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[1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham

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MessageSujet: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Mar 10 Jan - 1:36



Feeling blue
"We've all got both light and dark inside us"
Albus Dumbledore

Le ciel gris était de retour. L'hiver avait pourtant laissé aux élèves le loisir de quelques instants de soleil, de quelques moments de bonheur à la lumière du jour malgré le froid rude des matins. Mais le vent glacé était revenu. Il envahissait l'école, hurlait dans les couloirs et entre les colonnes de pierre vieillies par le temps. Il hurlait, comme les étudiants hurlaient chaque jour un peu plus en supportant les terribles événements qui sévissaient dans leur collège, et qui ne faisaient que s’aggraver de jour en jour. Les changements étaient invisibles, rarement présents à leurs yeux, et pourtant ils existaient, dans l'ombre, tels un serpent sinueux prêt à se dresser et à les mordre sans pitié. Il était tapi dans le noir, caché, mais bien là. Et chacun craignait le jour où il resurgirait de nouveau.

Lili avait pris soin, depuis les premières attaques qui avaient eu lieu dans la Grande Salle, de se tenir éloignée du lieu de rendez-vous. Son frère, malade d'inquiétude pour elle, l'avait convaincue de passer son temps libre dans son dortoir, les salles communes étant parmi les endroits les mieux protégés de Poudlard. Il ne savait que lui conseiller entre éviter les lieux bondés et ceux déserts, car il était clair que ni la foule, ni les professeurs n'arrêtaient un cinglé comme Abbanzio Vargas. Mais rester seule pouvait aussi présenter un risque, car elle pouvait être capturée ou pire, tuée, sans que personne ne le sache. Cette panique chez Basch n'était pas pour la rassurer, mais elle se consolait avec un optimisme qui ne la quittait jamais, affirmant qu'elle était capable de se défendre en cas d'attaque, ou que les autorités attraperaient sans doute bientôt l'homme qui ne cessait d'assiéger leur chez-eux. Elle se disait que le bien triomphait toujours, malgré la naïveté de cette pensée, et les morts causés ces derniers mois qui prouvaient le contraire.

Quoi qu'il en soit, elle avait suivi les conseils de son aîné et passait ses soirées dans sa chambre, avec son hibou et ses camarades de dortoir pour seule compagnie. De même, elle ne s'autorisait à sortir à Pré-Au-Lard que lorsque c'était hautement nécessaire. Elle restait là où elle était le plus en sécurité, rassurée par le doux crépitement du poêle au centre de la pièce et l'odeur alléchante qui envahissait cette dernière, provenant des cuisines avoisinantes. Bien des Poufsouffles avaient déjà été surpris dans la salle interdite d'accès où les elfes préparaient les mets du banquet, et trop bonnes ou trop effrayées à l'idée d'être punies, les créatures leur offraient toujours de quoi manger dès que des étudiants échouaient chez eux. Aucun des élèves habillés de jaune et noir n'était assez mesquin pour abuser de cette faveur, mais se savoir si proche de tant de victuailles avait de quoi leur remonter le moral et rendre leur situation un peu moins sombre. Ils n'osaient imaginer ce que ressentaient les Serpentards qui vivaient dans les cachots, devant leur feu de cheminée vert et sous leur plafond de pierres humides, froides et grises. À leurs yeux, vivre dans un dortoir si chaleureux, confortable était hautement plus enviable et leur donnait davantage l'impression d'être à la maison.

Pourtant, ce soir-là, Lili n'avait eu d'autre choix que de rompre sa promesse. Personne n'avait pu ignorer les notes affichées un peu partout dans l'école, écrites de la main-même du directeur. Il annonçait sans précision aucune que le soir du 1er décembre, un discours se tiendrait dans la Grande Salle et que tous les étudiants de Poudlard étaient tenus d'y assister. Pour la première fois depuis des mois, si l'on excluait les bals qui avaient pris place dans cette pièce, Liliane s'était dit que cette réunion valait sûrement le coup qu'elle sorte de son dortoir. Peut-être allaient-il enfin avoir des explications sur le lien exact entre Mr. Vargas et le mage noir qui se disait être son fils, et apprendre pourquoi il s'évertuait à faire de leurs vies un enfer? Certains spéculaient même, un peu trop optimistes, que les Sans-Visages avaient tous été attrapés par le Ministère et mis en prison à Azkaban, ainsi que leur chef. Mais cela paraissait bien trop beau. Si tel avait été le cas, l'affaire aurait sans doute été relatée dans les journaux, bien que toute information sur les récentes attaques ait été soigneusement passées sous silence au cours des derniers mois. La Poufsouffle, quant à elle, présageait plutôt l'occasion de quelques aveux, pour les sortir enfin du brouillard. Ils étaient tous directement concernés par cette guerre. Les garder ainsi dans le flou les laissait pieds et poings liés et les empêchait de se défendre avec leurs pleins moyens. Ne serait-ce qu'un détail de plus sur leurs ennemis était déjà un avantage sur eux, et pouvait leur sauver la vie. Mais si l'on cherchait à les protéger de la vérité, jamais ils ne pourraient se défendre. Et cette annonce était, si ce n'était une résolution à leurs soucis, au moins une lueur d'espoir dans l'obscurité.

Du moins c'est ce qu'elle croyait. Un brouhaha monstrueux régnait déjà dans la Grande Salle alors que le directeur n'était même pas encore arrivé. Tous discutaient de la raison de cette réunion, et encore une fois, on percevait les théories les plus farfelues sur leur délivrance, ou au contraire, sur la complicité de Romulus avec les assaillants. L'italien avait été parmi les seuls à parvenir à sauver l'école des attaques, et la liechtensteinoise ne pouvait croire qu'il n'avait fait ceci que pour gagner leur confiance et au final les trahir. Même si elle ne le connaissait pas personnellement, elle savait reconnaître une personne bienveillante et avait foi en lui. Et même s'il avait été menacé, elle était persuadée qu'il aurait préféré sacrifier quelques vies plutôt que de risquer celle de tous les sorciers de Poudlard. Cependant, elle fut stupéfaite de découvrir que leur protecteur, malgré toutes ses bonnes actions, était le premier responsable de leurs malheurs. Lorsqu'il pénétra dans la salle, un silence de mort se fit. Tous le regardèrent gravir l'estrade, le vice-directeur Beilschmidt à ses côtés, comme un garde du corps. Lorsqu'il leur fit enfin face, tous purent voir qu'il semblait profondément affligé, comme affecté par les secrets qu'il allait bientôt révéler.  

Et c'est ce qu'il fit. Il certifia la pensée de certains sur son lien de parenté à Abbanzio Vargas: il était bel et bien son père. Il avoua aussi avec honte être la cause de la haine que le mage vouait à Poudlard, puisqu'il l'avait abandonné alors que sa mère était enceinte. La plupart, Lili comprise, n'en croyaient pas leurs oreilles. Un sorcier aussi puissant, qui avait protégé ses élèves de toutes ses forces, et avait aujourd'hui deux jumeaux qu'il aimait plus que lui-même, avait laissé son premier fils sans jamais chercher à le rencontrer? Ils étaient tous muets d'horreur, ne sachant comment réagir. Crier aux scandales en clamant que tout était de sa faute? Qui aurait pu prévoir que les choses auraient tourné ainsi? Cependant, ce sentiment d'amertume persistait. La Poufsouffle s'était rappelé ses années à l'orphelinat, auquel tant d'enfants avaient été confiés par leur parents, d'après diverses problèmes. On avait dit à Liliane que ses parents n'avaient simplement pas l'argent pour l'élever, mais l'aimaient malgré tout profondément. Romulus, lui, n'avait même pas eu le temps d'aimer son fils. Il avait fui, comme un lâche, de peur de gâcher son avenir, sans penser à celui de son enfant et de sa mère. Et tout ce qu'il pouvait faire, à présent, c'était s'excuser. S'excuser d'avoir lâché dans la nature le pire criminel de son temps, sans le savoir. D'avoir gâché de précieuses années de leur vie, et d'avoir causé la mort de certains de leurs amis sous le regard d'un Basilic, sous la morsure d'une marque, ou sous les coups de sortilèges.

Mais les aveux ne devaient pas s'arrêter là. Lili le comprit lorsqu'il appela sur la scène un élève. Les étudiants observaient de tous côtés pour déceler qui de leurs camarades avait fauté, cette fois-ci. Chacun se mettait soudain à suspecter son voisin d'être à l'origine du décès d'une connaissance. Après que des chuchotements aient envahi la Grande Salle, quelqu'un se leva finalement, à la table des Serpentards. La Poufsouffle mit un moment à le reconnaître, alors qu'il longeait les rangs vert et argent. L'adolescent avait des cheveux blonds en bataille, des yeux émeraude et un visage terrifié. Il marchait comme un condamné à mort prêt à rejoindre le bûcher. Arthur Kirkland. Lili le connaissait depuis plusieurs années déjà, et avait du mal à comprendre ce que l'ancien préfet avait à voir avec toute cette histoire. Lorsqu'il prit la place de Mr. Vargas, l'écossais semblait sur le point de prendre ses jambes à son cou. Mais tous pouvaient voir qu'il rassemblait son courage pour témoigner à son tour. Ce qu'il décrivit ensuite, la mort dans l'âme et la voix éteinte, glaça tous les élèves présents sur place. Il était Fourchelang. Il avait ouvert la légendaire Chambre des Secrets. Il avait lâché le Basilic dans Poudlard. Et tout cela, sous les ordres et la menace d'Abbanzio Vargas. Il n'avait pas le choix. Immédiatement, certains adolescents protestèrent, réclamèrent vengeance, demandèrent à ce qu'il soit sanctionné, renvoyé, attaqué. Il était plus facile de blâmer un ancien préfet autoritaire et esseulé qu'un adulte en pleine possession de ses moyens, et qui avait chassé de nombreuses fois leurs opposants. Lili, elle, eut le raisonnement inverse, et sans aucun doute bien plus réfléchi. Arthur avait 18 ans. Il avait été menacé par un puissant mage noir et avait obéi car il était effrayé. Romulus avait agi en pleine possession de ses moyens et consciemment. Elle savait d'hors et déjà qui avait commis le mauvais choix, à ses yeux. Mais cela ne justifiait pas ce qui suivit: le directeur ayant pris l'entière responsabilité des actes du Serpentard, c'est lui qui fut emmené par les Aurors, sans doute pour être interrogé, ou peut-être même enfermé. Ulrich, lui, se chargea de protéger Arthur des forces du Ministère.

Tout était réuni pour que les élèves paniquent, ou provoquent une émeute, sous le coup de la panique. Leur plus grand bouclier contre les Sans-Visages venait de disparaître. Mais une voix s'éleva de la foule et parla en leur nom. Evalyn avait pris la parole et les avait encouragé à garder leur calme. Liliane avait été étonnée par la bravoure qu'elle avait manifestée, alors qu'elle levait le poing en affirmant que même l'italien parti, les enseignants pouvaient toujours les défendre, et qu'eux, élèves, n'étaient pas non plus dépourvus de forces. Beaucoup d'années supérieures savaient se battre, et les plus jeunes pouvaient apprendre. Il ne fallait pas baisser les bras. Et un groupe grandissant accompagna ce conseil en levant aussi un poing fermé, dans un signe de ralliement. Et Lili ne s'était pas fait prier pour les rejoindre, souriant malgré elle, le cœur gros face à la solidarité dont pouvaient faire preuve ses camarades, et que l'on avait tendance à oublier.

Elle regagna son dortoir après le repas, exténuée par ces seules révélations. Tout ce qu'elle avait entendu, ou tout ce qu'elle s'était elle-même dit pour se rassurer l'avait vidée de toute énergie. Elle s'affala sur son lit, soupirante, sans se changer. Elle savait qu'elle ne dormirait pas cette nuit, la tête trop pleine et l'esprit trop occupé à réfléchir. Elle passerait des heures à se tourner et se retourner, se demandant ce qui allait se passer, à présent. Elle craignait un nouvel assaut, maintenant que le directeur n'était plus entre leurs murs, et s'inquiétait également pour le sort de l'écossais, qui allait clairement être désigné comme bouc émissaire. L'époque des premiers marqués allait revenir en force. Comme à l'époque où les élèves atteints par l'épidémie avaient été la cible des autre étudiants, le Serpentard serait sans doute la nouvelle victime sur laquelle tout le monde s'acharnerait. Bien qu'elle ne le connaisse pas outre-mesure, elle ne pouvait se permettre de laisser ceci se dérouler sous ses yeux sans rien faire.

Puis d'autres pensées se mirent à la tourmenter, rendant son souffle plus difficile, bloqué dans sa gorge, bien qu'elle essaye de garder son calme. Et si elle avait été dans la même situation? Si une personne qui lui était chère avait été menacée, et si elle avait été forcée, elle aussi, de lancer une monstruosité dans les couloirs, sachant qu'elle risquait ainsi la vie de milliers d'adolescents: des personnes qu'elle considérait comme ses amis, ainsi que d'autres qui ne l'étaient pas encore? Elle imagina Basch, cerné, le couteau sous la gorge, son regard l'implorant de refuser et de choisir les autres à sa place, de ne pas s'en faire pour lui. À cette seule idée, son cœur se gonfla de frayeur et de tristesse, et des sanglots remontèrent dans sa poitrine, faisant trembler sa mâchoire. Elle dissimula ses yeux sous son bras, toujours allongée pour tenter de capter un peu d'air. Tous les petits soucis qu'elle affrontait au quotidien n'étaient rien. Cette joyeuse vie d'adolescente à laquelle elle tenait tant était trop douce, trop paisible, contrairement aux problèmes du vrai monde. Aux problèmes d'adultes que tous ne tarderaient pas à affronter, ou qu'ils commençaient déjà à affronter, sans le savoir.
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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Mer 11 Jan - 0:10

What's the use of feeling blue ?

Océane ne savait plus comment réagir.

Elle avait apprit qu'elle était une sorcière, avait dû quitter sa famille pour partir dans un pensionnat en Écosse, apprenait à utiliser sa magie, voyait son école se faire attaquer – mais tout ça l'avait bien moins assommée que juste ce discours.

Un discours de leur directeur, bien sûr – par rapport à tout ça, toutes ces attaques, tout ce qui arrivait depuis plusieurs mois, plus d'un an. Non pas qu'elle n'aurait pas voulut la connaître – quoique – mais tout était bien plus surprenant, inattendu, horrible que tout ce à quoi elle pouvait s'attendre.

