il fallait faire. Que je devais renoncer à courir après ce parent qui ne me verrait jamais. Mais je ne pouvais accomplir cela seul. Alors j'ai regardé Ludwig-san droit dans les yeux, lui affirmant que j'aurais besoin de son aide. Et il n'y avait aucune hésitation dans sa voix, lorsqu'il a prononcé les mots qui resteront sans doute accrochés à mon coeur toute ma scolarité:

"-Je t'aiderai à devenir toi même. Et pas ce que ton père aimerait que tu sois. Je ne suis pas ami avec une marionnette, mais avec Kiku Honda"

Finalement... l'avoir pour meilleur ami ne serait pas si mal"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Lun 4 Avr - 23:53









Sentiments passagers

12 octobre 1987






"Love is blind"




Rp relatif à cette date:
 

"Ludwig-san est bizarre en ce moment. Dans le bon sens du terme, je suppose. Dès que nous sommes ensemble, il a toujours ce visage béat, bien qu'il ne le montre pas, et s'empourpre très facilement, sans raison. De plus, il ne cesse de me parler des personnes dont il s'éprend, et qui ne durent jamais plus d'un mois. Il prétend que c'est simplement moi qui suis heureux, et qui voit ainsi les autres autour de moi d'un œil plus optimiste. Je remarque plus facilement lorsqu'ils sourient, ou sont contents de quelque chose. Et pour entretenir cette état d'esprit, je dois passer le plus de temps possible avec mes amis, selon lui. Ludwig-san est la personne parfaite pour cela. J'ai beaucoup d'autres camarades, que j'apprécie plus ou moins, bien sûr, mais l'allemand est mon meilleur ami, celui qui me comprend le mieux, et avec qui je passe le plus clair de mon temps au quotidien. Il n'est peut-être pas le meilleur pour faire des blagues ou parvenir à m'arracher un rire, mais être en sa présence m'apaise. Etudier avec lui me donne du courage et pour rien au monde je ne voudrais que les années nous séparent."




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Mar 5 Avr - 18:17









Musclé!

1 septembre 1989






"I can't stop 'til the whole world knows my name"




Rp relatif à cette date:
 

"Une petite note pour une grande nouvelle. Visiblement, Ludwig-san est parvenu à atteindre l'objectif qu'il s'était fixé il y a deux ans. En deux mois, il a fait du sport et s'est entraîné au point de maintenant avoir la carrure d'une armoire à glace. Enfin, c'est mon avis. Je suis plutôt petit, alors je le visualise sans doute comme plus impressionnant que les autres. Cela m'a fait un choc de le découvrir ainsi. Je ne l'avais pas vu lors de la répartition des premières années, et je me demandais où pouvait bien être passé mon meilleur ami. Je ne l'ai retrouvé qu'au dortoir, me demandant qui était ce géant qui s'était visiblement trompé de chambre. Quand il m'a dit que ce n'était que lui, j'ai eu du mal à y croire. Il n'a plus grand chose à voir avec le petit garçon aux cheveux en bataille que je connaissais, qui rivalisait difficilement avec les plus grands lorsqu'il s'agissait de se battre. Maintenant, ses ennemis n'ont qu'à bien se tenir! Car il n'a pas seulement grandi et pris des épaules, il a aussi acquis une force non négligeable! Désormais, impossible que je fasse le poids, même avec les bases d'arts martiaux que je connais...
Étonnamment... Je trouve que ce nouveau corps lui va plutôt bien. Sans arrière pensée, il correspond bien plus à son caractère fier et son désir de montrer sa supériorité, bien que ce ne soit pas la partie de sa personnalité que je préfère. Il a mué et obtenu une voix grave et suave, et il tire même ses cheveux en arrière, ce qui dévoile mieux sa mâchoire carrée et son regard intimidant. C'est drôle, mais je trouve cela plutôt

...Bizarre, je n'arrive pas à compléter cette phrase. Plus tard, peut-être"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Ven 8 Avr - 13:45









Marqués

3 mai 1990






"It was just fine, we lived in peace, looked to a happy ending"




"La peur et la panique s'emparent peu à peu de Poudlard. Je ne sais pas exactement quand cela a commencé. En ce qui me concerne, j'ai compris que quelque chose clochait le matin où un élève de notre maison a été retrouvé dans les couloirs. Son cadavre. Mort.