Bien que s'isolant parfois à la bibliothèque ou dans son dortoir, Océane n'avait pas forcément pu échapper aux attaques qui étaient tombées sur les élèves. Il y avait eu le campement, bien sûr – et elle frissonnait en y repensant, en se souvenant de la brûlure à sa jambe dont il ne lui restait heureusement plus une cicatrice. Elle avait subie une attaque d'un élève marqué, aussi – mais elle s'était cachée, bien cachée, et avait juste attendue en paniquant, en priant pour que personne ne la trouve. Puis au début d'année, elle n'avait pas pu y échapper non plus – ça avait été violent, très violent, et elle en faisait encore des cauchemars.

Alors elle avait subit, s'était tue, avait tenté de sourire quand même et d'aider les plus jeunes en retenant ses larmes. Elle avait essayé, de ne pas trembler lorsqu'elle croisait certains élèves, ceux qu'elle savait marqués ; de ne pas garder un esprit définitivement vide lorsqu'elle regardait la cicatrice qui s'étendait désormais sur son ventre et qu'elle se demandait comment elle pourrait l'expliquer à ses parents, ses aînés, sans leur dire qu'elle avait faillit mourir ; de ne pas pleurer lorsque le soir venait et qu'elle était seule dans son lit, les images horrifiantes des événements dansant devant ses yeux. Elle luttait contre elle-même, contre son esprit qui voulait tant réfléchir, s'arrêter sur le sujet alors qu'elle-même ne voulait que tout oublier – la souffrance, la peine, la douleur, la mort qui suintait dans les couloirs de l'école et salles de classe qui se vidaient étrangement.

Mais maintenant qu'elle arrivait à cette fin de journée, elle se sentait perdue – presque vide.

Elle était passé aux cuisines grignoter un peu, par réflexe, alors que les larmes roulaient encore sur ses joues – puis, tout aussi lentement qu'elle s'était dirigée vers l'antre des Elfes de Maisons, elle était allée jusque dans la salle commune des Poufsouffle, s'était laissée tomber dans un fauteuil face à une cheminée et s'était roulée un boule en fixant l'âtre.

Elle ne savait pas combien de temps elle avait mit à sortir de cette sorte de transe qui l'avait prise – mais elle avait finit par se lever, bouger, reprendre pieds avec la réalité. Alors elle était montée dans son dortoir, toujours un peu perdue, errant presque comme une âme en peine, clignant des yeux comme pour chasser les restes de ses larmes.

Elle s'installa en silence sur son lit, essayant encore et encore de chasser les images qui hantaient son esprit – Arthur qui se levait, si pâle, Arthur qui avouait, Arthur qui avait trahit, Arthur, Arthur, Arthur.

Son souffle se bloqua et elle eut un nouveau sanglot, encore une fois – pourtant elle était sûre qu'elle n'avait plus aucune larme à verser, tant elle avait pleuré.
Son regard se leva, cherchant quelque chose, quelqu'un, et tombant finalement sur le lit à côté du sien – aussitôt elle se leva, sans plus réfléchir – mais avait-elle réellement put réfléchir aujourd'hui ?

Elle grimpa dans le lit à baldaquin de sa meilleure amie, venant aussitôt se blottir contre elle – à la fois pour chercher son soutien comme pour lui donner le sien. Elle savait que la jeune fille devait être aussi déboussolée qu'elle par ces révélations, et elle savait aussi qu'en tant qu'amie, elle se devait d'être présente pour elle – comme elle l'avait été bien des fois.

« Lili... »

Un nouveau sanglot lui échappa, et elle se pinça les lèvres en priant pour qu'il soit le dernier. Ses joues étaient déjà rouges, présentant les traces de ses pleurs, et elle se sentait presque honteuse de son état. Elle leva son regard noisette vers son amie, légèrement tremblante, soudainement paniquée – aucun mot ne voulait franchir la barrière de ses lèvres, ses yeux se remplissaient déjà de larmes qui avaient trop coulées.

Elle se sentait si mal.
Si perdue.

Elle se donnait l'impression d'être une fontaine qui ne pouvait plus que s'écouler sans s'arrêter, sans se stopper – que rien ne pouvait faire taire, pas même l'assèchement le plus total.

Océane se recroquevilla encore, un peu – et elle se souvenait, toujours, toujours si fort de juste ce discours. De la violence que de simples mots pouvaient infliger, bien plus fort que mille coups de poing. De la douleur de la réalisation, de la souffrance qui montait, lui lacéraient les entrailles. De la sensation de sentir tout s'écrouler autour de soi, aussi – comme un rêve qui se brise en mille morceaux.

« Lili... »

Elle se sentait tellement pathétique, à ne réussir à produire que ce simple son, ce faible appel à l'aide – de ne plus réussir à contenir ses larmes, ses sanglots, et hoqueter sans arrêt. D'être juste tellement perdue qu'elle ne savait plus quoi faire, comme agir, et que la simple idée de bouger, de prononcer un mot la paniquait totalement. De trembler encore, comme sous la caresse d'un vent froid invisible – alors que l'étau glacé s'était enroulé autour de son cœur.

Elle se sentait noyée dans sa propre souffrance.

Alors elle s'accrocha ce qu'il y avait de plus proche d'elle, à cette personne en qui elle gardait une confiance inaltérable, en tentant d'arrêter son esprit qui lui rejouait encore et encore la scène de juste ce discours. Elle agrippa Lili, agrippa sa meilleure amie, pourtant bien consciente que cette dernière souffrait certainement autant qu'elle, avait autant besoin de soutien qu'elle. Pourtant, elle se montrait égoïste, incapable de l'aider – et peut-être aussi se disait-elle simplement que son amie était bien plus forte qu'elle ne le serait jamais, bien plus prompte à se relever et à agir qu'elle qui restait terrée dans son coin.

Alors elle releva encore une fois ses yeux vers Liliane, se mordant la lèvre, encore tremblante et les yeux rouges ; et elle murmura un dernier appel, une dernière supplique – parce qu'elle voulait juste que tout s'efface de son esprit, à jamais.

« Lili... »

ft. Liliane Zwingli


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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Ven 13 Jan - 16:25



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Inspirer. Expirer. Elle ne pouvait rien faire d'autre pour calmer son souffle saccadé, repoussant par la même occasion ses idées funestes et pessimistes. Cela ne lui ressemblait pas. Elle avait toujours vu le bonheur ou la chance dans toutes les situations. Elle était celle qui voyait l'espoir et les rêves improbables se réaliser, en dépit de toutes les épreuves. Mais ce soir, toute cette fortune semblait s'enfuir, lui échapper. Les mots d'Arthur tourbillonnaient dans son crâne, telle une tornade avide de tout emporter sur son passage.

"Je suis ce Fourchelang"
"J'ai été forcé"
"Je suis... désolé"
"Abbanzion Vargas... est l'auteur de ce chantage"


Oh, comme elle le haïssait. Cet homme qui faisait du mal à ses amis, qui menaçait la sécurité de l'école tout entière. Même elle qui pensait que n'importe qui pouvait se racheter, que même la pire des personnes pouvait devenir bonne si elle essayait... Elle n'y croyait plus. À ses yeux, le mage avait perdu ce privilège. Rien ne rachèterait ses crimes. Ni les excuses, ni la douleur que l'on pourrait lui infliger. Elle se retrouvait avec des pensées impures et sombres, désirait la souffrance de cet individu. Qu'il goûte à tout ce qu'eux avaient subi par sa faute... Peu importait qui il était ou à qui il était rattaché. Il ne méritait que...

Elle fut tirée de son tourbillon de haine par le bruit de la porte du dortoir, qui coulissa. Elle n'osait pas se relever. Elle n'en avait pas la force. Elle ne pouvait même pas regarder cette personne dans les yeux, de peur qu'elle ne la reconnaisse pas. La simple tristesse dans ses yeux, le dégoût faisait qu'elle n'était plus Liliane Zwingli. Elle était devenue autre chose, une boule de nerf et de larmes qui ne demandaient qu'à se déverser, même si elle gardait le tout enfoui, même si elle retenait ses sentiments négatifs. Fixant toujours le plafond, elle entendit l'autre adolescente traverser la pièce à pas lents, pour aller s'allonger sur un lit voisin à celui de la liechtensteinoise. Elle ne chercha d'abord pas à savoir qui avait pénétré dans la pièce. Elle était elle-même trop enterrée dans son chagrin pour vouloir le partager avec qui que ce soit, et risquer de l'accroître. Pourtant, lorsqu'elle perçut le sanglot qui résonna dans la pièce, elle ne put s'empêcher de s'en vouloir, les yeux agrandis par la surprise et les sourcils froncés par le remord. Océane.

Elle était toujours incapable de bouger un muscle, mais son corps lui hurlait de se lever, d'aller lui parler. Elle ne l'avait pas vue de la soirée et n'avait pas conscience de l'état dans lequel se trouvait sa meilleure amie. Mais à tous les coups, il n'était pas fameux. Le seychelloise connaissait l'écossais bien mieux qu'elle, et elle était sans aucun doute bien plus affectée que Lili par sa déclaration. Et malgré l'amitié de longue date qu'elles partageaient, cette dernière se sentait impuissante. Elle ne savait pas comment sécher les larmes de sa camarade. Et ses membres qui refusaient de bouger, comme plongés dans une profonde léthargie, ne l'aidaient en rien.

Heureusement pour elle, elle n'eut pas à se déplacer, car c'est Océane qui vint à elle. Elle se leva et marcha vers le lit de Lili, toujours avec cette lenteur malade et abattue, qui lui ressemblait si peu. La demoiselle sentait son cœur battre de plus en plus vite alors qu'elle se demandait comment faire. Que pourrait-elle lui dire? Comment chasser cette tristesse qui l'étouffait elle aussi, et qu'elle était déjà incapable de chasser de son propre corps? Elle priait pour avoir davantage de temps pour réfléchir, mais elle vit bien vite la silhouette de sa meilleure amie face à elle, et ce qu'elle contempla lui déchira le cœur. Il n'y avait plus une lueur d'espoir dans les yeux d'Océane. La joie qui l'habitait semblait avoir disparu. Seuls le choc et l'horreur pouvaient être vus sur son visage, à présent. Alors que d'ordinaire elle réclamait des câlins avec le sourire, c'est par solitude et par besoin de réconfort qu'elle vint cette fois se blottir contre sa camarade, celle qui l'avait tant aidée, qui d'ordinaire était là. Et c'est dans un hoquet de peine que la liechtensteinoise entendit son nom prononcé:

▬ Lili...

Sa poitrine se serra d'autant plus. Sa voix... Sa voix avait tellement changé. Elle était éplorée, gémissante, comme un murmure angoissant qui prend compte de la réalité, suppliant qu'on le détrompe. Son amie n'arrivait pas à supporter ce qu'elle avait entendu. Même les personnes qui leur étaient proches étaient mêlées à cette affaire. Même Arthur, pourtant préfet exemplaire et bienveillant. Personne n'était à l'abri. Et c'était cette réalisation qui les mettait toutes les deux dans un état si lamentable. Elle enroula ses bras autour de la seychelloise, frottant gentiment son dos, désireuse d'apaiser sa peine, bien qu'elle soit déjà écrasée par sa propre souffrance. Mais elle percevait clairement sa plainte étouffée, ses épaules qui tremblaient, et lorsque sa camarade leva les yeux vers elle, elle put observer plus clairement les larmes qui dévoraient ses yeux et manquaient de déferler de nouveau - car il étaient clair qu'elles n'étaient pas les premières. Serrant les dents pour ne pas perdre pied devant cette vision affligeante, elle chercha quelque chose. Un mot, n'importe quoi. Une chose qui pourrait rassurer son amie, qui se prostrait de plus en plus contre son cœur alarmé. Océane avait besoin d'elle. Océane était en train de tomber. Il fallait la rattraper. Mais elle ne trouvait rien. Elle restait muette face à sa détresse.

▬ Lili...

À nouveau, elle faillit lâcher prise et fondre en larmes à son tour, accompagnant la jeune fille dans son agonie. Mais elle s'accrocha encore au plus minuscule espoir, à la plus petite lueur qui leur promettait un avenir meilleur. Où était-elle? En qui pouvaient-ils avoir confiance? Comment pouvaient-ils être sauvés alors qu'ils n'étaient que des adolescents, non même, des enfants encore débutants en magie, face à des monstres cruels et assoiffés de sang? Y avait-il ne serait-ce qu'une issue à leur malheur? Sur qui pouvaient-il compter? Qui? Qui... Qui...

Son corps parcouru de frémissements, elle retint la boule dans sa gorge, la ravala, essayant d'être forte. Elle avait besoin de penser à quelque chose de positif. Océane avait toujours été un rayon de soleil pour elle. Elle avait toujours un sourire radieux, s'inquiétait un peu trop pour les autres, et faisait de son mieux dans tout ce qu'elle entreprenait. Mais Océane avait aussi toujours été plus fragile, et avait besoin qu'on la protège. Comme un verre délicat, une poupée de porcelaine qui risquait de se briser, d'éclater si le bonheur lui échappait trop. Il fallait lui ramener cette bonne humeur, cette gaieté qui ne la quittait jamais, mais qui avait décidé de s'enfuir pour la laisser pleurer tout son soûl. Comment faire? Que dire? Lili cherchait, perdu dans sa réflexion, regardant le vide plus qu'elle ne regardait les yeux bouffis de chagrin de sa meilleure amie, qui de nouveau, la fixait, appelant à l'aide derrière ses prunelles rougies par un voile.

▬ Lili...
▬ Tout va bien, lâche-t-elle finalement avec douceur, la collant un peu plus contre elle. Tout ira bien, je te le promets...

Elle n'avait aucun moyen de promettre une telle chose. Elle n'avait aucun pouvoir miracle pour sauver l'école, ni Mr. Vargas, ni Arthur, ni Océane elle-même. Mais si cela pouvait la rassurer, elle était prête à mentir, ne serait-ce qu'un peu. Pour elle.

▬ Même le directeur parti... Mr. Beilschmidt nous protégera, continua-t-elle, trouvant des arguments à mesure que les paroles coulaient de ses lèvres. Il est aussi fort que lui, j'en suis sûre... Et Mr. Vargas reviendra. Jamais il ne nous abandonnerait ainsi.

Ceci, malgré tout, elle y croyait. L'italien aimait son école plus que tout. Bien que le geste aurait été beau, il n'avait sans doute pas abandonné l'école pour la sécurité d'un élève seul. Elle chercha encore. Les mots lui venaient bien plus facilement maintenant qu'elle avait décidé d'ouvrir la bouche.

▬ Et puis... nous avons beaucoup d'élèves talentueux à Poudlard. Souviens-toi, c'est la meilleure école de magie du monde. Ils pourront se battre contre nos ennemis. Et... Et... On va devenir plus fortes, nous aussi!

En évoquant cette idée, elle sentit sa tristesse remonter de nouveau. Un vieux souvenir l'accablait, la forçant à replonger dans sa peine. Elle se rappelait cette fois où elle avait tenté d'être forte pour rassurer quelqu'un. Qu'elle avait contenu son désarroi pour lui venir en aide, mais que cela ne lui avait rien apporté d'autre que de la haine. Elle ne pouvait pas comprendre. Elle ne pouvait pas toujours faire comme si tout allait bien pour tenter de redonner le sourire aux autres. Leroy lui avait fait comprendre cela. On ne pouvait pas éternellement repousser les soucis. Ils finissaient toujours par revenir, plus forts et plus douloureux. Et ainsi, plus douloureuse était la chute. Mais cela ne devait pas l'arrêter. Basch lui avait dit.

"Tu as le droit de pleurer, tu sais"
"Je ne peux pas! Si je le fais, tu seras triste aussi, grand frère! Et je ne veux pas... être faible devant toi..."
"Lili... Ce n'est pas en repoussant les ténèbres que tu les feras disparaître. Pleurer un bon coup, ça fait parfois du bien, comme une bonne nuit de sommeil. Ça apaise, et ça remet les idées en place. Mais ne crois pas que tu es faible à mes yeux car tu pleures"

Et il avait dit cette phrase tellement sage, tellement véridique, que Lili avait tendance à oublier, car sa vie ne devait être guidée que par le bonheur et les sourires:

"Pleurer ne veut pas dire que tu es faible. Cela veut juste dire que tu as été forte trop longtemps"

Et c'est en se souvenant de ses paroles... qu'elle fondit en larmes à son tour, son front contre celui de sa meilleure amie. Elle savait que cela allait sûrement la déboussoler, l'anéantir. Voilà qu'après avoir tenté de la rassurer, elle craquait elle aussi. Mais Lili ne pouvait plus arrêter le flot qui coulait sur ses joues, alors qu'elle se serrait aussi contre Océane, comme deux oisillons en manque de chaleur. Elle comprit qu'elle ne pouvait pas être forte plus longtemps.
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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Dim 22 Jan - 5:34

What's the use of feeling blue ?

Océane se sentait dans le brouillard le plus complet ; en fait, elle se sentait même complètement perdue dedans. Elle aurait bien tenté d'avancer, de tâter aux alentours pour se créer son propre chemin ; mais elle se sentait paralysée, incapable de bouger ; les pieds collés au sol.

C'était comme si son monde s'était brisé tout autour d'elle ; et avec lui, toutes ses certitudes avaient volées en éclat.

Elle ne savait même plus ce qu'elle devait ressentir.

De la haine ?
Non. Elle se sentait incapable de haïr quelqu'un, encore moins Arthur. Pas lui qui l'avait tant de fois aidée, protégée, aimée sans aucune arrière-pensée. Jamais.
De la colère ?
Non. A quoi bon ? Il y avait déjà tant de monde en colère. Tant de monde prêt à refaire un bûcher juste pour y jeter Abbanzio, et tout ceux qui l'avait aidé plus ou moins volontairement. Elle ne se sentait pas capable de ça, d'être au prise d'un sentiment qui lui semblait soudain trop violent, trop intense.
De la honte ?
Non. Pourquoi se sentir honteuse ? Honteuse d'être une proche d'Arthur, alors qu'il était celui qui les avait trahit ? Non. Elle ne pouvait pas se sentir honteuse de ça, absolument pas. Elle n'arrivait juste pas à penser ainsi, à voir Arthur autrement que comme... Comme presque un frère, plus un père. Et elle ne pouvait se sentir honteuse de ça. Elle ne pouvait se sentir honteuse de l'aimer.
Du dégoût ?
Non. Elle ne pouvait pas, non plus – pourquoi être dégoûtée d'actions qui dataient trop, qu'elle comprenait trop ?

Le pardon... ?
Non. Oui. Elle ne savait pas. Tout semblait si compliqué. Si soudain. Si vrai. Si faux. Si réel. Si gros. Si affreux. Si risible. Si trop. Trop, trop, trop, TROP.

C'était juste beaucoup trop.

Et c'était ce qui envahissait ses pensées alors qu'elle prononçait une dernière fois le prénom de sa meilleure amie – son soutien, son pilier, celle qui la comprenait parmi tant d'autres.

Lili, Lili-jolie, Lili qui souriait en l'accueillant, Lili qu'elle taquinait, Lili qui l'écoutait, Lili qu'elle écoutait, Lili avec qui elle pouvait tout partager.
Lili sa meilleure amie.

Lili contre qui elle se blottissait comme si sa vie en dépendait.
Était-ce le cas ?
Elle n'était pas sûre de pouvoir répondre elle-même à cette question.

« Tout va bien »

Océane eu envie de hurler à son amie que non, non, tout était bien loin du mot « bien », qu'elle ne pouvait pas mentir à ce point. Qu'elle connaissait trop la vérité.
Pourtant, elle se laissa bercer par ces mots.

« Tout ira bien, je te le promets... »

Elle se blottit un peu plus contre son amie, enfouissant sa tête dans son cou. Elle se sentait un peu égoïste, à la laisser mentir pour la rassurer – parce qu'elles savaient toutes les deux que c'était bien loin de la vérité. Que ces mots ne reflétaient en rien la situation actuelle – mais pourtant, ça faisait tellement de bien de les entendre, d'y croire quelques secondes, juste le temps de tout oublier, de se laisser bercer d'illusions.

« Même le directeur parti... Mr. Beilschmidt nous protégera. Il est aussi fort que lui, j'en suis sûre... Et Mr. Vargas reviendra. Jamais il ne nous abandonnerait ainsi. »

Que les mensonges sonnaient doux. Qu'ils étaient beaux – tout enrobés de sucre et de rose, bien présentés, si facile à avaler. Si facile à accepter.

Mais la réalité avait un goût amer que ces bonbons-mensonges ne parvenaient à camoufler.

Océane était une rêveuse qui se sentait soudainement beaucoup trop les pieds sur terre – une rêveuse qui ne voulait se laisser aller à rêver, une rêveuse qui ne pouvait plus rêver. Elle l'inconsciente, l'insouciante, elle se sentait tenir la réalité au creux de ses mains, cette réalité qui n'avait de cesse de s'échapper pour l'entourer et l'étouffer sous ses doigts d'acier.

Pourtant, pourtant, une petite voix ne pouvait s'empêcher de lui chuchoter que ce n'était pas que mensonges, pas que mots prononcés juste pour rassurer – quoiqu'elle pouvait se demander qui son amie cherchait-elle à rassurer ; Océane qui pleurait dans ses bras, ou elle-même qui devait se sentir aussi mal ?

Mais après tout, n'était-ce pas réel, que le directeur – pardon, Monsieur Vargas – ne pouvait tout simplement pas les abandonner comme ça, qu'il aimait trop ses élèves et son école pour ? Que Monsieur Beilschmidt ne chercherait pas à les protéger alors qu'il l'avait déjà fait, et le referait certainement sans hésiter ?

Océane voulait y croire. Elle voulait y croire de toute son âme de rêveuse qui ne pouvait plus rêver.

« Et puis... nous avons beaucoup d'élèves talentueux à Poudlard. Souviens-toi, c'est la meilleure école de magie du monde. Ils pourront se battre contre nos ennemis. Et... Et... On va devenir plus fortes, nous aussi ! »

Un sourire, léger, fragile, était venu étirer les lèvres de la seychelloise. Après tout, oui, Poudlard était l'une des meilleures écoles de magie au monde – même si ses cousines nouvellement trouvées de Beauxbâtons soutenaient que leur école était supérieure à la sienne. Et ils avaient de formidables combattants dans leurs rangs, elle ne pouvait le nier. Oui, c'était vrai, c'était la réalité, la réalité vraie.

La dernière phrase de son amie, pourtant, lui provoqua un léger rire qui chatouilla sa gorge puis ses lèvres, et qu'elle laissa éclater contre le cou de son amie.

« Je n'ai pas besoin d'être forte. » Les mots lui échappaient entre deux rires coupés de sanglots, sans qu'elle ne puisse, ne cherche à les retenir. « J'ai Gawain pour me protéger. C'est mon Chevalier. »

Elle ne réfléchissait pas vraiment à ce qu'elle disait sur l'instant – peut-être même l'oublierait-elle. Mais, recroquevillée contre son amie, le léger rougissement qui l'avait saisie passait inaperçu, tant sa peau était déjà rougie par les larmes.

« Et puis. » Elle murmura, comme n'osant pas prononcer ces paroles trop haut, trop fort – comme pour les garder emprisonnées dans un secret qui ne serait jamais dévoilé. « Je crois que je ne pourrais jamais devenir forte. »

Forte... Définitivement, ce n'était pas un mot qui lui convenait, à elle. Forte, ça lui faisait penser aux gens qui se battaient, ceux au premier plan, qui allait au-devant du danger et risquait leur vie pour les autres, ceux qui étaient à l'arrière.

Oui, l'arrière, c'était plus un endroit qui lui convenait, à Océane. A l'arrière – ceux qu'on protégeait. Mais aussi ceux qui soignaient, qui guérissaient, qui rassuraient, qui soutenaient. Ceux qui résistaient.

Oui, la résistance, discrète, mentale, ça lui convenait, à Océane. C'était bien plus elle que le forte auquel pensait Lili.

Et Lili, elle ?
Lili serait-elle forte, de ces gens en première ligne, ou avec elle, dans cette résistance passive où tout se jouait surtout dans son propre esprit ?
Peut-être un peu des deux.
Peut-être qu'elle résisterait, puis qu'elle irait se battre – ça lui ressemblait assez, d'agir ainsi, se disait la seychelloise.

Et elle reporta son attention sur son amie. Son amie qui semblait se craqueler, comme croulant elle-même sous ses propres mensonges rassurants qu'elle n'arrivait pas à croire. Ou sous la réalité de leur situation qui se faisait soudainement si palpable, si pesante.

La situation...
Le temps d'un instant, elle s'était échappée de son esprit – et puis soudainement, elle revint s'implanter, avec plus de force, détruisant tant d'autres pensées sous sa pression.

Arthur...

Les larmes lui montèrent aux yeux, lui serrèrent la gorge alors même qu'elle sentait Lili exploser en larmes dans ses bras – mais n'était-ce pas elle dans ses bras, auparavant ? Qui rassurait qui, finalement ?

Ça n'a aucune importance, estima la jeune fille en serrant la blonde dans ses bras.
Aucune importance.

Elle sentit les larmes rouler de nouveau sur ses joues, comme pour accompagner celles de son amie – mais surtout, comme une libération égoïste au fond de son cœur.

Je ne suis pas la seule à souffrir. Pas la seule à avoir mal. Voilà. On est au moins deux. Deux êtres perdus réunis dans la même souffrance.

Mais ce n'était plus à elle de pleurer, à présent – parce que pour parler, pour se vider le cœur, il n'y avait qu'une chose à faire, avant, quelque chose qu'elle avait déjà fait.

« Ne t'inquiètes pas, Lili... » Elle serra un peu plus son amie contre elle. « On s'en sortira. Toutes les deux. Je te le promets. » Elle lui caressa le dos, l'entoura un peu plus de ses bras. « Tu vas voir. On va s'en sortir, de tout ça. » Puis elle laissa retomber sa tête à côté de celle de Lili, ferma les yeux, baissant encore un peu le ton. « Mais d'abord, il faut pleurer. Il faut pleurer pour se libérer de toutes ces mauvaises choses. » Oui, pleurer, c'était ce qui permettait d'avancer, parfois. « Alors pleures, Lili-jolie. Je reste là. Pleures. Ça ira mieux, tu verras. » Un léger soupir lui échappa. « Libère-toi, Lili. »

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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Mer 25 Jan - 21:33



Feeling blue
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Elle se sentait misérable. Pleurer ainsi, lâcher prise alors qu'elle était censée être celle qui réconfortait Océane, celle qui soignait, pansait les plaies... Elle était censée être forte, inébranlable. Mignonne mais hardie. Gentille mais résistante. Courageuse, invincible. Elle essayait vraiment de l'être. Avec toutes ses capacités, toutes les forces de son petit cœur. Mais son chagrin la noyait, la tourmentait, la privant de ce bouclier dont elle avait tant besoin. Ce bouclier qui la rendait chaque jour invulnérable à la tristesse, à la solitude, aux soucis du quotidien. Mais ces petits tracas n'étaient rien comparés à aujourd'hui. Elle s'enfonçait, perdait pied dans des eaux trop sales, trop profondes, trop noires. Elle se perdait et n'arrivait plus à remonter, ni à secourir Océane, qui elle aussi buvait la tasse sous ses yeux. Elle avait le sentiment de manquer à son rôle de meilleure amie. Elle n'était pas assez forte, elle n'avait pas les épaules pour porter son fardeau ainsi que celui de la seychelloise. Il lui fallait plus de force, mais où la trouver? Dans l'amour de ses camarades? Dans celui de son frère, qui était toujours près d'elle mais lui manquait toujours plus? Elle ne savait pas quoi faire. Pas quoi faire pour soulager ce poids sur sa conscience, et sur le cœur d'Océane. La voilà en larmes dans ses bras, faible, vulnérable, alors qu'elle était censé être toujours joyeuse, toujours optimiste, pour partager cet enthousiasme avec les autres. Maintenant, c'était elle qui était au fond du trou. Elle qui avait besoin de réconfort.