L'événement est survenu de manière si brutale, si inattendue, qu'aucun de nous n'a pu y croire. Rien ne nous avait préparé à ça. Notre camarade avait apparemment violé le couvre-feu, et voilà comment cela avait fini. Cette punition allait au delà de ce qu'il méritait. Un discours a été prononcé par le directeur lors du petit déjeuner, ne nous éclairant pas plus sur ce qui avait pu causé cette horrible incident, et nos cours ont été annulés pour la journée. Mais cela ne faisait que rendre les choses encore plus difficiles. Privés de distractions, nous avions le loisir de nos morfondre tout notre saoul. Certains, qui connaissaient la victime, restaient avec leurs amis pour se consoler, ou au contraire demeuraient cloîtrés dans leur dortoir pour que personne ne les voit pleurer. Personnellement, je ne connaissais pas beaucoup la personne qui a été tué. Je lui avais parlé une ou deux fois, sans plus. Nous n'étions rien d'autre que des connaissances. Je sais qu'il était impossible de prévoir ce qui est arrivé, mais je regrette de ne pas avoir cherché à en apprendre davantage sur lui. Ludwig-san m'a dit que l'on n'y pouvait rien, qu'il était impossible de connaître chaque élève de notre maison, mais cela ne calmait pas mon chagrin.

Nous pensions tous à un accident, une malheureuse erreur, car il ne nous avait été donné aucune précision exact sur son trépas. Ainsi, nous envisagions tous la solution la plus optimiste. Ce serait une affaire classée, sans suite. Mais nous nous bercions d'illusions. Ce soir-là fut annonciateur de choses bien pires encore. Alors que nous reprenions peu à peu notre vie habituelle mais paisible, un autre élève a montré des signes d'une violence jamais vu. Le petit ami d'Arthur-san, Francis-san, a eu une sorte de crise. Il semblait possédé, de corps comme d'esprit, par une marque noire et sinueuse qui s'étendait dans son dos. Il s'est soudain mis à hurler dans la Grande salle, sans aucune raison, puis a commencé à attaquer les autres étudiants autour de lui, dont son petit-ami, lui infligeant un Doloris. Une fois encore, aucun de nous n'a compris ce qu'il s'est passé, mais toutes les personnes présentes ont tenté de l'arrêter, de l'immobiliser par la force s'il le fallait. Une fois la marque disparue d'elle-même, l'adrénaline qui nous avait permis de garder notre calme a laissé place au choc et à l'effroi. Que venait-il de se passer, exactement? Personne ne parvenait à comprendre. Encore une fois, nous espérions que les événements s'arrêteraient là, mais nous avons compris à quel point la situation était sérieuse lorsque deux membres du ministère de la magie sont venus interroger les élèves pour savoir ce qu'il s'était passé. Aucune précision ne nous fut donnée, et les étudiants concernés ne parvenaient pas à nous éclairer sur la provenance de cette marque étrange et de son pouvoir.

Nous savions tous qu'à un moment ou un autre, quelque chose de nouveau allait encore nous tomber dessus. Mais nous ne pensions pas que ce serait ça. Nous voilà en état de stresse constant. Car désormais, des dizaines d'élèves pourraient reproduire ce qu'il était arrivé à Francis-san. L'eau du collège a été contaminée, et tous ces adolescents portent désormais la même marque sinistre que lui. Feliciano-kun aussi... Ils ont tous été transportés en masse à l'infirmerie, après s'être évanoui. Ludwig-san et moi avons attendu dans la peur qu'il se réveille. Qui savait ce qui allait apparaître face à nous. Peut-être un monstre qui essaierait de s'en prendre à nous? Mais nous sommes tout de même restés, car il est notre meilleur ami, et qu'il aura besoin de nous dans ce qui l'attend. Nous ne savons pas exactement ce qu'il se passera, à quel chaos vont aboutir ces événements, mais une chose est sûre: Poudlard ne sera plus comme avant."