Dans sa tristesse, elle entendit à peine les parole de son amie à propos de Gawain, mais les devinait aisément. L'écossais occupait une place importante dans son cœur, une place que Lili elle-même peut-être ne pouvait atteindre, bien qu'aucun mot ne puisse encore être mis sur ce lien d'affection. Elle parlait de lui comme d'un prince charmant, un chevalier servant en armure qui viendrait la sauver. La liechtensteinoise se demandait: avait-il joué son rôle jusqu'au bout? Était-il allé voir Océane? Lui avait-il adressé des mots de réconfort? Ou la surprise, l'horreur était-elle trop forte quand il songeait à ce que son frère avait fait, pour penser à quoi que ce soit d'autre? Vu l'état de la demoiselle, il était facile de deviner la réponse. Même le fier seigneur était absent, et Lili avait la sensation d'être absente, elle aussi. Elle capta aussi ces paroles si basses, comme un murmure inavouable, trop blessant pour être prononcé à haute voix, et qui lui faisait si peur:

"Je crois que je ne pourrais jamais devenir forte"

Etait-ce Océane, ou elle-même qui avait prononcé ces mots? Était-ce sa conscience qui lui envoyait ce message et lui faisait comprendre que c'était trop tard, qu'elle avait été trop faible et ne pouvait plus revenir en arrière? Elle manquait d'air, elle étouffait en pensant à ce que cela signifiait. Elle ne pourrait protéger personne. Avec le peu de magie qu'elle avait, le peu de connaissance qu'elle possédait, elle qui croyait pouvoir tout faire se retrouvait collée au sol, sans espoir de réussir à voler. Sans espoir de se relever.

Son amie sembla découvrir cet état de détresse qui lui serrait le cœur, la paralysait. Peut-être comprenait-elle enfin que Lili n'était pas ce qu'elle prétendait être. Peut-être était-elle déçue de la voir ainsi, de découvrir que derrière ses sourires et sa bonne humeur se cachait une jeune fille comme les autres, vulnérable, avec des peurs et des appréhensions. Lili savait que juger ou critiquer les autres n'était pas le genre d'Océane, encore moins ceux qui lui étaient proches. Elle savait qu'elle ne lui reprocherait jamais de pleurer ou de se montrer ainsi, remplie de doutes, chancelante. Mais elle n'avait pas besoin d'elle pour entrevoir ce jugement, cette sentence qui la rongeait et la privait de ses derniers atouts. Elle était son propre juge, dans ce tribunal de cauchemar.

Puis elle sentit les bras de sa meilleure amie se resserrer autour d'elle. Non comme un étau, mais au contraire, comme une libération, une paire de ciseaux qui viendrait couper ces chaînes dont elle était prisonnière. Et elle l'entendit lui susurrer ces mots rassurants... ou l'étaient-il? Elle n'arrivait pas à le savoir.

▬ Ne t'inquiètes pas, Lili... On s'en sortira. Toutes les deux. Je te le promets.

La caresse sur son dos se faisait apaisante, douce, la voix de la seychelloise plus calme, bien qu'humide, obstruée par les hoquets et les sanglots. Elle essayait de passer outre son angoisse, sa douleur et son désespoir pour la secourir à son tour. Lui prouver qu'elle était toujours là.

▬ Tu vas voir. On va s'en sortir, de tout ça.

Le timbre se faisait de plus en plus bas, de plus en plus profond, comme un chant onirique qui chasserait ses affreuses visions, ses mauvais rêves. Qui essayerait de l'emmener vers d'autres mondes plus paisibles. Et un instant, elle espérait qu'elle disait vrai. Elle était prête à y croire, si cela pouvait chasser sa souffrance, sa frayeur, et faire du lendemain un jour nouveau, plus beau, où leur vie était parfaite et sans danger. Mais tout cela avait un goût de mensonge, dont la saveur âcre restait collée à la langue, sans pouvoir être chassée. Elle savait au fond que cela ne serait pas aussi simple. Elle savait qu'il faudrait des mois d'attente, des batailles, plus de souffrances et de cicatrices. Plus, plus, plus, toujours plus. Et ces blessures, ces plaies qui ne cicatriseraient jamais allaient continuer de les démanger, encore longtemps. Dans leur futur, lorsqu'elles seraient adultes, mères, femmes, elles resteraient à jamais ce qu'on avait fait d'elles. Ce qu'Abbanzio Vargas avait fait d'elles. Des combattantes, oui. Mais avant tout des victimes de la guerre. Et elles ne pourraient retenir leurs larmes, elles ne pourraient que pleurer encore en repensant à ce qui avait été sacrifié, à ce qui avait été perdu. Elle pleureraient comme elles pleuraient aujourd'hui, sans savoir quel lot d'horreurs la journée suivante leur réservait encore. Elle tentait d'arrêter ce flot intarissable, mais c'était inutile. Il fallait qu'elle continue, et son amie le lui fit comprendre.

▬ Mais d'abord, il faut pleurer, lui dit celle-ci. Il faut pleurer pour se libérer de toutes ces mauvaises choses. Alors pleures, Lili-jolie. Je reste là. Pleure. Ça ira mieux, tu verras. Libère-toi, Lili.

Elle laissa échapper un hoquet en entendant le surnom qu'elle lui donnait toujours. Peut-être avait-elle essayé de rire, bien que cela ressemblait plus à un glapissement, à une énième plainte. Mais elle suivit son conseil. Elle continua de laisser couler, de se libérer de ces mauvais sentiments qui lui obstruaient la poitrine. Elle les déversait comme l'on se débarrasse d'un poison. Ces gémissements, ces spasmes incontrôlés durèrent, durèrent, des minutes qui lui parurent des siècles, tant ils lui faisaient mal. Et lorsque ses joues s'asséchèrent enfin, ses yeux toujours humides, tout ce qu'elle ressentait, c'était une profonde fatigue. Elle était fatiguée de se battre. Fatiguée d'être triste et de devoir le montrer à la Terre entière. Fatiguée de cet ennemi qui revenait toujours à la charge et cherchait à les meurtrir, et à meurtrir leurs vies. Quand enfin sa peine se calma, elle crut sentir le poids qui l'empêchait de respirer s'alléger, la laisser enfin vivre un peu. Elle essaya de retrouver un souffle normal, calme, bien qu'il fut encore saccadé. Et elle regarda Océane, qui était dans un état aussi lamentable que le sien. Elle n'avait que quelques paroles pour la rassurer, au moins sur sa condition à elle.

▬ Merci... Merci, Océane, je... commença-t-elle avant de renifler un peu. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi... Merci d'être là... avec moi...

Elle posa son front contre l'épaule de la seychelloise, exténuée, faible, encore une fois, davantage si c'était possible. Sa meilleure amie avait raison. Tout ça lui avait permis d'aller mieux. Et elle souhaitait en faire autant pour sa camarade. Elle passa doucement sa main dans ses boucles brunes, ces dernières s'enroulant autour de ses doigts, comme avec affection.

▬ Parle-moi... Dis-moi ce qui te tracasse. Ne garde pas tout pour toi, s'il te plaît.

Les deux jeunes filles n'étaient pas du genre à garder quoi que ce soit pour elle. Mais ce soir était spécial. Ce soir était grave, et raconter que l'on avait perdu un de ses rubans, ou que l'on avait eu une mauvaises note au dernier test n'avait pas grand chose à voir avec les malheurs qui s'abattaient maintenant sur elles.
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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Dim 12 Fév - 21:06

What's the use of feeling blue ?

C'est étrange, ne pouvait s'empêcher de penser la jeune seychelloise. Là, au creux de ses bras, sa meilleure amie pleurait sa peine et évacuait sa tristesse, alors qu'elle-même séchait déjà ses larmes.
C'est étrange, répétait en boucle son esprit. Habituellement, c'était elle qui pleurait, elle qu'on consolait – à plus forte raison, Lili la soutenait quoi qu'il se passait.
C'est étrange, murmurait encore et encore une petite voix dans sa tête. Parce que pour la première fois depuis longtemps – depuis le début de leur amitié peut-être – les rôles étaient inversés. Elle était le soutien, Lili était en larmes.
C'est étrange, mais ça avait un côté rassurant – comme une preuve éternelle que rien n'était figé, et que dans leur amitié, tout allait dans les deux sens.

Et égoïstement, une preuve que tous, les élèves comme les professeurs, avaient été touché ce soir. Que tous avait été choqués, tristes, en colère – mais emplis de sentiments qui ne cessaient d'agiter leur cœur et leur esprit.

Ce soir, c'était trop gros, trop imprégné dans toute l'école – comme un vieux traumatisme qui refaisait surface. Océane avait peur, incroyablement peur des événements qui allaient suivre, du comportement qu'elle devait adopter, de ce qu'elle devait dire – juste peur du futur qui s'entrevoyait à l'horizon.

Pourtant, alors que Lili pleurait dans ses bras, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que tout irait bien – et elle le croyait. Alors même qu'elle le chuchotait à sa meilleure amie, elle croyait dur comme faire à ses paroles.

Parce qu'elles étaient ensemble – parce qu'elles se soutiendraient.
Et Océane était prête à soulever des montagnes si Lili était à ses côtés pour l'aider.

Alors elle laissa la blonde pleurer jusqu'à n'en plus pouvoir, ne pouvant parfois pas retenir certaines larmes elle-même – mais se sentant soudainement bien, presque plus reposée, l'esprit plus clair. Comme si maintenant que ses larmes avaient finies de décorer ses joues, elle pouvait enfin réfléchir, prendre du recul, essayer de calfeutrer ses sentiments un instant pour se repasser les événements et décider quoi faire, comment agir.

Pourtant, elle le savait, elle ne pourrait pas être aussi calme, prendre autant de recul. Oh, elle savait réfléchir, mais Océane se laissait bien plus guider par ses émotions que par sa raison, laissait parler son cœur plutôt que son cerveau. Et elle était bien trop touchée par tout ça – Arthur était bien trop important à ses yeux pour qu'elle fasse comme si de rien n'était. Ce n'était pas comme toutes ces fois où elle avait conseillé telle ou telle personne sur une manière d'agir avec une personne qu'elle ne connaissait pas – là, c'était plus cruel, plus insidieux, semblait tellement plus réel et proche d'elle. Comme un serpent qui s'approche en glissant, prêt à mordre – mortel et dangereux ; à l'image du serpent géant qui avait déclenché tout ça.

Elle se savait incapable de garder la tête totalement froide – mais elle faisait confiance à Lili pour la ramener sur Terre, la guider si besoin – comme elle savait qu'elle le ferait, qu'elle le faisait pour la blonde.

Et soudain, toute la confiance qu'elle pouvait  accorder à Lili lui explosait dans le cœur – il lui était impossible de se méfier ou de juste pouvoir garder les choses pour elle. Elle ne se sentait pas capable de ne soudainement plus croire aux relations humaines.
Océane était ainsi ; elle croyait. Elle croyait à l'amitié, à l'amour, à la confiance – et elle gardait tous ces sentiments précieusement dans son cœur.

Et tout aussi soudainement, la seychelloise laissa un soupir s'échapper de ses lèvres, allégeant son cœur et le poids qu'elle portait sur ses épaules – parce qu'elle croyait, et qu'elle était sûre que tout irait bien.

«  Merci... Merci, Océane. » Son attention se concentra de nouveau sur sa meilleure amie, toujours dans ses bras – ou qui la tenait dans ses bras, qu'importe. « Je... Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi... Merci d'être là... avec moi... » continua doucement la liechtensteinoise, et Océane raffermit sa prise sur le corps de son amie, ses yeux plantés dans les siens.

« C'est normal Lili... C'est normal... Je serais toujours là pour toi. » Elle fit une pause, et sentit sa camarade poser sa tête sur son épaule à elle, comme pour s'accrocher encore plus – comme perdue et vaincue par tant de sentiments contradictoires et éprouvants. « Merci à toi d'être là pour moi... Merci de rester là malgré tout. »

Elle chuchotait, comme désireuse de ne pas déranger leurs autres camarades de dortoirs – comme si leurs larmes et sanglots n'avaient pu le faire, comme si elles ne dormaient pas, comme si elles avaient réussi elles à s'endormir.

Mais chuchoter donnait une autre dimension à leurs paroles – comme un secret qu'elles garderaient pour l'éternité, comme un aveu qui jamais ne doit être partagé, comme une complicité qui n'appartenait et n'appartiendrait toujours qu'à elle. Étrangement, elle sentait que les mots qui seraient prononcés ce soir resteraient entre elle – mais surtout appartiendraient à ce soir et à lui seul.

«  Parle-moi... Dis-moi ce qui te tracasse. Ne garde pas tout pour toi, s'il te plaît. »

Océane considéra ces paroles un instant.
Oui, elle avait besoin de parler, elle le savait.
Elle s'en sentait prête, aussi, maintenant qu'elle avait épuisé ses larmes, qu'elle avait doucement repris confiance.

Mais que dire exactement ? Par où commencer ? Elle n'était pas sûre de réussir à classer les choses, à les ranger proprement et à s'exprimer calmement.

« Je... » Elle s'humidifia les lèvres, laissant un temps d'absence avant de commencer à s'exprimer – juste un temps pour que Lili se tienne prête à l'écouter, se concentre sur ses paroles. « C'est dur Lili. C'est si dur... Je, jusqu'à maintenant, je regardais tout ça, mais je faisais tout pour en rester le plus loin possible, parce que ça me terrifie, tu sais ? Je, je ne suis pas capable de me battre... » Ça, elle le savait, elle l'avait toujours su – elle n'était pas une battante, une guerrière. « Mais maintenant... Comment est-ce que je peux rester en dehors de ça... ? »

Cette réalité lui sauta aux yeux, d'un coup – oui, elle ne pouvait plus faire l'autruche, se cacher et prétendre que rien n'est arrivé, que cela ne la concernait pas, que c'était une douleur infligée surtout aux autres plutôt qu'à elle. Non, elle ne pouvait plus – pas quand cela concernait ses proches. Elle était lâche, Océane – mais elle était aussi loyale, extrêmement loyale.

« Je... C'est Arthur Lili. C'est Arthur. Je... Je crois que je devrais lui en vouloir, ou être en colère... » Elle prit de nouveau un léger temps – juste de quoi chercher ce qu'elle ressentait réellement. « Mais je n'y arrive pas. Je me sens juste... Triste. »

Elle ferma les yeux un instant, s'imprégnant de cette réalité – alors même qu'un autre sentiment montait en elle.
Oui, elle était triste – triste de ce qu'avait dû subir Arthur, triste de ne pas pouvoir l'aider, triste de ne pas avoir pu l'aider. Triste à l'idée qu'il supportait ça seul et triste en pensant qu'il allait devoir supporter bien plus encore maintenant. Triste, incroyablement triste par cette vérité qui se dévoilait brusquement à elle.

« Je... Je crois que je me sens coupable, aussi... De ne pas avoir pu l'aider. Je ne peux pas m'empêcher de me dire que... J'aurais voir les choses, les comprendre, et être là, et... »

Un soupir franchit la barrière de ses lèvres, encore – elle sait que cette culpabilité ne la quittera pas de sitôt, qu'elle restera gravée en elle un long moment.

« … Qu'est-ce que je dois faire, Lili... ? »

Cette inquiétude lui vrillait le cœur, l'obsédait – comme devait-elle agir, maintenant que cette vérité était connue, maintenant qu'elle savait Arthur coupable d'actions ayant causé la mort de certains de leurs camarade, maintenant qu'elle était sûre qu'elle ne pourrait pourtant jamais cesser de l'aimer ?

Devait-elle dire certains mots plus que d'autres, montrer son soutien à Arthur, s'inquiéter de son état à lui – alors qu'il était clair qu'il n'allait sûrement pas bien –, lui faire un câlin, ou au contraire s'écraser, ne rien faire dans le peur que quelqu'un lui en veuille, qu'on lui crache dessus ou qu'on le lui reproche ?

Non. Non, elle se sentait incapable de juste tourner le dos à Arthur – elle n'était pas comme ça.
Lâche mais loyale.

Mais malgré tout, elle ne savait pas si elle en était capable – de le regarder en sache tout en sachant ce qu'il avait fait, tout en se sentant coupable de n'avoir rien vu.

« Qu'est-ce que je dois faire... » répéta-t-elle, toujours dans un murmure si bas, que seule une oreille attentive pouvait capter – comme une supplique, pour obtenir une marche à suivre, un mode d'emploi.

Juste une demande, un appel à l'aide – quelques mots chuchotés sur un oreiller.

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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Dim 26 Fév - 10:27



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Elle essuya ses yeux rougis. Ses joues étaient toujours humides, mais les larmes, elles, avaient décidé de la laisser un peu tranquille. De lui laisser le repos qu'elle méritait, après toutes ces souffrances. Elle avait assez pleuré. Lili ne pouvait supporter davantage la faiblesse qu'elle laissait paraître dans des moments comme celui-ci. Des moments où le monde leur donnait l'impression de s'écrouler autour d'eux, l'impression qu'ils ne pourraient jamais être heureux et que tout ce qu'ils construisaient était futile, éphémère, comme le plus beau mais le plus fragile des papillons. Leur bonheur était tellement fragile... Il leur fallait être forts pour pouvoir le protéger. Et pour protéger son propre bonheur, ses propres amis, Liliane n'avait d'autre choix que de se relever, malgré tous les coups du sort qui pouvaient tenter de la faire tomber. Malgré tout ce qui pouvait blesser sa meilleure amie. Elle s'en voulait de se reposer sur elle, si gentille, si douce Océane. Elle s'en voulait de lui infliger sa tristesse, de lui imposer son visage dévoré par le chagrin. Elle avait toujours désiré la sauver, lui porter secours, comme le chevalier que la seychelloise voyait en Gawain. Lili voulait être une héroïne elle aussi. Pas la frêle femme, la princesse que l'on protège, mais la guerrière aguerrie qui sait dans quelle direction aller et sait prendre des initiatives, sans juste écouter les ordres. Vivre dans l'ombre, la protection rassurante de son frère toutes ces années lui avait offert une enfance paisible et sans soucis, dans les bras d'une famille qui l'aimait et la chérissait. Mais Poudlard lui avait fait prendre conscience de la réalité des choses. La vie n'avait rien de facile et pour atteindre son rêve, la réalité parfaite qu'elle désirait -ce futur où elle trouvait une personne qu'elle aimait, où elle avait des enfants, un travail qu'elle adorait et où elle pouvait voir ses amis toutes les semaines-, pour l'atteindre, il fallait se battre. Et la liechtensteinoise était prête à se battre bec et ongles pour cela. Pour une existence en paix, ennuyeuse peut-être, mais où elle n'aurait rien à craindre, et où sa famille et ses camarades n'auraient rien à craindre. Voilà pourquoi elle désirait devenir Auror.

Bien des obstacles se dressaient entre elle et ce rôle qu'elle souhaitait atteindre. Et dans ce moment d'abattement, ces péripéties lui semblaient encore plus terribles. Mais elle devait se concentrer. Pour le moment, sa première mission était de parler avec Océane, de la faire parler, elle. Pour que les problèmes ne restent pas enfermés, pas gardés et qu'ainsi ils se transforment en solution. Se laisser consumer par eux était la pire chose qu'elles puissent faire. Il fallait tout faire sortir. Reprenant ses esprits, elle entendit les remerciements de son amie dans un mélange confus de paroles qui se voulaient rassurantes, calmes, comme le calme après la tempête. Elle savait déjà, même sans tout capter de ses mots, que le soutien était réciproque. Que si l'une aidait l'autre, cette dernière l'aiderait en retour. Bien qu'elle souhaitait toujours tout faire pour Océane, pour qu'elle n'ait pas à souffrir, pas d'ennemi à affronter, elle comprit qu'elle ne pouvait pas éternellement se voiler la face et la cacher de tout. Il fallait que la seychelloise aussi affronte ses démons, pour en ressortir plus forte. Car si ni Lili, ni Gawain n'était là pour la sauver, qui le ferait ? Océane n'aurait pas le choix. Il faudrait qu'elle se sauve elle-même. Et elle commençait déjà à le faire en cet instant, même la voix hésitante, même buttant sur les mots. Même les larmes à peine parties.

▬ Je...

La blonde prêta immédiatement l'oreille à ses mots, pour ne pas en perdre une miette, et ainsi lui apporter le réconfort qu'elle désirait. Une solution à leur problème, si c'était possible.

▬ C'est dur Lili. C'est si dur... Je- jusqu'à maintenant, je regardais tout ça, mais je faisais tout pour en rester le plus loin possible, parce que ça me terrifie, tu sais ? Je- je ne suis pas capable de me battre... Mais maintenant... Comment est-ce que je peux rester en dehors de ça... ?

Elle comprenait tout à fait ce sentiment. Elle aussi avait toujours eu l'impression que tout cela resterait loin d'elle. Que cela n'arrivait qu'aux autres. Aucun de ses amis proches n'était marqué, aucun n'avait subi de blessure grave au cours des dernières crises, et Lili était parvenue à rester loin du champ de bataille. Mais aujourd'hui, tout cela la rattrapait, et même si elle ne connaissait pas personnellement Arthur, bien qu'elle l'appréciait, c'était d'Océane qu'il était question. Océane était touchée, et ça, elle ne pouvait l'accepter. Elle ne pouvait juste la regarder s'écrouler sans rien faire. Alors si elle devait elle aussi mettre un pied dans le danger, elle le ferait. Elle non plus ne pouvait plus rester en dehors de tout ça, si son amie était poussée vers les problèmes.

▬ Je... C'est Arthur Lili. C'est Arthur. Je... Je crois que je devrais lui en vouloir, ou être en colère... Mais je n'y arrive pas. Je me sens juste... Triste.

Lili souhaitait objecter à cela, mais préféra garder le silence. Il fallait la laisser finir. La laisser vider entièrement son sac avant de tenter quoi que ce soit, de tenter cet opération à cœur ouvert pour en retirer tout ce qui les tracassait. Mais elle savait ce que ressentait la seychelloise. Elle savait l'affection qu'elle portait à Arthur, qu'elle le voyait comme une sorte de grand frère, ou même de père, une figure intelligente qui lui servait de modèle et l'éblouissait. Il suffisait de l'entendre parler de lui, d'entendre comme elle l'admirait et racontait ses exploits. "Arthur m'a montré ce sort, aujourd'hui ! ", "Arthur a lu tous ces livres, tu sais ! ", "Arthur est doué dans telle matière"... Mais jamais elle n'aurait cru ajouter à la liste "Arthur est un fourchelangue". Et malgré ça, malgré ces mots si horribles, si terribles, si tristes... Non, Océane ne pouvait pas lui en vouloir, et Lili était heureuse qu'elle ne le fasse pas.

▬ Je... Je crois que je me sens coupable, aussi... De ne pas avoir pu l'aider. Je ne peux pas m'empêcher de me dire que... J'aurais voir les choses, les comprendre, et être là, et...

Là encore, elle aurait voulu la détromper. Personne n'aurait pu prévoir une telle chose. Qui aurait pu voir venir n'importe laquelle des catastrophes qui se sont abattues sur eux ? La marque et les nombreuses crises qui en ont résulté, le Basilic, l'incendie du camp de vacances, l'arrestation du directeur... ou simplement l'existence d'Abbanzio Vargas. Personne n'aurait pu savoir.

▬... Qu'est-ce que je dois faire, Lili... ?

Que devait-elle faire ? Que devaient-ils tous faire ? Certains choisiraient de soutenir Arthur, bien sûr. Sa famille, son fiancé, ses amis proches. Certains autres verraient en lui un bouc émissaire, une victime sur laquelle se défouler, pour évacuer toutes les souffrances qu'ils avaient subies. Ils l'utiliseraient comme un réceptacle à leur haine, qui concentrerait tout ce qu'ils détestaient, ce qui avait détruit leur vie. D'autres encore auraient peur. Ils s'éloigneraient de lui, de peur d'être mêlés à l'influence néfaste du mage noir. Ils le fuiraient comme la peste et le laisseraient seul, désespérément seul. Mais où devait donc se placer Océane, dans tout cela ? Pas du côté colérique, haineux qui rejetterait l'écossais, à tous les coups. Mais aurait-elle trop peur pour rester près de lui ? Préférerait-elle se cacher et rester en sécurité pour que ces soucis, cette responsabilité reste loin d'elle, un petit peu plus longtemps ? Ou accepterait-elle de porter ce fardeau avec son ami, de l'aider dans cette épreuve qui lui avait déjà fait tant de mal, et avait aussi fait tant de mal aux personnes qu'il aimait ?

▬ Qu'est-ce que je dois faire...

Il n'y avait qu'une réponse à cela, à ses yeux. Et c'était Lili qui allait lui apporter. Regardant sa meilleure amie dans les yeux, elle lança simplement, d'une voix douce, enfin apaisée.

▬ Tu ne peux rien faire, Océane.

Cette réponse aurait pu sembler brutale. Pourtant, la Poufsouffle était sûre de ce qu'elle affirmait. Elle était sûre d'elle et des mots qu'elle adressait à sa camarade.

▬... Rien de plus que ce que tu fais actuellement, finit-elle avec un léger sourire. Tu n'as pas à changer quoi que ce soit. À quoi bon forcer les choses, essayer de tout régler ? Tout ce dont Arthur a besoin, c'est de soutien. Un soutien que tu lui as toujours apporté.

Oui, à quoi bon changer? Il n'y a rien de pire que de perdre ce que l'on aime dans les moments où l'on en a le plus besoin. Et le sourire d'Océane était si précieux, si réconfortant. On ne pouvait simplement le laisser disparaître. Il fallait qu'il reste là pour sauver encore la vie de quelques personnes, non, du monde entier.

▬ Ne le laisse pas, Océane... Même si tu as peur, même si tu ne sais pas quoi faire, reste simplement auprès de lui. Il a besoin de ses proches, il a besoin... de son quotidien.

Oui, il aurait besoin de la vie de tous les jours pour tenir, pour se dire que le monde n'était pas tout noir et cruel. Il aurait besoin de disputes avec Francis, de cours ennuyeux et d'autres passionnants, de mauvaises notes et de sortilèges compliqués, d'animaux attendrissants et de potions farceuses et qui mettaient dans de drôles de situations. Il aurait besoin de tout cela. Elle secoua doucement la tête, comme si l'impuissance passagère de la seychelloise n'était pas grave. Cela arrivait à tout le monde, d'être impuissant. Même à elle.

▬ Tu n'as pas à te sentir coupable de ce qui est arrivé, ou de n'avoir rien vu. Personne n'aurait pu le prévoir. Si notre directeur n'a rien remarqué, s'il n'a rien pu faire pour aider Arthur, ou les marqués... alors que voulais-tu que nous, nous fassions?

Ils étaient juste des élèves. Des adolescents insouciants. Ils avaient déjà bien d'autres problèmes, ils étaient loin de tout ça. Loin d'imaginer de telles choses... Elle répétait ces mots dans sa tête, comme pour se sentir moins touchée, moins coupable, elle aussi. Peut-être était-ce égoïste. Peut-être était-ce mal. Mais elle ne pouvait laisser Océane croire que toute la misère du monde était de sa faute. Qu'elle avait le pouvoir de tout réparer mais qu'elle avait juste choisi de regarder sans rien faire. Alors elle répétait:

▬ Personne n'aurait pu savoir... Personne...

Personne. Ni elles, ni les proches d'Arthur, ni Romulus, ni même les parents, ou leurs camarades de chambre, qui ne faisaient toujours aucun bruit dans cette chambre. Peut-être An, Edith et Daphné étaient-elles endormies. Ou peut-être respectaient-elles simplement leurs confession, dans un silence religieux.
Feat Océane Mancham



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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Sam 1 Avr - 0:24

What's the use of feeling blue ?

« Tu ne peux rien faire, Océane. »

La réponse de Lili à sa litanie incessante de questions, de « qu'est-ce que je dois faire » perdu entre deux sanglots qui ne voulaient s'arrêter, tomba tel un couperet. Un instant, la seychelloise se noya dans un océan de panique – cette situation lui en rappelait une autre, pourtant différente mais où elle avait ressentit la même impuissance, la même incapacité d'agir qui la laissait effondrée et en larmes. Elle repensait à son grand-père, à ce moment où il avait fait sa crise cardiaque et qu'elle n'avait pu l'aider, toute sorcière qu'elle soit. Elle s'était posée la question, à l'époque – à quoi bon savoir utiliser la magie si ça ne pouvait lui permettre de sauver ses proches ? Si même en connaissant sur le bout des doigts nombre de sorts, aucun d'eux ne pouvait lui permettre d'aider et d'épauler ses amis, sa famille ?