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Dim 10 Avr - 15:07









Chaos

26 mai 1990






"Nobody can save us now"




"Un Basilik. Un serpent géant haut de 3 mètres a débarqué dans la Grande Salle. Cette fois, dire que c'était la panique serait un euphémisme. Il y a eu un énorme silence lorsque la créature a franchi la porte, ne laissant que le bruit de sa langue sifflante, annonçant les crochets prêt à nous dévorer, ou les yeux dont le regard nous tuerait automatiquement. Puis il n'y a plus eu que des hurlement, et les élève courant en tous sens pour s'échapper. J'ai perdu Feli-kun et Ludwig-san dans l'agitation, et j'étais terrorisé à l'idée de ne plus pouvoir les retrouver... Des camarades ont été blessés... d'autres sont morts. Les yeux jaunes du monstre suffisaient à ôter la vie à quiconque osait les contempler. Je n'ose pas compter le nombres de personnes qui ont été tués simplement car ils avaient levé les yeux quand le serpent est arrivé, juste parce qu'ils se trouvaient trop près de l'entrée. Cela n'a été que du hasard... C'est exactement cela. Si j'ai survécu, c'est avant tout par chance. J'aurais pu m'installer près du hall, au lieu de la table des professeurs avec mes deux amis. Je serais sans doute mort moi aussi. Dans l'effroi général, tout ce que nous pouvions entendre, c'était la phrase criée en tout sens par les professeurs, les préfets: "Ne le regardez pas dans les yeux!".

Par bonheur, nous avons été sauvés par le directeur. Armé de l'épée de Gryffondor, il nous a aidé à nous enfuir en retenant la créature, et l'a affronté seul. Selon ce que j'ai entendu, il lui aurait crevé les yeux pour éviter la pétrification. Nous n'en savons pas plus, car tous les survivants ont été évacués et sont allés se réfugier dans les hautes tours, à l'abri dans les dortoirs Serdaigle et Gryffondor. Nul besoin de préciser que nous étions tous terrifiés, la plupart serrés les uns contre les autres ou recroquevillés en priant pour que ce soit un cauchemar. Je l'espérais, moi aussi. Cela ne pouvait pas être vrai. Un Basilik, enfermé dans les murs du château, qui se réveille, une marque qui prend possession des élèves, un meurtre... Je sais pas ce qu'il se passe, mais j'ai la certitude que quelqu'un a décidé de s'en prendre à cette école. Et il ne va sûrement pas s'arrêter là"




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Jeu 21 Avr - 3:22









Couple

10 août 1990






"The most valuable and beautiful thing… LOVE!"




"Ils sont ensemble. Ils sont ENSEMBLE. ENSEMBLE!!! ENFIN! Après des mois, non, même, des ANNÉES à tenter de les rapprocher, j'ai enfin atteint mon but! J'ai réussi!!! Mes deux meilleurs amis, Feliciano Vargas et Ludwig Beilschmidt sont en couple!

Je tremble tant j'ai du mal à contenir mon excitation. C'est possible. Je peux influer sur ce genre de choses. Autrefois, je me contentais d'observer de loin, de photographier des instants trop éphémères, en rêvant qu'un jour les deux sujets présents sur le cliché se rendraient compte de leur amour et iraient naturellement l'un vers l'autre. Mais je peux les y aider! Je peux faire naître en eux les premiers sentiments amoureux, et les guider vers le parfait happy ending! Je viens juste de l'accomplir avec mes deux amis! C'est tout simplement... grisant. Quand Elizaveta-san saura ça!

Je le voyais. Je présentais qu'il y avait quelque chose entre eux. Que quelque chose était possible. Je le décelais sans mal. Lorsque nous étions trois, c'est comme s'il n'y avait qu'eux. Ils ne voyaient que l'autre, comme si j'étais exclu de leur monde, de leur sphère de parfaite harmonie. Ce n'est rien, je le comprend tout à fait. C'est mon rôle de les soutenir dans l'ombre et les pousser à aller l'un vers l'autre, et être enfin honnêtes envers leurs sentiments. Je n'ai pas ma place entre eux, mais dans l'ombre de leur lumière. La lumière de leur amour. C'est tout ce que je souhaite. Ils sont faits l'un pour l'autre, je le sais. Et je ferai tout pour que personne ne se mette jamais en travers de leur route vers le bonheur."




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MessageSujet: Re: "Ravenclaws don't jump, they fly" ❀ Journal de Kiku Honda W甘_甘)o自 Ven 22 Avr - 2:07









Destruction

21 août 1990






"This is the end. Hold your breath... and count to ten"




"Une nouvelle attaque. Mais cette fois, c'était bien pire. Ce n'était pas seulement un élève tué. Ce n'était pas juste un étudiant en crise.