Bien sûr, elle savait bien qu'elle ne devait pas autant se reposer sur la magie. Elle s'en doutait, elle essayait – ne le faisait plus tellement, maintenant. Dans ses premières années de sorcière, elle avait voulu, bien sûr – elle avait cru, naïvement, que la magie signifiait toute-puissance et qu'elle pouvait tout faire, tout accomplir, surmontant tous les obstacles. Elle l'avait cru – jusqu'à la chute. Brutale, terrible, qui l'avait laissée pétrifiée de sanglots, qui lui avait brisé toute confiance qu'elle avait pu mettre en ce nouveau monde qui s'était offert à elle. Et après ça, elle n'avait plus su utiliser correctement la magie – jeter un sort lui paraissait insurmontable, puisqu'alors elle savait que ça ne l'aiderait pas à protéger les êtres chers à son cœur. Elle avait haussé les épaules, mis ça sur le compte de l'adolescence, parfois sur le dos de sa propre nullité – mais elle ne pouvait se mentir. Pas à son cœur, pas à ses sentiments – pas à ce qu'elle ressentait au creux de son être. Elle n'avait plus confiance, et ça la bloquait. Totalement.

Et ce que disait Lili, ce que disait sa meilleure amie, ça la ramenait à tout ça – à son impuissance qui la terrifiait, à l'image de son grand-père qu'on enterrait, et s'y mêlait à présent le visage d'Arthur qui avouait.

Mais Océane ne voulait pas, ne pouvait pas accepter ça. Elle ne pouvait pas accepter l'idée qu'elle ne puisse rien faire pour soutenir Arthur, lui qui avait toujours été tant présent pour elle, lui qui l'avait aidé et aimé avec des gestes presque paternels. Elle ne pouvait accepter de le laisser sombrer dans ses propres démons – et si il s'y laissait aller, alors elle y sombrerait avec lui. Si elle ne pouvait l'aider, alors elle pouvait au moins être là, à ses côtés. Si c'était tout ce qu'elle pouvait faire, alors elle le ferait.

Qu'importe ce que disait sa meilleure amie à qui elle faisait tant confiance, qu'elle écoutait tant – elle se sentait l'envie, le courage de bouger, de tout détruire, de se battre. Elle qui avait l'habitude de se cacher derrière les autres puis de panser les blessures, elle se sentait pourtant déterminée à hurler au monde entier qu'Arthur n'était pas coupable, pas entièrement, qu'il n'avais jamais voulu ça. Elle voulait qu'ils comprennent, que tous fassent preuve de compassion – et par dessus tout, elle voulait rassurer Arthur, l'assurer de son soutien entier et total.

Elle releva la tête, cette détermination illuminant son regard auparavant assombri, se sentant le besoin de l'exprimer, de le dire à sa meilleure amie, même si ça venait la contredire, même si ça engendrait une dispute ou-

« ... Rien de plus que ce que tu fais actuellement. » continua Liliane, un léger sourire aux lèvres – comme si elle avait anticipé, comme si elle avait su ce qu'allait dire Océane. « Tu n'as pas à changer quoi que ce soit. À quoi bon forcer les choses, essayer de tout régler ? Tout ce dont Arthur a besoin, c'est de soutien. Un soutien que tu lui as toujours apporté. »

Le cœur de la seychelloise s’apaisa soudainement. Parce que, comme d'habitude, Lili comprenait. Lili savait, Lili disait les bons mots. Lili était là, et grâce à elle Océane restait dans le droit chemin.

« Ne le laisse pas, Océane... Même si tu as peur, même si tu ne sais pas quoi faire, reste simplement auprès de lui. Il a besoin de ses proches, il a besoin... de son quotidien. »

Et Lili avait raison, bien sûr. Lili la connaissait par cœur, Lili savait ce qu'elle devait faire – parfois presque mieux qu'elle. Et ce soir, elles étaient pourtant arrivées à la même conclusion. Juste être là, au final, c'était le plus important. C'était ce qu'elle devait faire, ce qu'elle devait s'assurer de toujours faire.

« Je... Merci, Lili. Merci. Tu as raison, c'est ce que je dois faire. C'est... C'est ce que je me disais, enfin... C'est ce que je voulais faire. Peut-être que... C'est déjà bien que je sois là pour lui, n'est-ce pas ? » Elle marqua une légère hésitation à la fin de sa phrase, les sourcils froncés, toutes larmes oubliées. Puis elle reprit, encore une fois doucement, dans un chuchotement pourtant assuré. « Je... Je ne sais pas si je serais capable de faire autre chose, de toute façon. Mais... Mais je ferais tout pour qu'Arthur se sente... Pour qu'il aille le mieux possible. Je ferais tout pour lui. »

Et Océane était sincère. Elle voulait rendre, au centuple, tout ce qu'on avait fait pour elle – à Francis, à Arthur, à Lili, à Matthew, Alfred, Gareth... Oui, elle voulait le faire. Elle conservait toutes ces aides, ces marques d'affections dans son cœur et un jour, elle le rendrait, elle ferait son possible pour les rendre heureux. C'était sa promesse, c'était son but – quitte à faire quelque chose dans sa vie, elle voulait pouvoir faire ça. Quitte à en oublier tout le reste. Elle voulait juste aimer à l'infini toute personne se présentant à elle, toute personne ayant fait un geste pour aider, soutenir, sourire à quelqu'un. Qu'importe qui ils étaient et ce qu'ils avaient fait – tous avait le droit d'être aimé par une personne au moins.

« Je l'aime Lili, tu sais. Je l'aime... » Elle hésita un instant sur le bon mot à dire, le bon mot qui qualifierait leur relation – mais elle sut dès l'instant où elle se présenterait à son esprit qu'elle ne pourrait le prononcer. « … Comme un modèle. » acheva-t-elle en désespoir de cause – ça convenait bien également, après tout.

Ceci étant dit, la seychelloise se sentait déjà un peu plus légère – mais pas tout à fait. Elle avait encore ce goût amer qui ne voulait quitter son palais, s'y installant comme si il y avait trouvé son trône. L'amertume qu'elle ressentait, cette culpabilité dirigée contre elle – ne pas avoir su voir, ne pas avoir su aider.

« Tu n'as pas à te sentir coupable de ce qui est arrivé, ou de n'avoir rien vu. Personne n'aurait pu le prévoir. Si notre directeur n'a rien remarqué, s'il n'a rien pu faire pour aider Arthur, ou les marqués... alors que voulais-tu que nous, nous fassions ? »

Mais encore une fois, Lili était là pour effacer ses angoisses. Elle était là pour souffler ses idées noires, les faire disparaître, les envoyer loin, très loin d'elle.

« J'aurais tout de même voulu... » La seychelloise ne finit pas sa phrase – parce qu'au final... Qu'importe ce qu'elle disait maintenant. Ce qu'elle regrettait était derrière elle, et... Et le passé était passé. On ne pouvait plus qu'agir dans le présent, pour le futur.

Alors regretter le passé ne servait à rien. À part à s'enchaîner à un temps qui n'existait déjà plus, à des instants qui ne vivaient que dans les mémoires.

« Personne n'aurait pu savoir... Personne... »

Océane resta silencieuse, le temps de fermer les yeux et d'inspirer, les paroles dernièrement dîtes tournant encore et encore dans sa tête, telle une mélodie sans fin. Puis, doucement, elle opina de la tête, avant de rouvrir les paupières, ses iris noisettes fixées sur sa meilleure amie.

« Merci Lili. » murmura-t-elle avec la plus grande sincérité dont elle était capable. « Je... Je me sens... Mieux, je crois. J'essayerai d'aller parler à Arthur avant... Avant de rentrer pour le mariage de mon frère. » Son esprit fit la liaison à cet instant – ce week-end, elle rentrait chez elle, aux Seychelles, elle assisterait au mariage de son frère, elle avouerait à Leena qu'elle était une sorcière. Mais avant, oui, avant... Avant, elle devait aller voir Arthur, lui sourire, et être là pour lui.

Un léger soupir échappa à Océane. Elle se sentait soudainement épuisée – épuisée par tous les événements de la soirée, épuisée par le poids des révélations, épuisée de pleurer et de se faire consoler.

La nouvelle détermination qui l'avait envahit plus tôt demeurait encore en son cœur.

« Je vais mieux, Lili, alors merci. Mais... » Océane planta ses yeux dans ceux de son amie, comme pour la défendre de lui mentir pour la préserver. « Est-ce que toi, ça va ? »

Liliane avait toujours été tellement présente pour elle. Il était temps qu'Océane lui rende la pareille – elle serait assez forte pour partager tout ce qui pouvait peser sur ses épaules.

ft. Liliane Zwingli


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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Mer 26 Avr - 10:58



Feeling blue
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Lorsqu'elle avait prononcé sa première phrase, elle avait senti sa meilleure amie se crisper entre ses bras. Comme si ses paroles avaient gelé les espoirs de la Seychelloise. Comme si son corps protestait, qu'il refusait ce que Lili affirmait, qu'elle rendait son amie impuissante, uns fois encore, qu'elle la ramenait à sa tristesse. Pourtant, il fallait tenir. La vérité était là, toute proche, elle leur échappait, mais il suffisait de tendre la main, de faire l'effort d'essayer de l'atteindre pour la toucher immédiatement et comprendre son erreur. Comprendre qu'on a été bien bête et que la solution était juste là, sous notre nez. Lili avait fini par le comprendre, et il fallait qu'Océane s'en rende compte, elle aussi. Qu'elle aussi profite de cette réalité, la réalité qu'aussi insouciants, aussi confiants qu'ils puissent être, les adolescents de Poudlard n'étaient pas tout-puissants. C'était triste à dire, mais c'était ainsi. C'était logique. Pourtant, c'était justement cela qui faisait leur force. Cela qui les rendait humains. Cette imperfection, ce détachement, cette indifférence innocente au quotidien, qui leur donnait le sentiment qu'ils pouvaient accomplir n'importe quoi. Qui leur faisait pousser des ailes, leur donnait cette sensation d'invincibilité, cette idée que tant qu'il avaient confiance, rien ne pouvait leur arriver à eux, et à leurs proches. Voilà pourquoi Liliane, au même titre que sa meilleure amie, que ses camarades, que tous les élèves de l'école, ne devait pas perdre cette joie de vivre, cette inconscience du danger. Peu importait les obstacles qu'ils affrontaient, ils se relevaient toujours -certains plus que d'autres. Poudlard se relevait toujours. Et tant qu'ils n'abandonneraient pas, leur école resterait debout et se battrait pour garder à jamais cette paix qui avait fait fleurir leurs jeunes années, leurs rêves, tout ce qui faisait qu'ils étaient eux.

Cela semblait facile, mais cela ne l'était pas. Il n'y avait rien de plus compliqué que de rester souriant, de tenir face à l'adversité, et de ne pas se laisser aller au désespoir. On a beau dire ce que l'on veut, s'abandonner à la tristesse, abandonner tout court, mourir, même, était mille fois plus facile que de simplement se lever le matin, affronter la vie et le quotidien eux-même. Être heureux était difficile. Mais c'était ce pour quoi tout le monde se battait. C'était naturel, de chercher le bonheur, et chacun aurait souhaité avoir sa part de lumière. Et il était temps qu'Océane trouve, non, cherche la sienne avant tout, elle aussi. Elle devait se battre, à sa manière, en étant honnête, en avouant à ceux qu'elle aimait qu'elle les chérissait, en leur souriant avec désinvolture, en étant toujours aussi douce et gentille qu'à l'ordinaire. C'était sa manière de se dresser face à l'envahisseur. Montrer qu'il ne l'atteindrait pas, et qu'il ne détruirait jamais sa quête d'une vie heureuse.

Et il semblait que la Liechtensteinoise n'avait même pas besoin de dire plus que cette simple phrase, car une fois l'idée assimilée, Océane avait souhaité se rebeller. Elle ne lui avait pas laissé le temps de dire un mot, bien sûr, car elle souhaitait tout sauf provoquer une dispute. Mais elle l'avait sentie tout à coup emplie d'une détermination incroyable, d'un désir de bouger, d'essayer malgré tout. D'essayer de faire quelque chose. Pour Arthur, pour celui qu'elle adorait. Elle avait cependant dû finir de parler, avant que la Seychelloise ne dérape, bien qu'elle avait trouvé la réponse par elle-même. Il fallait lui apporter la fin de la réponse. Et Océane avait immédiatement compris. Toutes les deux s'étaient toujours comprises, depuis le premier jour. Une fois encore, avec juste quelques mots murmurés, presque rien, elles avaient réussi à se retrouver confrontées à la même conclusion. L'émotion sembla submerger sa meilleure ami lorsqu'elle se rendit compte que Liliane avait raison sur toute la ligne. Qu'une fois de plus, elle avait su trouver les bons mots à lui adresser, et elle s'empressa de l'en remercier, buttant sur les syllabes, comme avec soulagement d'avoir trouvé si vite une résolution à son problème. D'avoir si vite retrouvé confiance.

▬ Je... Merci, Lili. Merci. Tu as raison, c'est ce que je dois faire. C'est... C'est ce que je me disais, enfin... C'est ce que je voulais faire. Peut-être que... C'est déjà bien que je sois là pour lui, n'est-ce pas ?

À ces simples mots, Lili acquiesça. Elle ne connaissait pas Arthur outre mesure, mais elle savait que c'était de ça dont il avait besoin. Elle n'en était pas certaine, bien sûr, car qui pouvait dire de quoi manquait une autre personne ? Prétendre tout savoir des autres et pouvoir régler le moindre de leur soucis était présomptueux. Mais si Lili avait été à la place du Serpentard, c'est ce qu'elle aurait désiré. Être entouré, avoir la compagnie de ceux qu'elle affectionnait. Rien ne pouvait lui donner plus de foi en le lendemain que ça.

▬ Je... Je ne sais pas si je serais capable de faire autre chose, de toute façon. Mais... Mais je ferai tout pour qu'Arthur se sente... Pour qu'il aille le mieux possible. Je ferai tout pour lui.

Océane s'était souvenu. Elle s'était rappelé le rôle qu'elle jouait, le rôle qu'elle ne pouvait quitter au risque de faire tomber le monde dans le chaos. Son monde, le monde de Lili, celui de ses amis. On a souvent l'impression de n'être qu'une goutte dans l'océan, qu'un grain de sable dans le désert, et pourtant la présence de chacun faisait poids pour équilibrer la balance. Sans Océane, l'univers perdrait de son éclat. Il perdrait de sa joie. Mais elle avait compris que là était sa place: près d'Arthur, pour lui redonner le sourire, le soutenir. Et elle savait pourquoi elle devait le faire.

▬ Je l'aime Lili, tu sais. Je l'aime...

Oh oui, elle savait. Peut-être même ne le savait-elle pas assez, malgré la certitude qu'Océane chérissait Arthur de tout son cœur. Cela sautait aux yeux rien qu'à la regarder, tout comme on savait lorsque l'on la voyait en compagnie de Gareth qu'il était la prunelle de ses yeux, son chevalier en armure, et qu'elle ne pourrait survivre sans sa présence. Mais malgré son assurance dans ses mots, elle sembla hésiter, chercher une formule, un titre pour qualifier l'écossais. Elle parut se résigner à un terme qui s'en approchait, pour ne pas aller trop loin. Comme si le rôle qu'elle imaginait était trop demander à Arthur, à ses yeux.

▬... Comme un modèle.

"Comme un père", pensa Lili. C'était lourd à porter, c'était compliqué, à leur âge, surtout quand on connaissait le passé d'Océane: sa mère malade, son père parfois trop absent lui laissant la garde de ses petits frères et la seule compagnie de ses aînés, son grand-père qui avait fini par lui échapper, lui aussi... Arthur avait toujours eu cette place de modèle, oui, mais aussi de figure affective, de conseiller, à tel point qu'aujourd'hui, la Seychelloise souhaitait le lui rendre. Le Liechtensteinoise, elle, ne pouvait douter de cette appellation qui paraissait évidente dès que l'on contemplait le duo. Arthur et Océane. Océane et Arthur. On ne pouvait pas mettre le doigt dessus, la plupart du temps, mais il y avait cette claire complicité entre eux, qu'on ne pouvait nier. Et pour Lili, cette relation était limpide.

L'autre jeune fille se détendait contre elle, elle le sentait. Pourtant, il restait un poids, un fardeau sur son cœur qu'il fallait absolument effacer. Qu'elle n'était pas fautive, qu'elle n'avait pas tous les pouvoirs et qu'encore une fois, personne n'aurait pu savoir. De nouveau, son amie tenta de se défendre. Comme si son impuissance la rendait malade, qu'elle ne pouvait accepter d'être restée les bras croisés alors que tant de choses se tramait dans l'ombre.

▬ J'aurais tout de même voulu...

Mais elle n'eut même pas à terminer, car elle trouva d'elle-même le contre-argument de ses doutes. Le mal était déjà fait. C'était trop tard pour réparer les choses, de toute manière, trop tard pour regretter. Pourquoi pleurer sur ce qui était arrivé lorsque l'on avait plus d'emprise sur le passé ? Non, il fallait regarder en avant pour tenter de contrôler son futur, et ne regarder en arrière que pour les bons moments, les belles pages de notre histoire, ou les leçons bénéfiques que l'on a tiré de nos erreurs. Mais pas les erreurs elle-mêmes. Elles faisaient déjà partie d'un lointain souvenir, un souvenir inaccessible, que personne ne pouvait plus toucher ou modifier. La magie permettait bien des choses, y compris le voyage dans le temps, peut-être, mais Lili s'était toujours dit que ce qui était fait était fait. Rien ne méritait d'être changé, rien ne méritait de bouleverser l'avenir pour être sauvé -sauf peut-être la mort d'un être cher, mais là encore, pouvait-on se prétendre Dieu pour oser contrarier les lois naturelles ? Non, sans doute pas.

Océane semblait avoir enfin assimilé cela. On ne peut pas revenir en arrière. Inspirant, cette nouvelle ligne de conduite sembla l'apaiser, lui redonner paradoxalement espoir. Comme si se débarrasser du fardeau qu'était le passé la détendait enfin. Sa camarade ne pouvait que la comprendre. Elle-même avait dû faire fi de sa mémoire, des conditions de sa naissance, pour pouvoir avancer. Ses parents l'avaient abandonnée, mais ils l'aimaient. Ils étaient jeunes, ils n'avaient pas de quoi la nourrir. Alors ils avaient souhaité un meilleur futur pour elle, plus radieux, dans une famille où elle pourrait vivre heureuse. Car leur fille était si belle, si joyeuse. Qui pourrait ne pas vouloir d'elle ? Cela avait suffi à satisfaire sa curiosité. Elle ne conservait de ses véritables géniteurs que ces quelques mots de la directrice, mais c'était suffisant pour lui permettre d'avancer sans se retourner. Elle était soulagé qu'Océane puisse elle aussi faire de même, à présent.

▬ Merci Lili. Je... Je me sens... Mieux, je crois. J'essayerai d'aller parler à Arthur avant... Avant de rentrer pour le mariage de mon frère.

La sincérité emplissait chacun de ses mots, auxquels la demoiselle ne put répondre que par un sourire tout aussi honnête. Elle était contente d'avoir pu une fois de plus apporter son aide à celle qu'elle adorait, bien qu'elle sache que nombre d'épreuves les attendaient encore, toutes les deux. Maintenant, il fallait parler à d'autres, remettre les points sur les i, avec Arthur, avec la famille d'Océane, aussi. Lili lui souhaitait tout le courage possible pour réussir à se relever et enfin s'affirmer. Elle semblait déjà avoir gagné une force, une détermination folle qui la guiderait dans ce sens.

▬ Je vais mieux, Lili, alors merci. Mais...

Elle l'entendit amorcer, curieuse, se demandant quelle serait la suite. Elle qui parvenait un instant plus tôt à prévoir les réactions et les réponses de sa meilleure amie, cette fois, la question qu'elle s'apprêtait à lui poser lui était invisible, mystérieuse... et cela l'inquiétait quelque peu.

▬ Est-ce que toi, ça va ?

Après un instant de flottement, elle cligna des yeux, confuse. Est-ce que ça allait ? Oui, bien sûr, aurait-elle souhaité répondre. Liliane avait toujours été dans cette optique, dans cette vision optimiste de la vie. Rien ne peut vous abattre. On peut vous faire tomber, mais pas vous empêcher de vous relever. Pourtant, elle avait bien craqué au début de leur conversation, entourée par la chaleur rassurante des bras de la Seychelloise. Et même si elle s'était donnée pour mission d'abandonner ses larmes, d'être le bouclier qui protégerait Océane de ses soucis, pouvait-elle dire que tout était oublié, et qu'elle allait parfaitement bien...? Non, bien sûr que non. Le doute subsistait en elle, comme un poison dont on ne s'est pas totalement débarrassé, un venin qui vous ronge. La petite voix insidieuse se tait lors des moments de bonheur, mais se réveille et vous accable lorsque vous êtes seul. Et nul doute qu'une fois sans la présence de ses amis, Lili ne pourrait s'empêcher de ressasser de sombres pensées. Pourtant, bien qu'un sentiment de malaise lui tordait la poitrine, elle tenta de garder cette figure forte, toujours plus forte, toujours plus joviale. Elle ne pouvait pas mentir à Océane, et ne le pourrait jamais. Mais au moins pouvait-elle tenter de la rassurer un peu.

▬ Je... je crois que... ça va. Je suis un peu bouleversée par tout ça.

C'était peu dire. Apprendre qu'un de leurs camarades les plus proches était en réalité leur ennemi, cela faisait un choc. Et si elle avait dû mal à l'accepter, elle ne pouvait imaginer ce que ressentait l'autre jeune fille.

▬ Mais... Je fais avec, disons ? Je me dis que ce n'était pas sa faute, qu'on l'avait forcé... - elle haussa un peu les épaules, l'air hésitante - Je ne le connais pas aussi bien que toi, bien sûr, mais... J'ai envie de croire en lui, moi aussi. J'ai envie de... de croire que... on va s'en sortir.

Cela ne lui ressemblait pas de buter autant sur les mots. Elle était toujours inquiète, au fond. Plus de Mr Vargas pour les protéger. C'était un coup au moral pour tout le monde. Celui qui les avait débarrassés du Basilic était parti. Comment pouvait-on croire que les choses allaient s'arranger, après ça ? Comment pouvait-elle le croire, alors que dans le regard de son frère, de son propre frère, elle avait vu une panique dissimulée, mais douloureuse, maladive, encore trop apparente ? Il n'y avait pas pire, à ses yeux. Voir Basch faible, anxieux. Elle essayait d'être forte, mais sans lui... Sans sa présence rassurante, elle avait l'impression de faire tout cela dans le vent. Que ses paroles étaient vides si son aîné n'était pas là pour les appuyer. Elle faisait au mieux, elle se battait de son côté, elle n'était pas non plus dépendante de lui. Elle essayait même de gagner en autonomie, pour le malheur de son frangin, mais... C'était toujours réconfortant de savoir qu'il était derrière elle. Qu'elle avait une porte de sortie, au cas où, quelque chose à quoi se raccrocher si elle était dans l'impasse. Et de voir que même lui ne croyait pas que les choses iraient en s'arrangeant, cela lui avait fichu un sacré coup. Oui, sur le moment, elle avait eu...

▬ J'ai peur, à vrai dire.

Elle avait réussi à faire sortir ces mots sans trembler, et pourtant, ils lui semblèrent horrible. Elle avait avoué être faible, une fois encore, devant Océane. Cela la rendait malheureuse. Et pourtant, c'était la stricte vérité.

▬ J'ai peur car... j'ai l'impression que même si l'on est fort, cet homme ne nous laissera jamais tranquilles - elles savaient toutes les deux de qui elle parlait - J'ai peur car il semble si puissant. On dirait qu'il a tous les pouvoirs, et en plus, il n'est pas seul. J'ai beau croire en ma magie, je me demande... est-ce que ce sera suffisant ? - elle regarde sa main ouverte, comme si elle contenait le peu de pouvoir qu'elle possédait, puis la referma, tel un étau autour de sa baguette - Si on s'entraîne dur, est-ce qu'on pourra vaincre de vrais mages noirs ? Je me rassure en me disant que si eux ont pu atteindre une telle puissance... pourquoi pas nous ? Mais... pour ça, faut-il toucher à une forme de magie plus sombre, plus dangereuse ? Car moi... je ne veux pas faire ça-!

Non, plutôt mourir. Comment pourrait-elle prétendre protéger ceux qu'elle aimait avec un pouvoir qui faisait du mal aux autres? Elle avait beau être l'une des meilleures de sa classe en sorcellerie, elle usait surtout de sortilèges inoffensifs, de désarmement ou de stupéfixion. Immobiliser, pas blesser. Voilà pourquoi elle s'entraînait si dur pour tenter de produire son patronus. Car c'était la forme de magie blanche ultime, le charme le plus pur, le plus protecteur qui puisse exister. Celui qui vous apportait la joie dans les moments de désespoir, les moments où tout semblait perdu. Il vous suffisait de penser à ceux que vous aimiez, à des moments heureux de votre existence, et votre animal s'éveillait, et vous préservait de tous les problèmes, tel un voile de joie enveloppant tout votre être. Mais était-ce suffisant ?...

▬ Je ne veux pas faire ça... Je veux protéger, mais... pas au point de tuer, et pourtant... Ce qui nous arrive, ça... ça ressemble à une guerre, non ?

Et pendant une guerre, de nombreuses personnes mourraient. Ferait-elle aussi partie des victimes, car elle avait été incapables de frapper en première ? Ou devait-elle dépasser ses limites, et oser faire du mal à autrui pour protéger son école ? Ce dilemme cornélien la fit trembler de frayeur, sans pour autant ramener des larmes dans ses yeux. Elle n'était pas du genre à pleurer lorsque la panique la saisissait. Elle espérait que l'épouvante qu'elle ressentait en cet instant disparaîtrait vite, avant qu'elle ne se change en une peur panique qui la ferait de nouveau sombrer.
Feat Océane Mancham



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MessageSujet: Re: [1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham Mer 3 Mai - 2:56

What's the use of feeling blue ?

Si elle essayait de s'en souvenir, Océane ne savait plus vraiment ce qu'elle avait pensé la première fois qu'elle avait vu Liliane. Peut-être qu'elle était mignonne, avec ses grands yeux verts, ses rubans, son sourire. Peut-être qu'elle avait l'air gentille, aussi, un brin rassurante. Elle donnait envie de parler, de se confier, un peu – mais aussi de rire, de sourire, de croire encore et toujours. Oui, quand Lili était là, Océane se sentait confiante, optimiste. Pas parce que son amie lui rendait espoir – mais plutôt parce qu'elle arrivait à faire ressortir le meilleur d'elle-même. Parce qu'elle arrivait à lui donner assez de force pour puiser au fond d'elle et découvrir quel genre de personne elle pouvait devenir.

C'était sans aucun doute pour cela que les mots de son amie faisait ressortir cette force mentale qu'elle possédait parfois – celle qui lui permettait d'entrevoir le meilleur dans le pire et de garder une lueur d'espoir dans le cœur. Elle lui donnait envie de se battre – ou du moins, pas réellement, plutôt métaphoriquement parlant. Océane était pacifique – elle n'aimait pas la violence et cherchait plutôt à l'empêcher. Mais la seychelloise voulait aussi protéger ceux qui lui étaient chers – et la protection, elle pouvait l'assurer, elle s'en sentait capable. Elle pouvait se permettre d'être un bouclier pour les plus jeunes, puisqu'elle savait que quelqu'un serait forcément là pour la protéger à son tour.

Et Lili faisait ressortir tout ça chez elle – depuis le début. Elle lui donnait une confiance qu'elle pouvait retrouver parfois ailleurs, mais pas à l'identique – pas aussi puissante, pas qui l'imprégnait et s'implantait autant. Liliane lui était unique, dans la force qu'elle lui communiquait – comme si elles partageaient à deux ce même espoir, ce même désir d'aider et de protéger. Et ça ne l'étonnerait pas, au final – parce que ce n'était pas pour rien si Lili était sa meilleure amie, celle vers qui elle se tournait dans les moments difficiles. Et même si il lui arrivait de taire certaines choses sur elle, elle était toujours à ses côtés, toujours prête à l'aider et la soutenir. Et elle savait que ça marchait dans les deux sens – que si elle regardait à côté d'elle, il y aurait toujours Lili. Lili et son sourire rassurant, Lili et ses yeux déterminés, Lili qui lui communiquait sa force, Lili avec qui elle se sentait forte.