L'horreur. Le campement en feu. Des morts partout. Des corps calcinés. Nos amis, possédés, qui s'attaquaient à nous. Et cet homme, cet unique homme, au milieu de ce spectacle horrible, qui riait, sans s'arrêter. Je n'ai presque pas eu le temps de l'apercevoir, mais une seconde m'a suffit pour comprendre qui il était, et graver son expression de démence dans mon esprit. C'est lui. Notre ennemi. Celui qui veut notre mort à tous. Qui veut détruire nos vies.

La journée avait pourtant si bien commencé. Parti en vacances près d'un lac écossais, nous avons passé près de deux mois au campement en profitant tranquillement de notre voyage scolaire, comme des élèves normaux... Je me suis perdu quelques jours dans la forêt avec Feliciano-kun, Ludwig-san nous a engueulés comme toujours, nous nous sommes costumés pour rire... Des jours paisibles, en somme. Alors pourquoi fallait-il que cet homme arrive...? Qu'il détruise tout ainsi...? Nous discutions tranquillement tous les trois, près du feu, à nous raconter des blagues, ou nous plaindre de l'accoutrement ridicule que nous portions dans la journée... Et là, Feliciano-kun a commencé à devenir bizarre. Ni Ludwig-san ni moi n'avons compris ce qui lui arrivait... Jusqu'à ce qu'il se torde de douleur devant nous en hurlant, frappé de violents spasmes. Totalement paniqués, nous n'avons pas réagi à temps... Il a saisi un couteau posé près de nous, reste d'un repas juste terminé... et a poignardé Ludwig avec.

Je n'ai pas compris ce qui se passait sous mes yeux. Non. Cela ne pouvait pas être vrai. Feliciano-kun, qui tentait d'assassiner Ludwig-san, alors que... qu'ils venaient tout juste de se déclarer leur amour. Je ne pouvais pas y croire. Et même si je savais que c'était la funeste marque dans son dos qui prenait possession de lui, comme Francis-san avant lui... je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais plus bouger, j'étais paralysé par la peur. Ludwig-san s'est écroulé, inconscient, sa plaie saignant abondamment... et mon meilleur ami, devenu fou, s'est tourné vers moi. Il ne souriait pas, n'avait aucun mouvement dingue, mais je voyais qu'il n'était plus lui-même, justement car son regard était froid comme la glace. Il était droit, sûr de lui. Sa gentillesse habituelle avait disparu de ses traits. Ce n'était plus mon ami italien que j'avais en face de moi. Un pantin sans âme avait pris sa place. Un monstre que je devais désormais affronter, pour éviter qu'il ne fasse d'autres victimes. Alors j'ai sorti ma baguette, et nous nous sommes affrontés.

... J'avoue ne pas me souvenir exactement du déroulement de notre combat. L'adrénaline et la peur constante de mourir m'ont fait réagir à l'instinct tout le long de notre confrontation. Et je crois que le moment où je lui ai asséné un Expelliarmus qui l'a atteint à la tête était un simple coup de chance. Il s'est évanoui, enfin hors d'état de nuire. Et je n'ai pas tardé à le rejoindre, lorsque l'un des sbires de notre assaillant m'a traversé en plein transplanage. Je ne me suis réveillé qu'à la fin de la bataille... la cheville foulée, ensevelie sous les débris d'une tente. Encore dans le brouillard, j'ai simplement entendu les jappements d'Anja, et je suis allé la secourir à plat ventre dans les restes de notre logis à moitié écroulé. Puis je suis parti à la recherche de Feliciano-kun et Ludwig-san... Un professeur les avait ramené avec les autres élèves, la plupart étant des marqués évanouis. Je suis resté près d'eux... tétanisé. Anéanti. En quelques minutes, notre merveilleuse sortie en pleine nature avait été changé en cauchemar. Je n'ai pas bougé. Et j'ai simplement pleuré. Pleuré sur l'allemand, qui allait peut-être mourir des suites de sa blessure, ou conserver une cicatrice à vie, et sur l'italien, qui allait être si effondré en se réveillant, et se sentir coupable, en réalisant ce qu'il avait fait. Nos jours heureux et insouciants sont finalement terminés. Comme je l'avais imaginé... bientôt, nous allons devoir nous battre, contre cet ennemi dont nous ne savons rien"




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