Alors Océane parla, déversa le temps d'un instant ce qu'elle avait sur le cœur ; et elle savait que Lili l'écoutait, attentive, retenant tout et prête à la rassurer si besoin. Prête à la serrer un peu plus contre elle, à lui adresser quelques mots encourageants – mais surtout à lui dire correctement les choses et la remettre sur le droit chemin. Océane était du genre à faire facilement confiance, presque aussitôt, presque inconditionnellement. Pourtant, parfois, elle retirait sa confiance, elle se méfiait – rarement, parce qu'elle croyait dur comme fer que chacun avait du bon en soi. Mais Lili... Lili, Océane ne lui avait jamais retiré sa confiance. Au contraire. Elle l'a lui avait donné, encore et encore, et la liechtensteinoise s'en était toujours montrée digne.

Et quant elle eut fini, quand enfin son cœur fut vidé, Océane ne put que pousser un ultime soupir  - et enfin elle se sentait détendue, déterminée, prête à protéger.

Et en premier, là, tout de suite, elle devait protéger Lili.
Car à trop s’épancher, pleurer, se faire rassurer, elle en oubliait sa meilleure amie, qui ne devait pas être dans un meilleur état qu'elle.

Alors Océane se tenait prête, déterminée – et elle attendit patiemment que son amie commence à parler. A se confier à son tour, pour qu'elles puissent ensuite s'endormir toutes les deux, apaisées.

« Je... je crois que... ça va. Je suis un peu bouleversée par tout ça. »

Océane hocha doucement la tête, comme pour encourager la liechtensteinoise – après tout, qui n'était pas bouleversé ? Elle se redressa quelque peu, afin de permettre à son amie de se blottir à son tour contre elle – car c'était chacune son tour d'être protégée. Ce ne devait pas être une relation à sens unique, jamais – Océane se l'interdisait.

Elle aussi devait être là pour sa meilleure amie.
(Pas que cela la dérangeât – mais elle ne voulait pas que Lili un seul instant pense le contraire, pense que c'était à elle de rassurer Océane en se montrant forte. Elle avait aussi ses faiblesses, et Océane se sentait capable de les assumer, de l'aider à les combler, comme elle le faisait pour elle.)

« Mais... Je fais avec, disons ? Je me dis que ce n'était pas sa faute, qu'on l'avait forcé... Je ne le connais pas aussi bien que toi, bien sûr, mais... J'ai envie de croire en lui, moi aussi. J'ai envie de... de croire que... on va s'en sortir. »

Océane hocha une nouvelle fois la tête. C'était vrai qu'elle ne s'était qu'à peine posé la question du pourquoi – mais elle méritait d'exister. Arthur n'aurait jamais fait ça sans bonne raison, bien sûr. Et comme le disait si justement Lili, elle le connaissait. Le Serpentard avait sans aucun doute agit pour préserver la sécurité de quelqu'un, de plusieurs personnes peut-être – sans savoir dans quoi il s'engageait. Océane était prête à croire à sa complète innocence, et la culpabilité qu'il montrait lui suffisait amplement.

« Tu as raison. Je le connais, et il n'aurait pas fait ça... Sans raisons. Je sais qu'il est innocent, qu'il ne savait pas dans quoi il s'engageait. Il ne doit pas plus comprendre que nous... » Car si Océane accordait son entière confiance à Lili, elle l'accordait également à Arthur – lui aussi s'en était toujours montré digne, et même maintenant la seychelloise ne pensait pas un instant à la lui retirer. « Je crois... Non, je suis sûre qu'on va s'en sortir. Si on reste tous ensemble... Si on reste soudé, on s'en sortira forcément. On y arrivera. J'en suis certaine. »

C'était presque ironique – maintenant, c'était Océane qui croyait, pleine d'espoir, et Lili qui doutait, le cœur fracassé. Mais Océane était tenace, quand elle le voulait – et surtout, elle était tenace dans son optimisme. Après tout, les mauvaises choses n'existaient que pour nous faire savourer encore plus les multitudes petites joies du quotidien, n'est-ce pas ?

« J'ai peur, à vrai dire.  » La révélation la surprit à peine – à vrai dire, elle s'y attendait. Vu la situation, qui n'aurait pas peur ? « J'ai peur car... j'ai l'impression que même si l'on est fort, cet homme ne nous laissera jamais tranquilles. J'ai peur car il semble si puissant. On dirait qu'il a tous les pouvoirs, et en plus, il n'est pas seul. J'ai beau croire en ma magie, je me demande... est-ce que ce sera suffisant ? » Océane se posa brièvement la question, elle aussi, un court instant – mais l'espoir chassait toujours la peur, n'est-ce pas ? Et elle ne voulait plus douter. Plus maintenant, alors qu'on avait besoin d'elle.

« J'ai peur aussi, tu sais. Mais c'est normal. C'est même... Bien, je pense. Quand on a peur... Eh bien, on finit par la dépasser, notre peur. C'est comme une limite qu'on pense infranchissable, et puis on avance, et on se rend compte qu'elle est derrière nous, et on en ressort plus... Plus fort, ou peut-être juste plus mature, avec plus d'expériences. Et c'est une bonne chose. Avoir peur montre qu'on est humain, qu'on a des sentiments, qu'on a conscience de nos limites, de nos propres faiblesses. Mais c'est aussi ce qui permet de nous dépasser, de grandir. On doit parfois se battre contre nos peurs, contre nous-mêmes... Mais on en ressort plus sage. Et puis... On n'est pas seul. Tout le monde a peur. Et justement, on se soutient, on est là les uns pour les autres... Et ça permet de diminuer nos peurs, un peu. On les partage, on n'est plus seuls. Et à plusieurs, il est plus simple de faire face. » Océane sourit doucement, essayant de faire passer toute son énergie positive, tout son optimisme, toute sa confiance dans ses phrases porteuses d'espoir. « Moi, je suis là. Je ne te laisserai pas seule face à tes peurs. Je serai là pour t'aider à les battre, à te battre. »

Et Océane y croyait, dur comme fer – car l'amour, sous toutes ses formes, n'était-ce pas la plus belle forme de magie ?

« Si on s'entraîne dur, est-ce qu'on pourra vaincre de vrais mages noirs ? Je me rassure en me disant que si eux ont pu atteindre une telle puissance... pourquoi pas nous ? Mais... pour ça, faut-il toucher à une forme de magie plus sombre, plus dangereuse ? Car moi... je ne veux pas faire ça-! »

Océane comprenait, bien sûr – elle savait quel genre d'interrogations pouvaient nous prendre, nous saisir à la gorge, s'implanter dans notre esprit et nous tourmenter encore et encore. Elle le savait – mais il ne fallait pas y céder, jamais. La curiosité était une mauvaise conseillère – l'expérience le lui avait apprit.

« Tu sais Lili... » La seychelloise se sentait presque rougir de honte en songeant à ce qu'elle allait dire. « Je pense qu'on peut devenir forts, oui, mais... La magie noire, il ne vaut mieux pas y toucher. Je... Tu sais... » Elle prit une inspiration. « J'ai déjà lu des livres qui parlaient... De magie noire. J'avais demandé une autorisation pour aller dans la Réserve, à la bibliothèque, et, je suis tombée sur ces livres et... Tu le sais, je ne résiste jamais à une bonne lecture... » Elle eut un rire gêné – par le souvenir, par cette honte qui la rongeait. « Mais plus jamais. Il y avait des choses... C'était horrible. Mais je sais que tu ne seras jamais capable de faire de la magie noire, Lili. Pas parce que tu n'es pas assez puissante ou forte pour ça, mais... Parce que tu es trop pure. Beaucoup trop pure pour utiliser une telle magie. Alors tu n'as pas à t'inquiéter... Tu n'auras pas à l'utiliser. »

Elle adressa un sourire rassurant à son amie, convaincue par ce qu'elle disait – les mots dansaient encore dans son esprit, et ça l'avait assez dégoûtée pour que même son insatiable curiosité soit reléguée aux oubliettes. Alors elle était persuadée que de la même manière, son amie les renierait, s'en éloignerait – parce qu'ils n'avaient pas besoin d'une telle magie pour se protéger. Ils avaient leurs liens, leurs sentiments, et cela pouvait largement suffire.

« Je ne veux pas faire ça... Je veux protéger, mais... pas au point de tuer, et pourtant... Ce qui nous arrive, ça... ça ressemble à une guerre, non ? »

Un instant, Océane ferma les yeux.
Une guerre.
Le mot était posé, avec une sorte de violence contenue qui lui donnait envie de fuir, de se cacher – de rentrer aux Seychelles, de se blottir dans les bras rassurants de son père, à entendre son aîné rire, sa sœur parler avec enchantement de ses rêves d'avenir, de voir ses petits frères jouer ensemble...
Oui, mais. Il y avait un mais, bien sûr. Océane pensa aussitôt à son petit frère sorcier et scolarisé à Poudlard. Elle n'était pas la personne la plus forte au monde – mais elle pouvait au moins le protéger, lui. Elle pouvait au moins essayer.

Mais la guerre... C'était terrifiant, de penser ça. Terrifiant – surtout parce que c'était réaliste, à vrai dire. Terrifiant de mettre ce mot précisément sur les événements.
Océane ne se sentait pas capable de vivre une guerre. Elle avait entendu des récits, des guerres mondiales. Elle en avait vu les cicatrices dans les yeux de ses grands-parents, qui avaient pourtant été relativement épargnés. Elle avait lu tellement de livres sur ce propos, romancés ou non – ça lui paraissait aussi terrible que lointain. Et maintenant, elle y était – dans une guerre.

Son cœur s'emballa, ses pensées également – et soudain, un flot de question qui envahissent son esprit. Est-ce qu'elle en sera victime ? Et ses proches ? Lili, toujours dans ses bras ? Arthur qui semblait déjà y avoir sa place ? Alfred et Matthew, qui avaient semblé aussi horrifiés qu'elle ? Francis, Gareth, Mabel, Evalyn, Andrew, Henry, Grace, Catalina, tous ces gens qu'elle appréciait et aimait de tout son cœur, y mourraient-ils ?
Et aussitôt son cœur de s'emballer, son esprit de s'éclaircir – NON. Elle le refusait. Elle refusait ces morts, même si pour les sauver elle devait se sacrifier. Ils avaient tous les droit, le mérite de vivre – elle ferait tout pour que ça continue ainsi. Elle n'était pas forte, loin de là. Mais Océane voulait protéger. Elle savait protéger, aussi, peut-être – alors elle le ferait.

Elle sourirait, croirait en un meilleur futur, distribuerait de l'amour et continuerait d'espérer, encore, toujours. Elle le ferait, pour eux, pour eux tous – pour que toujours ils sachent qu'il resterait quelqu'un qui les aime et ne les oubliera pas. Elle sera celle qui protégera les cœurs, les rêves, les espoirs si il le faut – mais elle se sentait capable de faire ça. De les soutenir, de les regarder partir au combat – et d'attendre leur retour, éternellement, l'espoir au fond du cœur et les mains prête à bander, à panser, à soigner.

Océane n'était pas un soldat, pas une battante. Océane était une guérisseuse – par les mots, par les rêves, par les sourires ou les rires, qu'importe ; elle ferait toujours de son mieux pour guérir les cœurs et les âmes blessées.

« Moi aussi, je veux protéger. Je veux défendre. Mais je ne tuerai pas, jamais. Je... Je refuse cela. Ce serait tomber aussi bas que nos ennemis, que ceux qui nous attaquent. Et... Nous valons mieux que ça, n'est-ce pas ? » Océane se redressa complètement, s'asseyant sur le lit, ses yeux noisettes, presque ambrés, vrillé dans ceux de Lili. « Nous valons mieux que ça. Qu'importe si c'est la guerre, Lili. Nous... Nous pouvons protéger. Nous pouvons être là pour les plus jeunes et les empêcher de se battre. Nous pouvons être là pour les plus vieux et panser leur blessures. Nous pouvons être un entre-deux, qui se bat pour protéger et soigner, et surtout pour continuer de donner de l'espoir et de la joie à tout le monde. Nous pouvons faire ça, Lili-jolie. » La seychelloise prit doucement les mains de son amie entre les siennes, les serrant doucement, insufflant tout son courage, sa détermination, son espoir dans ces quelques mots – toute la tempête de sentiments qui tourbillonnaient en elle mais la faisait croire, et vivre. « Nous pouvons faire ça. »

Et Océane y croyait. Elle y croirait toujours – parce qu'elle était comme ça. Optimiste, tournée vers un futur plein de rêves et de bonheur. Océane pacifique, à empêcher la violence, à privilégier la diplomatie. Elle n'était pas de ces personnes dont les mains étaient marquées par l'usage des armes – ses mains à elle étaient là pour tenir des bandages et panser des plaies.

Et Océane savait que c'était la même chose pour Lili. Même si elle se donnait des airs de guerrières, la liechtensteinoise était trop douce pour se battre vraiment. Elle ne faisait que se défendre – et c'était une très bonne chose. Elle était parfaitement capable de le faire et Océane l'admirait pour ça. Mais Lili était aussi là pour soigner, elle aussi – et la seychelloise savait qu'elle ne pourrait le faire également qu'avec sa meilleure amie à ses côtés.

Protéger, soigner, guérir.
Une guerre couvait, soit, mais ce serait leur place, leur combat.
Et Océane se sentait prête.
Elle n'avait plus peur – car elle voyait le bout du chemin. Auréolé d'espoir.
Elle acceptait ce qu'elle était, aussi – certainement bien mieux qu'avait.
Et, ses yeux toujours plantés dans ceux de sa meilleure amie, elle souriait, le visage marqué des larmes qui avaient coulés mais le cœur vibrant d'un espoir infini. Ses cheveux étaient en bataille, son uniforme ne ressemblait plus à rien, mais elle se sentait forte, déterminée – complète. Enfin en phase avec elle-même.

Océane n'était pas une guerrière. Elle ne l'avait jamais été. Mais son cœur et son âme tendait vers une même direction, un même but – et elle y arriverait. Qu'importe où la mènerait son chemin, c'était ce pour quoi elle était faite. Océane soignerait les cœurs et les âmes si elle ne pouvait soigner les corps ; car Océane était une guérisseuse.

ft. Liliane Zwingli


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[1 décembre 1991] What's the use of feeling blue? - Feat Océane Mancham

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